• Exposition Dali au Centre Pompidou, une heure et demie d’attente avec la carte d’adhérent pour une demi-heure de visite

    Sombre dimanche avec une invitation à déjeuner chez ma fille où sont aussi conviés le frère qui me reste et sa compagne. Des repas familiaux mortellement ennuyeux, j’en ai souvent connus mais celui-là bat des records, dont la conversation est centrée sur l’enfant de la maison, une succession de lieux communs auxquels s’ajoutent les franchouillardises du père. Je pars de là épuisé, pressé de rentrer, et me fait flacher par un radar sur la voie rapide où il faut rouler lentement. En ultime plaisir, le centre de Rouen est aussi encombré ce dimanche soir qu’en semaine. Il faut se battre à la Copé Fillon pour entrer dans l’île Lacroix.

    Quitter Rouen m’est donc un particulier plaisir ce lundi, avec pour objectif l’exposition Dali. « Tiens, pour une fois, on arrive à l’heure », constate-t-on dans le train lorsqu’il s’arrête à Saint-Lazare. Je passe le début de la matinée dans les librairies, mange chez mon habituel kebabier puis arrive sous mon parapluie au Centre Pompidou devant lequel s’allongent deux importantes files d’attente. L’une est pour celles et ceux sans billet. L’autre à peine moins longue est réservée à celles et ceux qui ont un billet et aux adhérent(e)s dont je suis. Il est onze heures et demie. Un bandeau lumineux annonce quarante-cinq minutes supplémentaires d’attente à l’intérieur.

    Devant moi un vieux couple s’étonne d’être encore là alors que son billet indique une entrée à onze heures. Cela avance très lentement, Certain(e)s renoncent. D’autres arrivent en pensant que leur carte d’adhérent leur permettra de passer avant tout ce monde. Le vigile les déçoit, qui leur dit d’aller se mettre au bout de la file, là-bas sous la pluie. Les seul(e)s qui passent avant tout le monde sont les troupeaux avec guide et les scolaires avec prof. Comparé à ce qui se passe au Grand Palais pour l’exposition Hopper, Pompidou est un bon exemple d’inorganisation.

    De petites avancées en petites avancées, on approche de l’entrée mais ne voilà-t-il pas que le bandeau lumineux annonce désormais soixante minutes d’attente à l’intérieur.

    -Ah non, ce n’est pas possible, s’insurge le vieil homme devant moi.

    Sa femme et lui décident de partir bien qu’ils aient payé. Je suis désormais deux dames ayant acheté leur billet à la Fnaque de Velizy où la caissière ne sait pas qui est Dali. A douze heures trente, je suis à l’intérieur et constate que la file devant les caisses est minimale. Manifestement, le Centre Pompidou préfère que le public stagne dehors, sous la pluie, dans le froid, alors qu’il y a la place pour attendre dedans. Cela doit flatter la vanité de son Président, Alain Seban, de montrer à la rue que davantage attendent devant Dali que devant Hopper.

    Je pose mon sac au vestiaire et grimpe au sixième où l’attente annoncée est toujours de soixante minutes. La file est longue effectivement, mais pas tant que ça. C’est cruel pour Lavier qui expose dans la galerie d’à côté où n’entrent que deux personnes toutes les cinq minutes. Devant moi sont un sexagénaire, son petit-fils et la copine de ce dernier, dans les dix-huit ans tous les deux. Tous trois lisent le dépliant de l’exposition qu’a distribué une hôtesse pour faire patienter. « Vous savez ce qu’est le cubisme ? » demande le grand-père à la jeunesse. Non. Un peu plus tard : « La Guerre d’Espagne, ça vous dit quelque chose ? » Non.

    A treize heures, après une demi-heure d’attente seulement, j’entre dans la galerie Dali. C’est pour moi l’occasion de vérifier que je n’aime pas cette peinture rêvasseuse mystico pantoufle, ni le personnage bouffon et charlatan. Une gloire usurpée, me dis-je, devant les particulièrement croûteux Cheval joyeux et La pêche au thon.

    Je ne sens pas l’enthousiasme parmi les présent(e)s. Beaucoup s’agglutinent devant les écrans. D’autre attendent pour se photographier assis sur la bouche rouge de Mae West. Un prof fait son boulot devant La veste aphrodisiaque.

    -Vous chercherez aphrodisiaque dans le dictionnaire, dit-il aux branlotin(e)s.

    A treize heures trente, je sors. Redescendu, je demande à plusieurs employées de Pompidou ce qu’elles pensent des files d’attente dehors et si, venant voir autre chose que Dali les prochaines fois, je vais devoir subir ça jusqu’en mars.

    -Vous avez raison, me disent-elles, c’est le bordel.

    Elles me conseillent de m’adresser à Donald Jenkins, chargé des relations avec le public.

    Eh bien, fais quelque chose Donald.

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