• Exposition L’Art en guerre au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

    Un séjour à Paris organisé depuis longtemps afin de passer avec elle la Saint-Valentin et puis l’imprévu l’a emmenée outre-Atlantique. Annuler ou maintenir, j’ai choisi la deuxième, confiant avant mon départ à un fleuriste de New York le soin de la fêter ce jeudi.

    Mercredi tôt, je suis dans les rues de Rouen où ne circulent que balayeuses et camions poubelle chargés de réveiller la ville. Côté poubelles, beaucoup doivent chercher la leur si j’en juge par toutes celles rassemblées devant les portes du Collège Lycée Camille Saint-Saëns. Elles ont servi pour le blocage de l’établissement sur fond de bataille d’œufs de Mardi-Gras. Il s’agissait de protester contre la suppression de sept postes de professeur(e)s à la rentrée prochaine. La Police à matraques était là.

    Arrivé à la gare je grimpe dans le six heures cinquante-neuf et arrive à Paris sans retard. Le métro Douze me mène aux Amiraux. La gardienne me donne les clés. Je pose mes affaires et repars par le Quatre, objectif le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris qui m’a offert (via Effe Bé) deux laissez-passer pour l’exposition L’Art en guerre. Le métro n’ira pas plus loin que Châtelet en raison d’un grave accident de personne, annonce le conducteur.

    Je suis aux portes du Musée cinq minutes avant dix heures et demande aux quelques présents qui va voir L’Art en guerre. Un homme se fait connaître. Je lui donne mon second sésame. « Vous le vendez combien ? » me demande-t-il. « C’est gratuit ». « Je ne vous dois rien alors ? » « Non non. »

    L’Art en guerre est une exposition moitié artistique moitié historique, qui ne montre pas d’œuvres allemandes. Je la trouve fourre-tout mais c’est toujours bon de voir des tableaux de Bonnard, Matisse et Picasso. Je note également quelques beaux Chagall, les dessins de Bellmer enfermé au camp des Milles, ceux de Charlotte Salomon tuée enceinte à Auschwitz, deux minuscules statues de Giacometti (entre un centimètre et un centimètre cinq), le Prière de toucher sous plexiglas de Duchamp, Le Serpent kitsch d’Eugène-Robert Pougheon dont j’aime la nue effrayée. Pendant la visite m’accompagne le bruit inquiétant de la canne d’une vieille femme, frappant le sol.

    Je rejoins en métro le quartier Mouffetard par un chemin détourné et partiellement aérien. J’y déjeune japonais à volonté au Pot d’Or, rue du Pot de Fer, parmi une clientèle estudiantine, puis descends à pied au Quartier Latin où je furète dans les librairies en ce jour beau et froid.

    Le lendemain, il pleut. Je prends un petit-déjeuner à hauteur du métro Simplon en lisant Le Parisien, journal riche en faits-divers. Les librairies du Quartier Latin me sont un abri. Chez Boulinier, j’entends cette question inédite : « Les livres neufs, ils sont où ? ». La réponse déçoit le naïf. Des moineaux ont trouvé refuge sous l’auvent de Gibert Jeune. Ils fientent sur les livres et sur les client(e)s. Je le fais remarquer au vendeur d’extérieur, qui s’en fout.

    Après un kebab, je rejoins la Bastille et passe un certain temps chez Book-Off. Il pleut moins. Je rejoins Saint-Lazare à pied, prends un café dans un bar arabo-chinois où des retraité(e)s mangent un couscous tardif en parlant de la viande de cheval dans les lasagnes de bœuf. « Quand je vois tout ce qu’on entend », résume l’une. Un vieil homme seul a terminé le sien accompagné de vin rouge. Il dort à table un bon moment avant que le patron ne le réveille d’un petit coup à l’épaule.

    -Allez, il est temps de rentrer, lui dit-il.

    Pour moi aussi. Le train me reconduit à Rouen en ce jour de Saint-Valentin.

    *

    Le tableau-phare de l’Art en guerre, c’est l’immense et terrifiant La Guerre ou La Chevauchée de la discorde du Douanier Rousseau. Une explication murale m’apprend qu’il a été retrouvé pendant la Deuxième Guerre Mondiale chez un cultivateur à Louviers (ville natale). J’aimerais en savoir plus sur cette histoire.

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    Usage inédit de la tablette : s’en servir de panneau d’affichage quand on vient chercher à la gare quelqu’un(e) qu’on ne connaît pas. Un homme sans doute chauffeur de taxi se promène avec la sienne où est écrit Annabelle Barrière. Il ne la trouve pas et repart seul.

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