• Exposition Canaletto au Musée Maillol

    Ce jeudi de Toussaint, celle qui m’héberge à Paris choisit d’aller travailler afin de disposer de son vendredi, Elle me quitte donc à Barbès. Je poursuis le voyage en métro jusqu’à Saint-Sulpice, trouve la rue de Grenelle et arrive au Musée Maillol à l’heure de l’ouverture, dix heures trente.

    Je viens voir là les œuvres de Canaletto qui font exposition temporaire. Il y en a du monde, trop, impossible de voir quoi que ce soit au rez-de-chaussée. Une femme au téléphone en informe je ne sais qui : « Moi j’avais un billet réservé, mais en arrivant j’ai vu la queue, elle était longue ».

    Je monte à l’étage où c’est encore calme, retrouvant l’immuable Venise, me souvenant de mes voyages là-bas, bien accompagné. Retournerai-je un jour dans cette ville si particulière ? On peut avoir vu toutes les villes du monde et être surpris en arrivant à Venise : on sera toujours étonné de voir une ville, des tours, des mosquées, sortir de dessous de l’eau et de trouver un peuple innombrable dans un endroit où il ne devrait y avoir que des poissons, écrivait Montesquieu, contemporain de Canaletto, dans ses Lettres Persanes, est-il noté sur le mur.

    Un bedonnant à moustache baille à s’en décrocher la mâchoire (comme on dit) puis déclare « C’est vraiment romantique, cette exposition ». Une autre parle d’un absent avec son amie « René, je suis sûre qu’il aimerait ça, c’est pas possible qu’il aime pas ça. »

    Oui, comment ne pas aimer les peintures d’Antonio Canal dit Canaletto.

    Je retourne au rez-de-chaussée où je me faufile dans la foule, tente de voir les croquis prêtés par la ville de Venise et la chambre optique à opérateur intérieur, outil indispensable de l’artiste. Devant l’image de la place Saint-Marc, content d’être en terrain connu, l’un fait remarquer à sa femme « Y a pas encore le café. Comment s’appelle-t-il déjà ? » Le temps passe, on oublie.

    Dans le métro du retour aussi, le peuple est innombrable, qui descend à Châtelet ou à Gare du Nord. Je vais jusqu’à Marcadet Poissonniers, constate que j’ai échappé à une drache, trouve un restaurant rue Simplon nommé Au Fond du Bar, y déjeune d’un os à moelle suivi d’un perdreau rouge façon Anne purée de patates douces, le tout accompagné d’un quart de bordeaux.

    Ce perdreau rouge me déçoit beaucoup. Il est blanc comme un poulet et en a le goût. Je le signale au serveur, lui demandant d’où vient cette volaille et pourquoi elle n’a pas le goût d’un gibier. Il se renseigne en cuisine. Du Vingt-Huit, Eure-et-Loir. A Paris, on n’a pas le droit de servir de la viande faisandée, me dit-il. Un perdreau faisandé, je suis surpris, et cela n'ôte pas mes doutes: cette bestiole blanche a l’aspect et le goût d’un jeune poulet. On ne me reverra plus Au Fond du Bar.

    *

    Me surprennent toujours ces femmes qui évoquant une file d’attente parlent de longue queue sans songer à malice. Je me souviens d’une institutrice cruche de l’école des Acacias à Louviers déclarant un jour à la cantine : «  Moi quand je rentre à quatre heures et demie, la première chose que je fais c’est de caresser ma chatte. »

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    Plus d’Internet aux Amiraux, l’ouvrier turc est parti avec tout le bazar. De temps en temps néanmoins, une connexion plus ou moins pirate me permet d’être relié au reste du monde.

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