• Escapade à Peyrelevade et dans ses environs

    Ce vendredi matin, je descends à Tarnac et prends la direction de Peyrelevade avec, sur le siège de la passagère absente, un itinéraire établi par l’hôtesse de la maison où je dors à Toy-Viam (cette nuit, j’étais le seul client, on n’a jamais vu ça pour un mois de juillet). Quand je passe devant le Magasin Général, un camion à grosses fleurs y stationne qui est peut-être celui des tournées d’épicerie dans les campagnes avoisinantes, celui vu par le passé avec celle qui m’accompagnait semblant avoir disparu. La route devient sinueuse et boisée. Je constate, autre disparition peu étonnante mais triste, que n’est plus là le café de mi-chemin entre Tarnac et Peyrelevade. Une vieille dame nous y avait accueilli un matin dans un bar qui ressemblait à une cuisine et avait accepté de nous faire à manger le lendemain midi, rouvrant spécialement pour nous un restaurant fermé. Nous avions eu l’impression de déjeuner chez une vieille tante, un menu à deux entrées puis du lapin à la moutarde, fromage, dessert, vin et café, à un petit prix.

    Un peu avant Peyrelevade, je tourne à gauche, suivant l’indication de l’itinéraire de balade, pour grimper jusqu’à un champ d’éoliennes immobiles d’où j’ai belle vue sur la région, puis redescends dans ce bourg à deux rues parallèles.

    J’y bois un café à la terrasse du bar tabac La Fontaine où se croisent les gens du cru qui se connaissent tous et s’appellent par leur prénom, puis je vais lire Perros assis sur un muret près de ladite fontaine. Le temps est à l’orage. A onze heures et demie, un unique coup de tonnerre fait office de coup de semonce. C’est néanmoins en terrasse que je déjeune au Tilaak, la patronne m’ayant indiqué que l’orage n’éclaterait pas avant une heure, d’un menu ouvrier à treize euros, assez moyen comme les précédents, avec une andouillette et un nougat glacé. Sitôt le café bu, les premières gouttes tombent.

    Je prends le risque de faire un autre bout de la balade aventureuse. Elle me mène au bord du lac de Chammet par un chemin plein d’ornières qui traverse un ancien centre de vacances Electricité de France abandonné au bout de trois ans d’usage et désormais en ruines. Je passe sur l’étroit barrage et poursuis sur une « piste carrossable » pendant un kilomètre et demi, priant pour ne pas tomber en rade dans un lieu aussi reculé, trouve le hameau de Servières, m’y perds, m’y retrouve grâce à une petite rousse en chorte. Pendant tout ce temps, les éclairs et le tonnerre n’ont cessé mais peu d’eau est tombée.

    Arrivé à Tarnac, je m’arrête au café du Magasin où les présent(e)s occupé(e)s à nettoyer après le repas communautaire chantent en chœur Les oiseaux de passage de Brassens et Richepin. Je bois un diabolo menthe en terrasse. La pluie frappe le plastique ondulé qui la recouvre cependant que gronde un lointain tonnerre. Cela n’empêche pas l’autochtone barbu présent chaque jour depuis moult années sur son siège attitré d’y dormir bruyamment, bel exemple de permanence dans un monde qui bouge si vite. Ayant lu ma dose de Perros (j’en suis au troisième volume), je paie l’euro vingt à la jeune épicière, le bar ayant été déserté. Elle me confirme la disparition de l’élégant camion que chargeait et conduisait autrefois Benjamin.

    *

    Vieux couple à La Fontaine :

    Elle : « Elle s’est fait opérer des doigts. On n’est même pas allé lui demander des nouvelles. »

    Lui : « Des nouvelles ? Qué nouvelles ? On ne demande pas de nouvelles pour ce genre d’opération. »

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