• Jeanne la Pucelle par la Capella Reial de Catalunya et Hespèrion XXI dirigés par Jordi Savall à l’Opéra de Rouen (Automne en Normandie)

    -On m’a fait comprendre hier qu’il n’y avait pas beaucoup d’espoir, dis-je à l’aimable guichetière de l’Opéra à qui je demande ce mercredi après-midi si ma très mauvaise place au fond du deuxième balcon a encore une chance de se transformer en une meilleure par le jeu des renoncements de dernière minute. Je suis prêt à abandonner et à faire éditer mon billet.

    -Pas beaucoup d’espoir, ça veut dire qu’il y en a encore un petit, me répond-elle en me disant d’attendre jusqu’au soir.

    Je suis son conseil et je fais bien car lorsque j’arrive à dix-neuf heures ma très mauvaise place a été transformée en l’une des meilleures.

    Pourquoi une telle difficulté ? C’est que ce soir au programme nous avons le célèbre Jordi Savall et que sa Jeanne la Pucelle est estampillée Automne en Normandie. Elle reprend la musique du film du même nom de Jacques Rivette, une compilation de La Messe de l'homme armé attribuée à Guillaume Dufay, d’œuvres anonymes du quinzième siècle et de compositions de Jordi Savall lui-même.

    De ma chaise au premier rang, j’observe celui-ci dirigeant son monde avec l’archet de la vielle dont il joue peu. La mise en scène est sommaire et la musique ne ménage pas les trompettes qui sonnent et les tambours qui cognent à chaque bataille du parcours de la Jeanne dont la vie semble être racontée par le rédacteur de sa page Ouiquipédia.

    -C’est très illustratif, commente-t-on près de moi à l’entracte.

    -Et en plus je connais la fin de l’histoire, dit l’un.

    -Ne ne la raconte surtout pas, dit un autre.

    La Jeanne est à Soissons quand commence la deuxième partie. Roulez tambours sonnez trompettes depuis les loges ou les coulisses, et sur scène sacqueboute, bombarde, vielle et viole. Cette musique n’est pas de mes préférées mais je ne m’ennuie pas grâce aux talentueux récitants Louise Moaty et René Zosso.

    Le vieux René Zosso fait un inquisiteur particulièrement réussi et la jeune Louise Moaty une Jeanne exaltée comme il faut (avec, qui plus est, de forts jolis yeux bleus que je n’aurais pu découvrir du deuxième balcon).

    « Nous te déclarons retombée dans tes anciennes erreurs, et … nous jugeons que tu es relapse et hérétique… »

    « Elle n’avait passé ses humbles dix-neuf ans

    Que de cinq à six mois et sa cendre charnelle fut dispersée au vent »

    Pour se remettre de telles émotions, les invités de l’organisation Automne en Normandie (politiciens and co) ont des petits fours qui les attendent dans l’un des nouveaux salons de la maison.

    *

    René Zosso, soixante-dix-huit ans, un nom qui me disait quelque chose et que je situe à nouveau grâce à Ouiquipédia, chanteur et joueur de vielle à roue depuis mil neuf cent soixante-huit. Sûr que j’ai écouté son disque René Zosso chante et vielle dans ces années-là, quand je m’intéressais aux musiques rurales et médiévales (comment est-ce possible ?).

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