• En relisant le premier volume des Papiers collés de Georges Perros

    Je viens de relire le premier volume des Papiers collés de Georges Perros (qui en comporte trois), un écrivain que j’apprécie particulièrement, ancien comédien parisien exilé en Bretagne, vivant avec femme et enfants (cinq) du petit salaire que lui donnait Gallimard contre la lecture de pièces de théâtre qu’il recommandait de ne pas publier. Poète et faiseur de notes invétéré, comme il se qualifiait lui-même, ses Papiers collés en rassemblent un certain nombre de longueur inégale, telle celle-ci :

    Il y longtemps que je ne sais plus rien confier d’important à personne. Alors je parle pour éviter le silence. Je me réfère à l’anecdote, toujours accueillie. L’autre enchaîne, qui pense peut-être sourdement la même chose, et l’on se serre la main, souvent lourds de phrases à hurler, mais à quoi bon les faire éclater, celles-là justement qui ne sauraient trouver grâce ou réponse.

    De ses développements, parfois je préfère ne retenir qu’une phrase, plus percutante isolée, la rapprochant de ses propres maximes :

    A vingt-huit ans, aujourd’hui, je suis devenu ce que j’avais rêvé d’être, c’est-à-dire à peu près rien.

    Le premier homme qui a pensé au suicide a humilié la vie pour l’éternité. La vie est une grande vexée.

    On a de l’humour dans la mesure où l’autre ne s’aperçoit de rien.

    Le comble du pessimisme : croire en Dieu.

    Debussy a composé toute sa musique assis dans un aquarium.

    Est écrivain tout individu que la vie, c’est-à-dire les autres et lui-même, le ciel, les évènements, ne finissent pas.

    Trop vieux pour se marier, il prit une jeune maîtresse.

    Tout homme est ethnologue quant à l’autre. Inutile d’aller voir les Indiens.

    Le plus évident, le plus dur à se faire comprendre, c’est que nous n’avons absolument rien à nous dire, que toute parole interceptée par un semblable est détruite, malaxée, réduite ou exagérée.

    Si seulement on était capable de supporter les gens qu’on aime.

    Il est certain que les hommes se donnent beaucoup de mal pour être malheureux. Mais le sont-ils ?

    Certaines de ses notes s’étendent sur plusieurs pages, véritables études consacrées à la Bretagne (Il y a chez la jeune fille bretonne quelque chose de terriblement vierge et de terriblement putain.), au théâtre, à Rilke, Constant, Valery, Ponge, Claudel, Kierkegaard ( A vingt-quatre ans, Kierkegaard s’éprend d’une enfant, de dix ans sa cadette.)

    Ce premier volume s’achève par l’évocation du cimetière où il aimerait être enterré :

    Cimetière : J’aimerais être en pente, histoire de glisser un peu par temps humide, sur laquelle quatre hauts murs interdiraient aux visiteurs toute indiscrétion (…) Nul promeneur du dimanche, ou touriste macabre, n’y pourrait faire pénétrer sa mauvaise odeur, nulle fleur arrachée n’oserait embellir –pour quels yeux ?– notre petit lopin de terre si durement, si paresseusement, si atrocement gagné, mon Dieu.

    Georges Perros est mort en mil neuf cent soixante-dix-huit à l’âge de cinquante-huit ans d’un cancer du larynx. Il est enterré au cimetière marin de Tréboul, commune de Douarnenez. Seul ou bien accompagné, j’y suis allé faire le touriste macabre plusieurs fois, posant sur sa tombe une fleur arrachée.

    *

    Son problème avec les femmes : n’être pas un amant très performant.

    *

    L’une de ses expressions : Une soirée baliverneuse

    *

    Saint-Exupéry était un homme très bien, je n’en doute pas. Quelques-unes de ses pages respirent profondément. Pourquoi les gens qui en font leur idole sont-ils, la plupart du temps, des imbéciles ? écrit-il, ce que j’ai constaté aussi.

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