• En lisant le Dictionnaire Flaubert de Jean-Benoît Guinot (CNRS Editions)

    Lourd volume que ce Dictionnaire Flaubert dû à Jean-Benoît Guinot, publié par CNRS Editions, trouvé à petit prix à Paris, rue Pavée chez Mona Lisait, il a pour avantage lorsque le soir je m’endors sur sa lecture qu’il me réveille quand il va choir.

    Ses multiples entrées, noms communs, noms propres (personnages de ses livres, personnes de son entourage, lieux visités, etc.) sont illustrées de courts extraits des textes de l’ermite de Croisset (comme on dit dans le Nouveau Dictionnaire des Idées Reçues), tirés de ses romans, récits de voyage, correspondances, carnets intimes, etc. ou d’écrivains parlant de lui (Sand, Zola, Maupassant, Goncourt, etc.)

    La lecture de ces presque huit cents pages conforte mon goût pour la correspondance de Gustave. J’en tire quelques pépites.

    Bédouin : Je veux ne faire partie de rien, n’être membre d’aucune académie, d’aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle et le niveau. Bédouin, tant qu’il vous plaira ; citoyen, jamais. A Louise Colet (vingt-trois janvier mil huit cent cinquante-quatre)

    Cabinet : Destiné à mariner sur place j’ai fait orner mon bocal à ma guise et j’y vis comme une huître rêveuse. A Ernest Chevalier (douze août mil huit cent quarante-six)

    Ecclésiastique : Etant à la cathédrale de Rouen, pour un enterrement, un employé des pompes funèbres m’a appelé « M. l’abbé », jugeant d’après ma culotte de soie et ma douillette que j’appartenais à l’Eglise ! Je prends le chic ecclésiastique maintenant !!! A Léonie Brainne (trente décembre mil huit cent soixante-dix-huit)

    Jachère : J’aime mieux une jachère complète qu’un demi-labour. A Louise Colet (neuf août mil huit cent cinquante-trois)

    Misanthropie : Ce n’est pas parce qu’un imbécile a deux pieds comme moi, au lieu d’en avoir quatre comme un âne, que je me crois obligé de l’aimer, ou tout au moins de dire que je l’aime, et qu’il m’intéresse. A Louise Colet (vingt-six mai mil huit cent cinquante-trois)

    Natation : Tout à l’heure, je vais aller m’esbattre comme un triton dans les ondes de la Séquanne, où nageant ores sur le ventre, ores sur le dos, emmy les nefs, à la marge des isles bordées de feuillages, ie cuyde ressembler aux Dieux marins des tapisseries de haulte lisse. A sa nièce Caroline (sept août mil huit cent soixante-seize)

    Niche : Par une corde plus ou moins longue, sentiment, habitude, devoir, nous sommes tous plus ou moins comme des chiens à la niche. –Nous avons beau tirer dessus, japper contre les passants, et aboyer à la lune les larmes aux yeux, nous ne dépassons pas une certaine étendue d’esclavage, et plus nous faisons d’efforts, plus le nœud  se resserre, plus nous nous étranglons nous-mêmes. A Henriette Collier (trois avril mil huit cent cinquante-deux)

    Télescope : Plus les télescopes seront parfaits et plus les étoiles seront nombreuses. A Mademoiselle Leroyer de Chantepie (six juin mil huit cent cinquante-sept)

    Vieillesse : Je me perds dans mes souvenirs d’enfance comme un vieillard. –Je n’attends plus rien de la vie qu’une suite de feuilles de papier à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse  une solitude sans fin, pour aller je ne sais où, et c’est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau ! A George Sand (vingt-sept mars mil huit cent soixante-quinze)

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