• En plein micmac (de Clergoux à Saint-Martin-Valmeroux en passant par Argentat et Collonges-la-Rouge)

    C’est à Clergoux que je me trouve, apprends-je au petit-déjeuner après une nuit tranquille, seulement troublée par des averses à partir de six heures et quart. L’hôte bourru m’apporte le café puis rejoint la cuisine que sa femme ne quitte pas. Si j’ai besoin de quelque chose, j’appelle. Je ne le fais que pour payer les quarante euros de la nuit et lui demander comment faire pour se rapprocher de Collonges-la-Rouge. C’est pas si compliqué que ça.

    Une formule que je vais entendre plusieurs fois en chemin, me perdant régulièrement, « Y en a des routes ! ». Je finis par arriver à Argentat, belle ville sur la Dordogne, avec les inconvénients de ce genre d’endroits, touristes et pièges à touristes. Comme au réveil il pleuvait et qu’à Clergoux la ouifi ne fonctionnait que dehors, je me mets en recherche d’un café la proposant, en trouve, mais rien ne marche. A l’Office de Tourisme, on l’a mais il faut l’attendre, c’est chacun à son tour. Je pars furieux de ce trou de Corrèze et m’arrête à Meyssac. J’y déjeune au Relais du Quercy en terrasse intérieure d’un menu à douze euros cinquante à la cuisine basique : charcuterie, faux filet frites gratin de courgettes, tarte à différents fruits. A la fin du repas, la serveuse me donne un code valable douze heures et je suis enfin connecté, bien installé dans un salon de l’hôtel. Des cris étranges proviennent parfois de la cuisine, comme si on y égorgeait des enfants.

    -C’est un oiseau ? demande une mère inquiète.

    -Non, répond la serveuse, c’est un perroquet.

    Collonges-la-Rouge n’est qu’à quelques kilomètres, totalement quadrillée de parquignes payants. Evitant le péage, je trouve une place sur l’herbe du côté du cimetière. C’est l’un des « plus beaux villages de France » et ce n’est pas usurpé, entièrement constitué de bâtisses en pierres rouges. La bourgade est donc livrée au tourisme, boutiques adaptées et foule de familles dans les rues piétonnières. Il fait de nouveau très chaud, ce qui permet de voir les filles lécher avec application des glaces.

    Après, cela va de mal en pis car je n’ai pas de carte routière sur cette partie de la Corrèze. Je veux me rapprocher de Mauriac dans le Cantal, quitte la route pour voir une chambre d’hôtes, ne la trouve pas, me retrouve sur la route d’Aurillac.. C’est le micmac. Ne voulant pas traverser cette ville, je tourne vers Salers, tout en cherchant en vain une chambre, faisant des kilomètres pour rien sur des routes adjacentes. Tout à coup l’orage éclate, au plus mauvais moment, alors que je me trouve sur des vicinales qui se transforment en torrents. Après un demi-tour hardi, je récupère une route plus large et m’arrête au premier hôtel : La Source du Mont à Saint-Martin-Valmeroux. La patronne est aimable mais n’a que des chambres à minimum soixante euros à me proposer. Je lui dis que c’est trop pour moi et obtiens d’en avoir une pour cinquante. Peu après arrive un couple de Hollandais avec un bébé, aussi perdus que moi dans l’orage. Ils demandent s’il y a une chambre de libre.

    -Oui bien sûr, c’est quatre-vingts euros.

    *

    Un cafetier de campagne : « La ouifi on l’a, elle est dans la cuisine, c’est privé ».

    *

    Rien de tel qu’une journée comme celle-ci pour se demander ce qu’on fait là, pourquoi être parti, et être tenté de revenir dare-dare.

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