• En lisant les Lettres à Nora de James Joyce

    Jouissive lecture que celle des Lettres à Nora de James Joyce (publiées chez Rivages poche), elles comportent deux époques principales : mil neuf cent quatre, l’année de la rencontre, romantisme et jalousie, et mil neuf cent neuf, l’année d’un séjour en solitaire à Dublin, la plus intéressante, une explosion de désir inassouvi parsemé d’auto flagellation :

    J’espère que tu prends ce cacao tous les jours et j’espère que ce petit corps qui est le tien (ou plutôt certaines parties de ce corps) se remplissent un peu. Je ris en pensant à ces seins de petite fille qui sont les tiens. Tu es une personne ridicule, Nora. (…)

    Et pourtant combien mon cœur s’attendrit lorsque je pense à tes épaules frêles et à tes membres de petite fille. Quelle coquine tu es ! Est-ce pour avoir l’air d’une petite fille que tu as coupé les poils entre tes jambes ? (sept septembre mil neuf cent neuf)

    Je suis un homme jaloux, solitaire, insatisfait, orgueilleux. (vingt-sept octobre mil neuf cent neuf)

    C’est très gentil de ta part de poser des questions sur cette fichue sale affaire qui me concerne. En tout cas cela ne s’est pas aggravé. (premier novembre mil neuf cent neuf, peut-être une allusion à une maladie contractée avec une prostituée suggère une note infrapaginale)

    J’ai perdu ton estime. J’ai usé ton amour. Abandonne-moi donc. (dix-huit novembre mil neuf cent neuf)

    Mon amour pour toi me permet d’adresser mes prières à l’esprit d’éternelle beauté et tendresse reflété dans tes yeux ou de te jeter à terre sous moi sur ce ventre qui est si doux et de te baiser par-derrière, comme un porc chevauchant une truie, savourant la puanteur et la sueur qui montent de ton cul, me délectant de la honte étalée qu’offrent ta robe retournée et ta blanche culotte de jeune fille et de la confusion de tes joues empourprées et de tes cheveux emmêlés. (…)

    Nora, ma chérie fidèle, ma petite écolière polissonne aux doux yeux, sois ma putain, ma maîtresse, autant qu’il te plait (ma petite maîtresse branleuse ! ma petite pute salope !) tu es toujours ma belle fleur sauvage des haies, ma fleur bleu sombre trempée de pluie. (deux décembre mil neuf cent neuf)

    Je sais que tu es d’une nature beaucoup plus délicate que ton extraordinaire amant et bien que ce soit toi-même, petite fille brûlante, qui m’a écrit la première pour me dire que tu mourais d’envie d’être baisée par moi je suppose pourtant que la grossièreté et l’obscénité de ma réponse dépassaient toutes les bornes de la pudeur. (…)

    Pourtant tu sembles me transformer en animal. C’est toi-même, vilaine petite fille sans vergogne, qui m’as le premier conduit dans cette direction. Ce n’est pas moi qui t’ai touchée le premier il y a longtemps à Ringsend. C’est toi qui as glissé ta main lentement à l’intérieur de mon pantalon et qui a sorti ma chemise et as touché ma bitte de tes longs doigts qui me chatouillaient et qui peu à peu l’as sortie entièrement, toute grosse et raide qu’elle était, dans ta main et m’as branlé lentement jusqu’à ce qu’elle gicle à travers tes doigts, et pendant tout ce temps tu étais penchée sur moi et tu me contemplais de tes calmes yeux de sainte. (trois décembre mil neuf cent neuf)

    A de tels moments j’ai une envie folle d’y aller d’une façon cochonne, de sentir tes lèvres brûlantes impudiques me suçant, de te baiser entre les nichons aux tétons roses, de jouir sur ton visage et de le faire gicler sur tes joues et tes yeux brûlants, de t’enfoncer entre les joues de ton fessier et de t’enculer. (six décembre mil neuf cent neuf)

    Ma douce petite pute de Nora, j’ai fait ce que tu m’as dit de faire, petite fille sale, et je me suis branlé deux fois en lisant ta lettre. (huit décembre mil neuf cent neuf, suit un long développement scatologique qui n’est pas de mes phantasmes mais plaisait bien à Serge Gainsbourg, lequel en fit lecture à Bernard Pivot dans l’émission Ah vous écrivez où il présentait son roman Evguénie Sokolov)

    Ce soir je ne t’écrirai pas comme je l’ai fait auparavant. Tous les hommes sont des brutes, ma chérie, mais au moins chez moi il y a aussi quelque chose de plus élevé. (onze décembre mil neuf cent neuf)

    Chérie, je viens juste de décharger dans mon pantalon de sorte que je suis complètement épuisé. Je ne peux pas aller à la Poste centrale bien que j’aie trois lettres à poster. (quinze décembre mil neuf cent neuf)

    Tout ce que je veux c’est ta compagnie. Tu peux être tranquille : je n’irai pas voir des –. Tu comprends. Ça n’arrivera pas, ma chérie. (vingt décembre mil neuf cent neuf)

    Suivent quelques lettres datées de mil neuf cent douze, elles aussi envoyées de Dublin, dont l’une assez désenchantée :

    Demain il faut que je mette ma montre et ma chaîne en gage afin de pouvoir rester un peu plus longtemps. Tout semble s’être évanoui, argent, espoir et jeunesse.

    Toi au moins tu restes. (vingt-trois août mil neuf cent douze, à cette date Joyce n’a encore écrit que quelques poèmes)

    *

    Lu aussi de Guy Denis Le nu impertinent de Félicien Rops (Bernard Gilson Editeur), dans l’exemplaire numéro trois cent soixante-deux (sur mille) signé par l’auteur et l’éditeur que m’a offert, il y a un certain temps, celle qui a choisi de passer les fêtes de fin d’année avec moi, un livre qui vaut surtout par les reproductions d’œuvres de Rops. Le texte en est confus et mal écrit.

    Il y est, à un moment, question de l’érotisation du vêtement masculin par la Renaissance, un phénomène signalé par Montaigne : « A quoi sert l’exposition que nous faisons maintenant de nos parties génitales sous nos culottes, et souvent, qui pis est, au-delà de leur grandeur naturelle, par fausseté et imposture. » Lorsque cette mode fut passée, signale Guy Denis, les dames de la cour la regrettaient en ces termes : « On ne sait plus ce que pensent les hommes. »

    Ce n’est toutefois pas à cet endroit (situé trop haut) que posent la main les touristes passant devant la statue de Michel de Montaigne, à Paris, rue des Ecoles, mais au bout de sa chaussure, brillante.

    *

    André Topia, le traducteur des Lettres à Nora, écrit bitte en doublant le té à la Guillaume Apollinaire. S’agit-il là aussi de la montrer au-delà de sa grandeur naturelle, par fausseté et imposture. Louis Scutenaire dans ses Inscriptions (1974-1980) entend ramener la chose à sa juste proportion : Sachez, mademoiselle, qu’un bon priape doit avoir la largeur de l’index et du majeur réunis, la longueur, main ouverte, du bout du pouce jusqu’à l’extrémité du majeur.

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