• Isneauville, Amfreville-la-Mivoie, Rouen (jardin de l’Hôtel de Ville), trois vide greniers pour peu mais qu’importe

    Je suis le seul ce dimanche en fin de nuit dans le tunnel de la Grand-Mare mais lorsque j’arrive à Isneauville, il en est tout autrement. Je me gare avant le village, devant son collège excentré qui ne le sera bientôt plus, un vaste lotissement étant annoncé, et marche un peu longuement sur le sentier piétonnier ce qui permet au jour de se lever. Sur place, tout est quasiment installé. Les voitures évacuent sous l’œil de la Police Rurale dont le véhicule a été muni d’une sono. L’un des policiers est au téléphone avec l’un de ses collègues, il lui explique qu’il est occupé à faire reculer une camionnette :

    -Il s’est engagé à contresens, ce con-là.

    A en juger par ce je vois, côté livres cette année à Isneauville on lit surtout Musso. Pour les vêtements, c’est comme d’habitude, « de la marque », ainsi que disent les acheteuses venues d’endroits plus populaires. Ces filles sont aussi empressées que les acheteurs de vinyles dont je croise l’un, de ma connaissance, un sac empli et une guitare dans le dos.

    Une jeune femme vendeuse me dit bonjour que je connais mais d’où. Elle me rafraîchit la mémoire (comme on dit) : vendeuse de fromages au marché du clos Saint-Marc le dimanche quand elle était étudiante. Je lui achetais un neufchâtel chaque semaine. Nous sommes quelques années et quelques kilos plus tard.

    Deux jeunes musulmanes bâchées cherchent des Barbie pour leurs filles. Dans ce domaine aussi la concurrence des acheteurs professionnels est rude. Je parcours deux fois l’ensemble des rues à déballage, retrouvant le stupéfiant cerisier en cage. Son propriétaire balaie sa terrasse. Il a bien la tête à ça. « C’est contre les oiseaux, je pense » doit expliquer la vendeuse installée devant à chacun(e) qui s’étonne.

    Il est neuf heures, et déjà trop de monde m’empêche de voir ce que je cherche. Le soleil brille bien quand je reprends le chemin piétonnier.

    Direction Amfreville-la-Mivoie où je trouve à me garer facilement. Je comprends pourquoi au bout d’un moment. Le vide grenier a quitté son emplacement habituel, le voici repoussé au bout du bourg, en bord de Seine. Je me serais bien passé de cette nouvelle longue marche. Après avoir longé une palissade de chantier sur laquelle un autochtone a installé une banderole « Non à l’immeuble » (il va perdre la vue sur la Seine), j’y suis enfin.

    Amfreville n’est pas Isneauville. On y parle une langue que tous ne peuvent comprendre :

    -Je les endure bien, mes deux paires de chaussettes.

    -Isneauville, j’y vais pas, on n’y vend que des loques.

    Côté vendeuses et vendeurs on craint de ne pas rentrer dans ses sous. Je ne fais qu’un aller et retour et marche une nouvelle fois longuement jusqu’à ma voiture.

    Ce n’est qu’en début d’après-midi que je me rends au premier vide grenier rouennais organisé dans le jardin de l’Hôtel de Ville. L’ambiance y est agréable. J’y croise des têtes connues dont l’une en train d’essayer un casque pour vélo.

    -Ne me prends pas en photo, me dit ce cycliste que je doute de voir en ville porteur de son acquisition.

    Après de tels efforts, je vais me poser au Son du Cor. Ce dimanche ensoleillé est peut-être le dernier de deux mille treize.

    *

    Une femme à Berlin (Journal 20 avril-22 juin 1945), texte anonyme d’une jeune Allemande narrant l’arrivée des Soviétiques dans les ruines du nazisme, et Barbara, extraits de concerts de 1964 à 1974, deux de mes achats.

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