• En relisant Passe-Temps de Paul Léautaud

    Un drôle de livre que ce Passe-Temps de Paul Léautaud dont j’ai maintenant un exemplaire de l’édition originale parue en vingt-neuf du siècle précédent au Mercure de France dont Léautaud était par ailleurs l’employé, un assemblage de textes disparates qui ont fait volume à la demande d’Alfred Vallette, directeur de la maison, qui n’en pouvait plus d’attendre un texte plus consistant de son auteur procrastinateur, lequel l’a couronné d’un titre à sa manière faussement désinvolte.

    La dernière partie est intitulée Mots, propos et anecdotes. C’est un fourre-tout à l’intérieur d’un fourre-tout. Léautaud y parle de lui à la troisième personne en se cachant derrière son initiale.

    Ces mots, ces propos et ces anecdotes ont pour beaucoup perdu de leur audace ou de leur originalité, mais à la relecture j’en élis quelques-uns :

    « Bête comme un héros de Corneille. » C’est une bonne définition de la bêtise.

    La femme d’un écrivain connu est fort laide. « On comprend qu’il ait écrit Le Désespéré », dit L… la première fois qu’il l’a vit.

    Une phrase des Goncourt dans Les Frères Zemgano : « Silencieuse, muette, elle ne disait pas un mot à son pauvre mari. » On ne s’étonne plus si on faisait alors des livres aussi gros.

    J’ai des lettres de Louis Pergaud qu‘il m’écrivait du « front ». Il était aux anges. «  Je ne donnerais pas ma place pour je ne sais quoi. On tire du « Boche » comme du lapin. » On n’a pas revu le pauvre Pergaud. Il a reçu la monnaie de sa pièce.

    On voit cela quand on a bien réfléchi à l’art d’écrire : les métaphores, les images, les phrases cadencées, les épithètes rares, sont de pures niaiseries.

    On me trouve immoral, subversif, sans respect : je n’exprime pas le quart, sur toutes choses, de ce que je pense.

    Le véritable écrivain est celui qui prend uniquement dans la vie la matière de ses écrits. Les gens qui font des livres avec des livres sont néant.

    et ceci :

    Il vous vient quelquefois un dégoût d’écrire en songeant à la quantité d’ânes par lesquels on risque d’être lu.

    que j’ai déjà cité dans une réécriture personnelle :  « On écrirait moins si on savait par quel genre d’imbéciles on risque d’être lu. »

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