• Exposition Keith Haring, The Political Line au CENTQUATRE

    Ce jeudi, à Paris, je sors de terre près de la tour Saint-Jacques et rejoins Saint-Michel à pied. Je fais le tour des librairies puis prends le métro jusqu’à la station Riquet dans le dix-neuvième arrondissement. Au coin d’une rue de Rouen, dont j’ignorais jusque-là l’existence, je mange chinois à volonté avec un cruchon de vin blanc. J’y côtoie des habitué(e)s : trois femmes seules ayant renoncé au régime, deux gros employés qui médisent de leurs collègues, un gros homme seul toujours au téléphone avec ses associés (son oreillette comme une pustule). Ce restaurant dont je ne sais le nom est tenu par un couple de quinquagénaires. L’homme, à qui je paie, sait me mettre sur le chemin du CENTQUATRE. On y trouve des affichettes appelant à une réunion contre les cambriolages.

    Le CENTQUATRE figure sur mon plan sous la dénomination de Pompes Funèbres, ce qui était sa fonction antérieure. J’y entre par la rue Curial. Je traverse un premier bâtiment, vaste édifice à verrière sous laquelle s’ébroue une folle jeunesse occupée à jongler et à danser. C’est dans le deuxième que l’on rend hommage au défunt Keith Haring en y montrant des oeuvres de l’exposition The Political Line trop grandes pour entrer au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

    Entre les deux bâtiments se trouvent une cabane de chantier jaune où l’on peut déposer un de ses livres et en emporter un autre, des chaises longues toutes occupées et un vendeur de pizzas que des familles mangent par terre.

    Trois sculptures géantes, dont le Dancing Dog, accueillent le visiteur sous la verrière puis je passe dans la dernière salle à l’entrée de laquelle figure un avertissement : « L’exposition présente des œuvres de Keith Haring qui tiennent compte de sa démarche politique et engagée. Elle comporte à ce titre des images susceptibles de heurter un public non averti. ». Pas de quoi effrayer les familles qui mènent là leurs jeunes enfants en vacances.

    -Qu’est-ce que tu reconnais ? demande une mère à son mouflet.

    -Des anges, lui répond-il, bien qu’on voie aussi des zizis dressés vers le ciel.

    Une autre peinture évoque les dangers de l’atome. L’explication murale précise que  « Keith Haring manifeste contre le nucléaire après l’accident de Three Mile Island en 79. En 82, lors d’un rassemblement anti-nucléaire à New York, il réalise et distribue 20 000 posters ». J’ai gardé le meilleur pour la fin sur le conseil du sympathique gardien à casquette et lunettes noires qui veille sur l’entrée de l’autre salle. S’y trouvent les immenses panneaux des Dix commandements, œuvre datant de mil neuf cent quatre-vingt-cinq.

    *

    Le matin, chez Gibert Joseph, grand branle-bas, les employées déménagent livres et meubles d’un étage à l’autre. Je demande à l’un qui semble avoir des galons de chef pourquoi une telle réorganisation de la librairie.

    -Parce que… pour plusieurs raisons, me répond-il sans vouloir m’en dire davantage.

    Pour l’instant, on trouve Corneille au rayon Homéopathie, Proust en Arts Martiaux et Léautaud en Petite Enfance (ce qu’il aurait adoré).

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    Un peu plus tard, chez Gibert Jeune, je cherche un livre dans le rayon livres érotiques en poche, lequel est situé au ras du sol et dans le plus complet désordre.

    -C’est la faute des clients, y en a pas un qui remet un livre en place, me dit celui qui se présente comme le chef de rayon, on les reclasse toutes les semaines.

    J’en doute, cela ressemble à une étagère abandonnée, impossible d’y trouver ce qu’on cherche. Je le fais remarquer à mon interlocuteur.

    -Vous avez la Fnac boulevard Saint-Germain et Joseph un petit peu plus loin, me répond-il.

    *

    Dans le train du retour à Rouen, je parcours l’anthologie Rome et l’amour publiée chez Arléa. Catulle et Martial, deux sacrés gaillards. Du premier, ceci :

    Je viens de surprendre un mioche qui fourrait une fille. Moi –Vénus me pardonne ! –, raide comme la justice, par-derrière, à grands coups de bite, je l’ai… corrigé.

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