• Expositions Bertrand Lavier (depuis 1969), Mircea Cantor (prix Marcel Duchamp 2011) et Adel Abdessemed (Je suis innocent) au Centre Pompidou

    Vendredi, en chemin de fer, je constate une nouvelle fois comme ils sont heureux entre collègues, les hommes. Les cinq d’à côté sont une publicité vivante pour le slogan « Vivons heureux sans nos femmes et nos enfants ». « Je ne sais pas comment ils ont communiqué en interne », dit l’un et les autres extrapolent. Je vais à Paris pour quatre jours et dois retrouver celle qui y vit en début de soirée.

    En attendant, après un passage obligé en librairies et chez le kebabier, je vais au Centre Pompidou me mettre à l’abri du froid tout en visitant les expositions Bertrand Lavier, Mircea Kantor et Adel Abdessemed, ce dernier étant présent dès le parvis avec son Zidane de cinq mètres de haut donnant le coup de boule qui l’a rendu célèbre, une statue qui choque ceux qui aiment le foute, dit-on, mais devant laquelle beaucoup se font photographier. Je retrouve cet artiste dans le grand haule avec Telle mère tel fils, deux carcasses d'avions enlacées, et monte d’abord au sixième voir Bertrand Lavier (depuis 1969).

    Lavier est notamment connu pour ses superpositions d’objets, celui du bas faisant socle, du réfrigérateur sur coffre-fort au mobile de Calder sur climatiseur Calder en passant par la bouche de Dali posé sur un congélateur Bosch, mais on voit là des échantillons de tout ce que la maison produit depuis soixante-neuf. J’aime assez Walt Disney Productions, œuvres créées à partir d’une bande dessinée du Journal de Mickey dans laquelle on voit la souris découvrir l’art abstrait et Giuletta, voiture rouge sévèrement accidentée achetée dans un casse auto et exposée sans fioritures.

    Mircea Kantor, c’est au niveau de la Mezzanine et comme pas mal de prix Marcel Duchamp ça ne m’intéresse pas (son nom rime avec or et il en emploie). Je préfère le voisin, celui qui se dit innocent, Adel Abdessemed, dont certaines œuvres font songer à Kendell Geers. Il y traite de la rudesse du monde sous forme d’un bas-relief composé d’animaux naturalisés et brûlés au chalumeau Who’s afraid of the big bad wolf ?, de vidéos : Lise (où l’on voit une jeune fille rousse donner le sein à un porcelet) et une autre dont je n’ai plus le titre, interdite aux mineur(e)s (c’est une fâcheuse première fois au Centre Pompidou, me semble-t-il, pour la raison que des couples y copulent, on ne voit pourtant rien), de sculpture : Décor, quatre Christs crucifiés en barbelé hérissé de lames de rasoir, de terres cuites représentant des voitures brûlées à l’échelle un, d’installations dont Hope, bateau comme on voit traverser la Méditerranée où les émigrants sont remplacés par des sacs poubelles noirs.

    Il n’est pas encore l’heure à laquelle j’aurai droit d’accès à l’exposition Edward Hopper au Grand Palais, je vais prendre un café à la Mezzanine, dominant le couple d’avions incestueux d’Adel Abdessemed qu’une vieille handicapée refuse de voir, demandant au serveur de l’installer en retrait. Près de moi, deux Suissesses discutent, remplaçant l’insupportable « au final » par l’attrayant « en finalité ». J’apprends qu’en leur pays un café viennois s’appelle un renversé.

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