• En lisant le quantième livre du non nommé

    Dire qu’on habitait au 103, rue de la Convention, Michel et moi… Chacun dans un immeuble, face à face. On avait la même adresse ! (…) le Destin a joué notre sort : « Pile, c’est Michel qui aura du succès. Face, c’est …

    Je préfère ne pas le nommer, même par son prénom, celui qui n’aura pas de succès. Les deux fois que j’ai parlé de lui, je me suis fait insulter par sa garde rapprochée. Ce livre-ci, publié dans une collection de semi poche en deux mille neuf, que j’ai lu il y a quelque temps, porte en titre son quantième. L’auteur, jaloux et envieux, y développe en quatre-vingt-treize pages et bien des perfidies, l’idée que le monde est injuste, c’est lui qui aurait dû avoir la réussite commerciale et la notoriété de son ancien voisin Michel Houellebecq :

    Tu as su synthétiser l’époque : la médiocrité et l’ennui de ce début de siècle, tu les as parfaitement transposés. C’est moi qui n’y ai rien compris. Je n’ai pas pigé que seul ce qui est nul, faible, triste, de mauvais goût, plat, sans vie, dépressif, rabougri, étriqué, ramolli, épuisé, vidé, minable, triomphe. C’est presque indécent d’être tout le contraire.

    Oui ! écrit-il encore On avait besoin d’un écrivain de quarante ans, « rebelle », réac (même un peu « facho »), qui dise son temps dans un style original et scandaleux… Bref : « le nouveau Céline »… Excuse-moi, c’est trop bête : j’ai longtemps cru que c’était moi !

    Afin que nul(le) ne doute de leur proximité, le non nommé nous narre une anecdote bien à même de ridiculiser celui qui a réussi :

    Il ne te manque pas trop notre Monoprix ? Tu en as passé des heures, là, à hésiter entre des poireaux et des navets, ou alors des Knackies… Tu te souviens de cette conversation qu’on avait eue ? Pour toi le paradis c’était un Monoprix et pour moi un bar à putes ! Tout ça parce que dans notre Monop’, il y avait une caissière que tu draguais : une grande Noire en blouse rose. Que de râteaux tu t’es pris, caisse 4 !

    Et conclut :

    J’ai eu tout faux, je n’ai rien compris. J’ai prêché une littérature jubilatoire d’exaltation artistique. J’ai été grotesque. Je n’ai pas su voir. Au lieu de foncer dans mes extases, il fallait rester sur place, stagner dans sa merde et simplement murmurer : « Ça va pas fort. » Ça va pas fort : très bon titre.

    Michel Houellebecq est justement, ce samedi après-midi, le sujet de cinq heures d’émissions sur France Culture, de quoi énerver une nouvelle fois son ancien voisin. Je me souviens que sur cette radio, une autre fois, interrogé sur le livre dont je parle et son auteur, Houellebecq avait répondu : « Oui oui, on était voisins, je le voyais passer avec son petit manteau et son petit cartable, bien propre sur lui, et à chaque fois je me disais : « C’est ça un antisémite ? »

    *

    Mon exemplaire provient de chez Book-Off. Je l’ai payé un euro. Une fille prénommée Sandra l’a lu avant moi et y a laissé des marques au crayon à papier, ainsi que son adresse mail. Je viens de lui écrire lui demandant pourquoi l’avoir revendu, elle me répondra peut-être.

    *

    Autre lecture du moment, Les Demoiselles du Taranne, le journal de l’année mil huit cent quatre-vingt-huit (publié par L’Infini/Gallimard en deux mille sept) de Gabriel Matzneff, aujourd’hui vilipendé par certain(e)s pour aimer les filles jeunes et parfois mineures. Lui aussi a la faiblesse de se plaindre d’être un écrivain pas apprécié à sa juste valeur, regrettant que ses romans ne figurent pas sur les listes des prix littéraires. Je ne les aime pas ses romans, ne trouvant intéressants que ses essais et surtout son Journal :

    Dimanche 8 mai, 19h15. Je quitte à l’instant Annah venue au Taranne à 16 heures. Trois heures de plaisir. Elle s’avère une élève sensuelle et aux progrès rapides. Après lui avoir fait l’amour par toutes les voies possibles j’ai explosé dans sa bouche, et cela a semblé lui plaire beaucoup.

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