• Intégrale des quatuors de Beethoven par le Quatuor Ysaÿe en concert d’adieu à l’Opéra de Rouen (Deux)

    « Je compare souvent l’intégrale de Beethoven à un Everest. (…) Je n’ai jamais gravi l’Everest mais j’ai déjà couru des marathons ! Et j’envisage cette intégrale de la sorte. C’est une course à envisager dans son ensemble, non pas par petites étapes mais comme un parcours. ». Ainsi s’exprime Miguel da Salva, l’altiste fondateur du Quatuor Ysaÿe.

    En attendant que repassent les coureurs, j’observe, ce samedi soir, en loge sept, et donc étant passé du premier rang au dernier, un couple de spectateurs qui lit le journal, chacun le sien, jamais vu ça à l’Opéra de Rouen. Un autre couple s’installe deux rangées devant moi, dont la femme porte une veste scintillante qui suscite l’admiration ironique de son voisinage immédiat.

    -Les gens de la campagne, quand ils viennent en ville, ils se font beaux, leur répond-elle.

    A dix-neuf heures, revoici le Quatuor. Nous en sommes à l’Opus 59 n°1 dont le début est responsable de l’endormissement sonore d’un homme situé quelque part à ma gauche et de la toux inextinguible d’une femme située devant le staff. Cette dernière s’enfuit en sautant par-dessus le dossier de son fauteuil et le dormeur est réveillé par les toux qui suivent la fin de ce premier mouvement. On peut alors se concentrer sur la musique.

    Un premier entracte puis l’on reprend à vingt heures trente pour l’Opus 59 n°2 et l’Opus 59 n°3.

    Un second entracte (et là il me faut un café) puis l’on reprend à vingt-deux heures trente pour l’Opus 74 et l’Opus 95.

    Il serait difficile de parler de ces Quatuors de la période dite médiane sans user de superlatifs, aussi je préfère m’en abstenir. Il en est de même pour l’interprétation des quatre fringants quinquagénaires. Tout cela s’achève naturellement une nouvelle fois en triomphe, public debout, acclamations et vivats.

    Rentré chez moi à minuit moins le quart, je ne peux rien faire d’autre que me laisser tomber dans mon lit.

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    Chaque entrée et sortie du Quatuor me fait songer à la traversée d’Abbey Road par les Beatles.

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    La peste soit de ces tousseurs et tousseuses à cause de qui je ne peux savoir si le silence après Beethoven, c’est encore du Beethoven.

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    Le matin de ce samedi, passage par la vente de livres du Secours Pop où il y a toujours quelques livres à trouver et d’autres qui ne sont pas pour moi mais qu’il m’amuse de voir classer empiriquement. Ainsi Thérapie, le roman de David Lodge, dans les ouvrages de psychologie/psychanalyse et, mieux encore, Graine de mandarin du physicien Jacques Friedel, dans les ouvrages de jardinage.

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    Ce qui me fait songer au temps où je fréquentais la Fnaque et y avait entendu une dame demander les ouvrages de Teilhard de Chardin, à qui le vendeur répondit en lui indiquant où étaient les livres sur les jardins.

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