• En lisant les Mémoires de Francis Lacassin

    C’est au café Le Vascœuil, place Saint-Marc, que je termine ce samedi après-midi la lecture des Mémoires de Francis Lacassin publiés en deux mille six, deux ans avant sa mort, aux Editions du Rocher, livre acheté il y a plusieurs semaines sur le marché de cette même place, à une femme soldant des marchandises provenant d’invendus de solderies ayant pignon (si je puis dire) dans des zones commerciales, de la braderie de braderies.

    Il m’a coûté un euro et m’a fort intéressé, notamment parce qu’on y croise ceux pour qui a travaillé celui qui fut surnommé « l’homme aux mille préfaces » : Jean-Jacques Pauvert, Christian Bourgois, Guy Schoeller (directeur de la collection Bouquins), etc. Francis Lacassin n’a jamais eu de maison d’édition à lui.

    On lui doit la redécouverte de Gustave Le Rouge, Georges Darien, Léo Malet, Maurice Leblanc, Jack London et bien d’autres. L’un n’est pas des moindres : Giacomo Casanova dont il publia chez Bouquins l’Histoire de ma vie, enfin complète et annotée. Il travaillait à la publication de la correspondance du Vénitien lorsque la maladie l’arrêta. Malheureusement, il semble que nul n’ait repris ce projet.

    Au fil des pages, je note comme textes à lire le Journal secret de Léo Malet (préface et notes de Francis Lacassin), La Jungle d’Upton Sinclair, une plongée dans les abattoirs de Chicago, et Une vipère lubrique M. Paul Léautaud, un pamphlet d’Auriant publié en Belgique que j’aurai bien du mal à trouver, enfin ce conseil tiré du Voleur de Georges Darien :

    Ne mange pas tes ongles, ils sont à toi : mange ceux des autres.

    *

    Autre lecture récente, du soir celle-là, Fantômes viennois d’Adolf Placzek (Anatolia/Le Rocher). Le début résume l’histoire : C’étaient des Viennois qui n’habitaient pas Vienne, mais Manhattan. Ils vivaient, bouche cousue et retenant leur souffle, entre l’avant-veille et le lendemain, s’efforçant de ne pas attirer les regards dans les rues grouillantes de monde.Tous trois, mère fils fille, sont juifs ayant fui le nazisme et perdu leur statut social. Sur la couverture une photo montre une jeune femme nue nageant sur le dos en noir et blanc. Elle est bien faite pour donner envie d’acheter le livre. Le mien m’a coûté cinquante centimes chez Boulinier. Cette photo est tirée du film Ecstasy de Gustav Machatý datant de mil neuf cent trente-trois. La nageuse est Hedwig Eva Marie Kiesler aka Hedy Lamarr, elle aussi juive, elle aussi née à Vienne et exilée aux Etats-Unis.

    Sur Adolf Placzek, peu d’informations, né à Vienne en mil neuf cent treize, exilé aux Etats-Unis en quarante, mort à New York en deux mille, directeur d’une bibliothèque spécialisée dans l’architecture.

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