• En lisant les Souvenirs et portraits d’amis de Marie Dormoy

    La lecture de l’exemplaire jauni trouvé au clos Saint-Marc (il date de mil neuf cent soixante-trois) des Souvenirs et portraits d’amis de Marie Dormoy (Mercure de France) m’est un peu indigeste. On croise pourtant du beau monde dans cette évocation d’ami(e)s : Lucien Michelot, André Suarès, Romain Rolland, Marcel Dupré, Antoine Bourdelle, Auguste Perret, le chat Miton, Ambroise Vollard, Aristide Maillol, Jacques Doucet, Darius Milhaud, Paul Valéry, André Gide, Madeleine Gide, Cécile Sauvage, Olivier Messiaen et Paul Léautaud, des connus et des oubliés, chacun son chapitre.

    Parmi ces derniers, Lucien Michelot, qui semble avoir été le premier amant de Marie Dormoy, laquelle ne parle jamais de sa vie privée. Le bien renseigné Bernard Pivot est plus précis à ce sujet dans l’article Léautaud, misanthrope érotomane publié dans Le Journal du Dimanche du vingt-deux avril deux mille douze : brillant palmarès culturel que celui des amours de Marie Dormoy, citant, outre Paul Léautaud, comme amants probables ou certains : André Suarès, Auguste Perret et Ambroise Vollard.

    J’ai peu à garder de ce livre.

    Ceci, lorsqu’elle s’interroge sur les raisons qui ont pu pousser Madeleine Rondeaux à épouser André Gide : Peut-être aussi Madeleine avait-elle conscience que dans cette ville de province qu’est Rouen et où tout se sait, le scandale causé par la conduite de sa mère pèserait lourdement sur son avenir. (La mère de celle qui allait devenir Madeleine Gide avait trompé son mari.)

    Aussi, sa relation confuse de sa relation avec l’oublié Lucien Michelot :

    Ma nourrice me quitta lorsque j’eus cinq ans, pour épouser un cordonnier…

    (…/…)

    Le vide que me causa son absence ne fut comblé que dix ans plus tard, lorsque je rencontrai Lucien Michelot qui, malgré notre différence d’âge –il avait trente-six ans de plus que moi –, allait être la plus grande affection de ma vie.

    (…/…)

    M. Michelot me regarda de ses beaux yeux clairs et dit en riant : « Comme elle est gentille, la petite Marie. Regardez donc, Andrès, comme elle est gentille. –Je le vois bien », répondit Andrès, riant lui aussi.

    Pendant quelques secondes tous deux me regardèrent avec une expression telle qu’à la fin de ma vie j’en garde encore le souvenir. Ce double regard me rendit femme.

    (…/…)

    Quant à la vie de l’esprit, elle me fut rendue par celui que j’avais rencontré par hasard le jour de ma première communion : Lucien Michelot.

    (C’est confus, on pourrait croire que Marie Dormoy fit sa première communion à quinze ans.)

    Enfin, le dernier chapitre, parce qu’il est consacré à Paul Léautaud ; il commence ainsi :

    Je suis entrée en amitié avec Paul Léautaud comme je serais entrée en religion. Je savais d’avance qu’avec lui il me faudrait admettre l’inadmissible, supporter l’insupportable, accepter l’inacceptable.

    J’en note aussi ce Comme me l’a dit d’excellente façon Paul Valéry : « Léautaud n’est pas méchant, il est mauvais et, pour les amis, il en rajoute. »

    et à propos des Entretiens avec Robert Mallet :

    Aucun de ceux qui les ont entendus ne les ont oubliés. Dans Paris tout au moins ce fut du délire. Pendant tout le temps qu’ils durèrent –plus de deux mois–, les refus ou acceptations de dîners ou de soirées en ville ne se faisaient qu’en fonction des émissions de Léautaud.

    enfin les lignes consacrées à sa mort dans l’établissement du Docteur Le Savoureux à la Vallée-aux-Loups, le vingt-deux février mil neuf cent cinquante-six :

    Léautaud vêtu comme à son ordinaire d’un bleu de travail et d’un chandail de couleur imprécise, coiffé de son énorme toque de lapin, gisait, les yeux clos, la bouche ouverte, les mains ouvertes, elles aussi, comme je l’avais vu si souvent en arrivant chez lui à l’improviste, mais, cette fois-ci, il nous avait quittés pour rejoindre ses chats et ses chiens dans le paradis des bêtes.

    Le style est déplorable, le fond conventionnel.

    *

    Vendredi dernier, je trouve le courrier de la copropriété (dix-huit appartements) jeté à terre sous la porte cochère. Pensant qu’il s’agit encore une fois de l’œuvre d’un facteur ou d’une factrice de remplacement, j’appelle le service clientèle de La Poste et demande à ce qu’on informe cette personne que sa clé (dite clé du facteur) ouvre la porte.

    Samedi matin, je croise l’habituel facteur visiblement mécontent. C’est lui qui a mis le courrier sous la porte, sa clé n’ayant pu l’ouvrir. Il a sonné chez plusieurs habitants, me dit-il. L’un d’eux lui a dit qu’il descendait ouvrir mais n’est jamais venu. « J’en ai eu marre d’attendre sous la pluie. » A voir sa tête, je présume qu’il s’est fait engueuler par sa hiérarchie. Je lui dis que si j’avais su que c’était lui, je n’aurais pas téléphoné. Il me répond que la serrure n’est pas conforme aux nouvelles normes qui exigent maintenant des interphones à clé et à bip. Il va falloir en installer un et ça va coûter cher, ajoute-t-il d’un air satisfait. Il est déçu quand je lui apprends que je ne suis que locataire.

    *

    Cruauté du programme de ouiquennede de France Culture pour les enseignants : le samedi soir, alors qu’ils commencent à penser à autre chose, c’est Rue des écoles de Louise Touret où il n’est question que de ça, et le dimanche après-midi, alors qu’il faut bien commencer à y repenser, c’est Le Gai savoir de Raphaël Enthoven, émission « conçue comme un dialogue à bâtons rompus entre une élève et un professeur », cette dernière émission étant particulièrement risible tant la situation est convenue : Venez donc vous asseoir sur mes genoux, Paola, vous la sentez ma philosophie ?

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