• En lisant Mes Inscriptions (1943-1944) de Louis Scutenaire

    J’ose m’exprimer ainsi. est-il inscrit en quatrième de couverture. C’est ce qu’il fait dans Mes Inscriptions (1943-1944), Louis Scutenaire, l’auteur belge republié par Allia pour deux de ses volumes. Celui-ci est le premier, acheté pour la moitié de son prix à la libraire Galerie de la Sorbonne, rue des Ecoles. En couverture est une petite fille nue d’Egon Schiele n’ayant rien à voir avec le contenu. Les Inscriptions sont à Louis Scutenaire ce que sont les Papiers collés à Georges Perros, un collection de notes plus ou moins développées parmi lesquelles mes préférées sont les plus courtes.

    Ma sélection est surtout issue du début du livre, il y a pas mal à jeter, de plus en plus en avançant dans la lecture, mais les pépites sont brillantes :

    L’homme est un idiot ; y compris Pascal.

    Si leurs dates avaient correspondu, nul doute que Jack l’Eventreur eût été William Blake.

    Je pèche par excès de génie, d’intelligence et de sensibilité.

    Le marquis de Sade sortit à cinq heures.

    La solitude et la promiscuité sont les deux contraires les plus identiques du monde.

    Il est heureux que les hommes soient lâches.

    C’est un livre admirable, comme il y en a tant.

    Un vrai Don Juan se branle.

    Si on ne me lit plus dans mille ans, on aura tort.

    Un monde se condamne, qui pense à Napoléon quand il est question de grandeur, et à Sade quand il est question d’ordure.

    L’Autriche. L’homme aussi.

    De la fréquentation de son pénis on tire des satisfactions inépuisables.

    On est toujours puni pour le mal qu’on n’a pas fait.

    Au pays des muets les aveugles sont sourds.

    Je suis trop honnête pour être poli.

    J’aime de plus en plus les hommes simples comme moi.

    On t’aime pour tes vices et non pour tes défauts.

    Si j’étais Dieu, je croirais en lui.

    Quand je me trompe, c’est que l’on me donne tort.

    Dans cette société où les riches travaillent !

    Je prends le monde tel que je suis.

    C’est mon opinion ; et je ne la partage pas.

    J’y trouve aussi cet intéressant conseil technique :

    Abordage :

    Bonjour, Mademoiselle, puis-je accepter un verre ?

    Scutenaire parsème ses pensées de citations d’autrui, parmi lesquelles j’aime beaucoup ce mot de la criminelle Violette Nozière :

    Mon père oubliait parfois que j’étais sa fille.

    Il pratique aussi, dans ces Inscriptions, la littérature de liste, petit extrait de celle de celles dont il fut l’amant en rêve ou pour de vrai, je ne sais :

    Il y en a qui pleurèrent, il y en a qui sont dans des villes où je n’irai pas, il y en a qui respiraient à peine, il y en a qui voulaient que je danse, (…) il y en a qui eurent confiance, (…) il y en a qui m’aidaient  (…) il y en a qui étaient toutes petites (…) il y en a qui étaient graves et c’étaient celles que j’aimais le mieux, il y en a une qui m’a fait de la peine, (…) il y en a dont la beauté excitait les jeunes garçons  (…) il y en a qui n’avaient qu’une seule robe (…) il y en a qui furent prêtes à tout, il y en a qui s’ennuyaient, (…) il y en a qui ne sauront pas que je suis mort (…) il y en a qui étaient secrètes, il y en a une qui m’a consolé, il y en a qui ont souri, il y en a qui fumaient, il y en a qui n’ont rien dit.

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