• Expositions Body Loud de Ryan McGinley et Dérobés de Sophie Calle à la galerie Perrotin

    Rassuré sur la bonne arrivée de celle que j’imagine endormie dans la chambre de Convent Avenue, je me dirige ce mercredi doux, le jour pas encore levé, vers la gare de Rouen. Place des Carmes, dans les arbres autour de la statue de Flaubert, chante un merle déboussolé.

    A Paris, où je suis accueilli par un soleil radieux, je vais à pied jusqu’au Printemps devant lequel sont garés des camions de Canal Plus (venu filmer le début des soldes ?). La ligne Neuf du métro m’emmène à la station Charonne. Je trouve la rue de Nice où je livre à son acheteur un livre que j’ai vendu via Internet puis descend la longue rue de Charonne, frôlant le passage de la Main d’Or au théâtre mal fréquenté, et arrive au carrefour avec la rue Ledru-Rollin.

    Avant que n’ouvre Book-Off, je bois un café au comptoir du Café du Faubourg en lisant Le Parisien. Il y est question des librairies indépendantes parisiennes. Elles ne vont pas très bien. C’est pourtant sans une once de culpabilité que j’entre, quand le rideau métallique se lève, dans l’antre de l’occasion à bas prix, pas ravi de découvrir qu’à l’intérieur un vieil habitué qui se dit bouquiniste mais doit surtout vendre sur Internet puisqu’il téléphone régulièrement à je ne sais qui pour communiquer des codes barre et savoir ainsi si l’achat est rentable, a déjà rempli un panier. Il y a donc ici des passe-droits.

    Sorti de là, le temps toujours beau et doux, je me dirige vers le Marais et entre, rue de Turenne, chez Emmanuel Perrotin, galerie d’art sise dans un bel hôtel particulier dont les escaliers sont du meilleur métal et les hôtesses nombreuses, jeunes et jolies. On peut y voir deux expositions : Body Loud du photographe new-yorkais Ryan McGinley et, après être passé par une impasse en travaux, dans un deuxième bâtiment, mêmes escaliers, mêmes hôtesses, Dérobés de la bien connue Sophie Calle.

    Body Loud montre des photos d’adolescent(e)s nu(e)s dans la nature l’été dernier, images de grande taille souvent, très colorées, rougeoyantes parfois, jusqu’au kitsch, qui me plaisent moins que ce que j’espérais, hormis celle intitulée Petra (Pieces), impressionnante fausse noyée.

    Dérobés de Sophie Calle est comme d’habitude une bonne idée, faire parler des visiteurs, ou des membres du personnel de musées, d’œuvres qui y ont été volées à partir d’un cadre vide, leur demandant ce qu’ils y voient ou de décrire à l’aide de leur mémoire la toile qui n’y est plus. Cela fait beaucoup de texte que je n’ai pas le courage de lire entièrement, debout dans ce sous-sol, certes luxueux. Je note une seule phrase, dite par une visiteuse : « Je vois mon reflet donc je vois ma tristesse. »

    Marchant toujours, je rejoins le Quartier Latin, déjeune vers une heure Chez Kelly, rue de la Harpe, salade de saumon fumé, tartiflette, dame blanche, un quart de bourgogne, quatorze euros quarante, passe chez Taschen, rue de Buci, mais on n’y solde pas les calendriers, furète chez Gibert Joseph, prends le bus Vingt-Sept jusqu’à l’Opéra et rejoins le deuxième Book-Off.

    C’est Chez Léon que j’attends le train du retour en relisant les Pensées de Leopardi dont certaines sont aussi les miennes.

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    Nos amis les commerçants sont fébriles, qui commencent les soldes à moins cinquante pour cent et même moins soixante-dix pour cent ; « sacrifiés mais pas résignés », ils n’ont pas encore revendu leur Audi.

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    Ce qui fait la force du petit commerce de la librairie, rappelle Le Parisien : « le conseil du libraire ». Pas avec moi, aussi peu enclin à suivre les conseils du libraire que ceux du médecin (faites du sport, mangez du poisson).

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