• Jan Fabre chez Templon, Soto chez Pompidou, des cafés des restaurants des librairies, un mercredi à Paris

    En gare de Rouen ce mercredi, assis dans le train venu du Havre à sept heures vingt-six, j’attends son départ pour Paris. Il tarde. A trente-cinq, une voix enregistrée annonce son arrivée en gare où il est déjà depuis neuf minutes. A trente-neuf, une voix vivante indique un retard de dix minutes environ en raison d’un acte de malveillance. Il est huit heures moins dix quand nous partons. Le contrôleur explique les vingt minutes de retard par « un problème d’agressivité de voyageurs à l’égard du personnel de bord suite à un problème de composition du train. » Le convoi va lentement mais sûrement. A l’arrivée à Saint-Lazare, nous avons vingt-cinq minutes de retard. Le contrôleur précise qu’il n’y a pas lieu à remboursement des billets.

    Ce retard me permet d’attendre moins longtemps, au bar du Péhému chinois, l’ouverture du BookOff de la Bastille. Je repars de cette librairie avec dans mon sac Journal d’un poilu d’Henri Laporte (Mille et Une Nuits) et Passion érotique des étoffes chez la  femme de Gaëtan Gatian de Clérambault (Institut Synthélabo pour le Progrès de la Connaissance). Un menu vapeur chez Délice Traiteur et je rejoins Beaubourg en passant par le Mona Lisait du Marais.

    Je fais le crochet de Templon. On y montre les Gisants de Jan Fabre, femme et homme en cercueil, le tout en marbre de Carrare. Ces gisants sont entourés de cerveaux de même matière sur lesquels bourgeonne une végétation attireuse d’insectes (l’araignée étant incluse dans la liste des insectes sur le communiqué de presse de la galerie). Le gisant est d’un côté de la rue où filent les voitures, la gisante de l’autre côté, ce qui laisse la possibilité au curieux voulant voir les deux d’être transformé lui-même en gisant (moins présentable).

    Aucune attente pour entrer à Pompidou depuis que Dali n’y est plus. Je monte à l’étage des collections permanentes pour voir l’exposition constituée par la dation Soto (mort en deux mille cinq), une série d’œuvres abstraites cinétiques déconseillée aux épileptiques dont l’une est pénétrable (ce dont je m’abstiens) « Un par un » ne cesse de répéter la gardienne aux touristes qui ne la comprennent pas (les mêmes mots en anglais seraient efficaces mais dépassent sa compétence). Côtoyant deux groupes d’écoliers à casquettes rouges étonnamment attentifs en visite guidée, je fais ensuite le tour de l’accrochage habituel dont une partie est régulièrement renouvelée, m’attardant devant le klimtien Châle espagnol de Kees Van Dongen et le mécanique Requiem pour une feuille morte de Jean Tinguely.

    Au sortir, j’ai l’envie de boire un café. Je rejoins la place Sainte-Opportune avec l’intention d’entrer au bon vieux café du Béarn. Il n’est plus là. Un nouvel établissement le remplace opportunément appelé L’Opportun, salle en toc et clientèle refaite de même. L’ancienne terrasse est encore là, en attendant la nouvelle je suppose. Je préfère aller boire mon café au MacDonald de Saint-Germain. Je passe ensuite par chez Gibert Jeune où j’achète pour six euros l’édition grand format du Dictionnaire des fantasmes et perversions et autres pratiques de l’amour de Brenda B. Love (Editions Blanche).

    Il se met à pleuvoir. Le métro m’emmène dans le quartier de l’Opéra où je prends un nouveau café avant de fureter dans le deuxième BookOff, puis je dîne au Saint-Lazare, steak salade frites et quart de côtes-du-rhône. L’addition le transforme en chinon. Je proteste, pas certain que ce soit une erreur.

    A la gare, le tableau d’affichage est en panne mais le train est quand même au bout de la voie dix-neuf. Le calme de la voiture où j’ai trouvé place est soudain troublé par un voyageur d’origine arabe qui peste au téléphone, on lui a volé sa Carte Vitale : « Putain de sale race de Roumain de merde ».

    Comme à propos, le contrôleur dans un message recommande « une vigilance accrue sur les bagages, de nombreux vols ont lieu avant le départ des trains à Paris Saint-Lazare ».

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    Valls et Hollande, menteurs comme des Cahuzac. Malgré leurs dires, encore un enfant enfermé pendant deux jours avec sa mère au Centre de Rétention de Oissel, enfant de trois ans psychiquement perturbé et femme congolaise. Mercredi, le Tribunal Administratif de Rouen a refusé de les libérer. Ils ont été expulsés ce jeudi matin vers la Suède, premier pays d’Europe où ils ont mis le pied, dont la femme ne parle pas la langue et où elle ne connaît personne.

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    Quelle pitié de voir les uns après les autres les politiciens sarkozistes socialistes et écologistes présenter leur patrimoine en pare-feu à la malhonnêteté de Cahuzac. Très drôle, la fixette qu’ils font sur leur voiture. Bruno Le Maire avoue quand même des tableaux de maître (trente-cinq mille euros, une broutille). J’attends avec impatience la liste de Laurent Fabius, heureux héritier avec ses frères d’un La Tour qu’ils ont vendu au Musée de Philadelphie (si j’en crois les journalistes). Des tableaux, il en a d’autres, et du meilleur que chez Le Maire.

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    Ce Le Maire, dans un sursaut d’honnêteté : « Je suis locataire à Evreux mais propriétaire au Pays Basque, c’est beaucoup plus agréable ».

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    La seule différence entre la France et la Russie, c’est qu’ici les politiciens ne font pas tuer les journalistes et les juges, pas encore.

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