• Inauguration du Temps des Collections (sept expositions scénographiées par Christian Lacroix) au Musée des Beaux-Arts de Rouen

                Le Musée des Beaux-Arts de Rouen met une partie de sa collection permanente sous la bannière de Lacroix (Christian), et pour l’inauguration des sept petites expositions qui en résultent, je suis à dix-huit heures trente ce jeudi sous la verrière du jardin des sculptures, pas tout seul.

                Je n’ai jamais vu autant de monde pour ce genre de festivités. À l’habituelle bourgeoisie bourgeoisante s’ajoutent des têtes de commerciaux et d’hommes d’affaires que je croise habituellement déjeunant au Socrate, car la Matmut a mis des sous dans l’affaire. (Cette Matmut dont le goût sûr en matière d’art se traduit par une exposition Authouart en son Centre d’Art Contemporain de Saint-Pierre-de-Varengeville.)

                Beaucoup ne peuvent trouver place et restent agglutinés au bas des marches dans l’antichambre. C’est en haut de ces marches que je considère cette foule qui se marche dessus et dont chaque élément se pense le centre du monde :

                -Je lui ai dit bonjour, parce qu’il ne m’avait pas dit bonjour le premier, entends-je.

                Même l’Archevêque est de sortie. Aurait-il mal compris quand on lui a parlé de Lacroix ?

                Avec le retard voulu, Yvon Robert, Maire, fait son discours, qui est avant tout un hymne à la Matmut, « notre mécène ». Le mécène est le deuxième à s’exprimer. A côté de moi on se hausse sur la pointe des pieds :

                -C’est qui, c’est Jean-Michel ?

                Je ne sais pas si c’est Jean-Michel. Il fait le boulot en tout cas, vante sa boutique, se distingue du vulgaire sponsor aux visées publicitaires, interpelle le Directeur des Musées de la Ville de Rouen en l’appelant par son prénom.

                Sylvain (Amic) prend la parole en dernier. Il explique qu’il s’agissait de ranimer une collection permanente manquant de visiteurs et de sortir des réserves des œuvres oubliées. Il remercie la Matmut qui vient au secours de la ville, pour laquelle c’est déjà cher de payer le chauffage du Musée et les salaires des employés. Christian Lacroix (couturier) est là, invisible pour la plupart d’entre nous, et qui n’a rien à dire au micro.

                La foule se scinde alors en deux, moitié qui part en troupeau voir les sept petites expositions, moitié dont je suis qui se rue sur le buffet au risque d’être étouffé. Obtenir un verre de champagne est encore possible mais choper un petit four est plus que difficile (Jean-Michel ne pourrait-il pas sortir son chéquier pour doubler le buffet la prochaine fois que la Matmut met les pieds au Musée ?).

                Avant d’avoir trop bu, je vais à contresens voir les deux dernières expositions. L’une a pour titre « Jacques-Emile Blanche et le décor ». On y voit des fresques réalisées pour la Biennale de Venise de mil neuf cent douze et des tableaux divers du portraitiste dont les œuvres habituellement exposées ont presque toutes disparues (ce n’est pas avant longtemps que je pourrai vérifier si tous les portraits d’artistes et d’écrivains exposés lors de l’inauguration de la salle Blanche en mil neuf cent vingt-deux sont toujours présents sur les murs). Ces œuvres tirées des réserves m’intéressent peu (ce n’est pas sans raison qu’elles étaient au rebut). Quant à la scénographie de Christian Lacroix, elle est surtout visible dans le choix de la moquette. Il en est de même pour l’exposition numéro six qui présente un énième hommage à Claude Monet, celui-ci signé Zao Wou-Ki. Pour ce faire, on a viré Duchamp de sa salle habituelle. Qu’a-t-on fait des œuvres de Marcel? Il ne faudrait pas qu’il arrive malheur à sa brocante.

    *

                De Sylvain Amic, Directeur des Musées rouennais, il a été récemment question dans l’affaire du tableau volé on ne sait pas où, on ne sait pas quand, et retrouvé au Havre (une croûte signée Louis-Emile Minet). Félix Phellion en parle dans sa rouen chronicle, narrant l’impossibilité pour le journaliste de Paris Normandie d’obtenir des renseignements auprès du Musée comme de Laurence Tison, Adjointe à la Culture à la Mairie de Rouen, jusqu’au coup de théâtre final :

                Si le téléphone est cher, il est aussi compliqué. Tous ces boutons, ces répondeurs, ces clignotants, on s’y perd. La preuve ? Le lendemain, voulant joindre l’adjointe à la Culture, le directeur du musée s’emmêle les boutons. Croyant laisser un message à Laurence Tison, Sylvain Amic le laisse au journaliste.

                Et le directeur d’expliquer que (dixit) « ce que je vous propose, c’est de dire simplement, que le tableau était déposé, que nous étions… Euh… Qu’il a été volé il y a plusieurs années, nous étions en contact avec la police, nous attendions cette issue heureuse, nous nous en réjouissons. Mais de ne pas faire de commentaire supplémentaire qui pourrait donner des informations… Et sur le lieu du dépôt, la manière du vol, etc. Voilà… »

    *

             Que fait Sylvain Amic, Directeur des Musées rouennais, lorsqu’il ne monte pas de petites expositions en attendant la grande consacrée aux Impressionnistes dont Laurent Fabius est le commissaire ?

                Des choses plus intéressantes à Paris. Il est le commissaire de l’exposition Bohêmes, actuellement visible au Grand Palais.

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