• Exposition Contes Ineffables de Gérard Garouste à la Galerie Daniel Templon (en présence de l’artiste et d’un producteur de France Inter)

    Ce mercredi matin, c’est la jolie blonde à casquette et aux yeux maquillés comme des ailes d’oiseau qui autorise le train où je suis assis à quitter Rouen. Le ciel est bleu quand j’arrive à Paris où deux heures plus tôt s’est posé l’avion de celle qui revient de New York. Nous ne nous verrons pas ce jour. En attendant l’ouverture du Book Off de la Bastille, je lis Libération au café du Faubourg.

    Ce journal va très mal et cela m’attriste. Je ne l'achète plus pour un tas de raisons déjà évoquées il y a longtemps, mais je fais partie des rares à avoir eu dans les mains son numéro zéro et l’ai acheté pendant des années « tous les jours au même endroit » comme il était conseillé alors afin que chacun puisse le trouver, puis m’y suis abonné quand j’habitais dans la campagne lointaine où je le recevais avec un jour de retard. Je crains que le dernier article ne soit pour bientôt et dans la rubrique nécrologique. Aujourd’hui, dans la colonne des décès, on trouve ce simple avis d’un qui est mort le huit février : « Je m’isole ».

    Après Book-Off, d’où je repars avec un seul livre, je rejoins Châtelet à pied et à midi déjeune au bar restaurant Impasse Beaubourg : épaisse côte de porc, pommes sarladaises, large part de creume-beule, un quart de côtes-du-rhône, Je règle les dix-huit euros soixante-dix et décide d’aller voir au bout de l’impasse ce que propose l’annexe de la Galerie Templon. C’est Garouste, des peintures récentes exposées sous le titre Contes Ineffables (jeu de mots à la manière de l’actuel Libération) et dont l’inspiration vient de là, des contes, des légendes et des fables ; de l’habituel Garouste, toujours agréable à regarder mais sans plus. Quelques sculptures du même sont aussi montrées, dans le même genre.

    L’essentiel de l’exposition étant dans le bâtiment principal, je traverse la rue Beaubourg. La porte poussée, j’y trouve d’autres œuvres, en plus grand nombre, et quelques visiteurs. L’un des tableaux s’appelle et montre Wagner, Méphistophélès et l’Homonculus. Wagner n’est pas ressemblant mais Méphistophélès a bien la tête de Gérard Garouste.

    Changeant de salle, je me trouve nez à nez avec lui, ce Haut Normand de l’Eure, un peu plus vieux que sur sa peinture. Il porte de petites lunettes, un chapeau à la Léautaud, un pantalon de velours beige et une gabardine mastic. Il n’est pas seul, un homme à cheveux grisonnants l’interroge, casque de scouteur dans le bras, micro rouge au bout de la main, de France Inter, la radio populaire.

    Leur discussion porte d’abord sur l’un des tableaux inspiré des aventures de Tintin, des Cigares du Pharaon, on y voit un Garouste déséquilibré dans un sarcophage rouge flottant sur une mer agitée, puis sur l’anecdote d’un tableau repris à un collectionneur pour y effectuer une retouche repartant tellement transformé qu’il ne pouvait plus passer la douane. Garouste est d’humeur radieuse, comme le sont cycliquement ceux qui souffrent de troubles bipolaires.

    Quand l’interrogateur en a terminé, une dame présente lui demande pour quelle émission.

    -Un temps de Pauchon, lui dit-il et il en profite pour demander à la curieuse de parler dans son micro pour dire « Un temps de Pauchon, c’est fini pour aujourd’hui mais on se retrouve demain », ce qu’elle fait avec une voix d’institutrice.

    Lorsque je ressors le temps a changé, ciel couvert et risque évident d’averse. J’y échappe néanmoins jusqu’au soir passant par chez Boulinier, Gibert Joseph et le Book-Off de l’Opéra.

    Pour le retour, c’est encore la voie détournée, Argenteuil, La Frette-Montigny, cette fois pour cause de « personnes se trouvant sur la voie ». A l’arrivée, avec vingt-cinq minutes de retard, dans une nuit noire, une grosse drache s’abat sur la ville. Un autre voyageur, originaire d’Afrique, commente ainsi la chose : « Merde, y a pas de soleil », ce qui suffit à me faire sourire.

    *

    Encore raté les soldes cette année, pas moyen d’y aller au début faire la fourmi dans la fourmilière, de plus il faisait beau, ensuite repoussage de jour en jour sous prétexte qu’il y a encore le temps et pour finir, la dernière semaine, il pleut tout le temps, pas envie de courir les rues et les magasins. On me verra jusqu’à la fin de l’hiver avec la même veste aux manches élimées.

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