• Fidelio de Ludwig van Beethoven mis en espace à l’Opéra de Rouen

    Onze ans de labeur pour Ludwig van Beethoven avant de venir à bout de son unique opéra et pas moins de trois auteurs pour le livret inspiré de Léonore ou l’amour conjugal de l’oublié Jean-Nicolas Bouilly, apprends-je en lisant le livret programme du Fidelio donné ce mercredi soir à l’Opéra de Rouen. C’est la première. Je suis à l’orchestre en Hache Neuf.

    Il s’agit d’une mise en espace. L’Orchestre est sur scène, surélevé. Les interprètes se meuvent au premier plan ou parmi les musicien(ne)s ou autour. Le décor sobre suggère la prison au moyen de portes et fenêtres à barreaux. De quoi s’agit-il ? Léonore, femme exemplaire, se déguise en Fidelio, gardien de prison, pour tenter de délivrer son mari Florestan surveillé par Rocco pour le compte du méchant Don Pizzaro (la fille de Rocco, Marzelline tombant amoureuse du travesti). La musique est du pur Beethoven, Oswald Sallaberger est à la fête et côté voix on assure, de quoi faire dire à l’entracte que c’est très bien. Un jeune homme avoue avoir eu un peu de mal au début.

    Quant à moi, c’est au commencement du deuxième acte que j’ai un peu de mal, une trop longue ouverture puis l’action qui s’enfonce dans la fosse à creuser pour y enterrer Florestan quand on l’aura exécuté me font presque décrocher, mais mon intérêt revient par la suite. Evidemment cela se terminera bien : Florestan sera sauvé par l’arrivée du ministre Don Fernando qui dégradera la méchant. Mari et femme sauteront dans les bras l’un de l’autre, ce qui nous vaudra un hymne à l’amour conjugal. Quant à la malheureuse Marzelline, elle pousse un petit cri quand elle découvre que celui qu’elle aimait est une femme mariée et puis c’est tout. Il m’aurait intéressé que les librettistes de Ludwig van développent un peu cette histoire dans l’histoire.

    Le rideau tombé, c’est un succès d’applaudissements pour les chanteurs et chanteuses, particulièrement pour Gidon Saks (le méchant Don Pizarro), Cécile Perrin (Léonore), Patrick Bolleire (Rocco) et pas assez à mon goût pour Olivia Doray (Marzelline). Y ont droit tout aussi fort le chœur accentus, le Maestro, les musicien(ne)s ainsi que les jeunes Marguerite Borie, auteure de la mise en espace, et Fabien Teigné, scénographe et costumier.

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    Glissé dans le livret programme, une feuille publicitaire pour le concert culinaire sportif Chef Oui Chef ! du samedi huit juin. De beaux hommes de rugby se livreront à un effeuillage tandis que les musicien(ne)s joueront des extraits des Quatre Saisons de Vivaldi, le seul air classique connu du chef cuisinier. A l’issue, quelques spectatrices et spectateurs y ayant mis le prix mangeront ce que la plupart n’auront fait que voir (et peut-être sentir). Je ne sais toujours pas qui a eu l’idée de cette facétie, mais j’ai appris de source sûre (comme on dit chez Mediapart) que les musiciens de l’Orchestre y participant sont des volontaires.

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    Passe, passe le temps, il n’y en a plus pour très longtemps chantait Georges Moustaki dans Il est trop tard. C’était en soixante-neuf. J’avais dix-huit ans et déjà n’étais jamais seul avec ma solitude. Il est mort cette nuit. Combien m’en reste-t-il ?

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