• Notre deuxième nuit à Indianapolis est perturbée, d’abord pour elle victime de nausées, puis pour moi victime de maux de ventre et de tête, une sorte d’intoxication alimentaire due à la salade de fruits et compliquée par le vermouth. Après la douche et le petit-déjeuner (succinct pour moi), nous nous recouchons et dormons plus ou moins jusqu’à 11 a.m.

    Un peu remis, on se balade dans une rue du quartier faisant angle droit avec la partie de Washington Street où nous résidons. Elle est très policée, comme l’indique une pancarte  « Crime Watch, Good Neighbors Make Great Neighborhoods »

    Je photographie le jardin d’une maison où trônent deux Napoléon en tenue séparés par un mât en haut duquel flotte un drapeau du pays, après en avoir prudemment demandé la permission à l’occupante. Un autre drapeau est planté sur la pelouse d’un voisin qui fait de la publicité pour le Vote Pro-Life. Nous atteignons une avenue parallèle à notre rue de départ. Elle mène donc aussi Downtown. Un bus 10 nous y conduit.

    Nous descendons près d’un parc, pas loin du Kurt Vonnegut Memorial, petit musée consacré à l’écrivain né à Indy. J’en fus un lecteur assidu lorsque j’étais jeune. Nous le visitons, découvrant ses lunettes, sa machine à écrire, sa bibliothèque.

    En face se trouve un restaurant à terrasses dont l’une à l’étage : le Bourbon Street Distillery. Comme nous ne sommes plus malades, nous décidons d’y déjeuner. Une gentille serveuse nous installe à la terrasse de l’étage. L’établissement vendant des alcools forts, elle vérifie que celle que j’accompagne a plus de vingt et un ans, ce qui la réjouit. Elle choisit une énorme Chicken Salad and Fruits Platters. Pour moi, ce sera un Grilled Pork Burger (la spécialité de l’Indiana) avec des French Fries et du Coke à volonté. On passe là un bon moment.

    Le thé et le café bus, nous allons nous asseoir au bord de l’Indiana Central Canal dans sa partie encore inexplorée. Cependant qu’elle dessine, je prépare un texte pour mon Journal abandonné depuis plus d’un mois afin d’être exempté de la publicité punissant qui reste trop longtemps sans écrire.

    Nous marchons ensuite jusqu’au bout de ce canal tracé au tire-ligne et y découvrons naviguant deux gondoles vénitiennes. Indy est un bon exemple de la disneylandisation du monde.

    Le bus qui nous ramène à la maison est bondé. L’atmosphère est y survoltée. On s’y invective, on y crie. Rien de grave, nous dit l’un des voyageurs, c’est juste qu’il y a trop de monde. Chad est toujours absent en journée, ce qui nous laisse la liberté d’utiliser la table de sa cuisine pour y poser l’ordinateur ou le papier et y boire son thé. On ne touche pas à ses pots de vitamines.

    *

    La lecture du moment de notre hôte : Gluten-Free Cooking for Dummies, ouvrage non encore traduit en français pour les Nuls.

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  • Après une nuit moyenne, Chad, notre logeur, étant rentré vers deux heures du matin, nous descendons déjeuner au rez-de-chaussée de l’énorme maison dans une cuisine typiquement américaine, cuisinière démesurée, frigo idem empli de nourriture et décoré d’aimants de soutien à Obama. Assis sur des sièges de bar à la petite table centrale, nous buvons café et thé, dans lesquels nous trempons des croissants minuscules et mous sortis d’un sac en plastique. Ils semblent provenir d’un magasin de hard discount et ne sont pas raccord avec le luxe apparent de l’endroit, lequel n’est pas du meilleur goût. On y trouve des statues blanches et des miroirs partout. Tout est hyper clean et la porte nous demande de la refermer quand on sort dans le jardin touffu pour qu’elle y fume. On ne peut s’y asseoir, faute de banc.

    Pour aller Downtown il faut attendre vingt minutes le bus 8. Un type un peu louche arrête son pick-up et propose de nous emmener mais on refuse. Le centre ville d’Indianapolis est assez quelconque, des buildings pas excitants et, Market Street, un marché artificiel, copie ratée d’un marché à l’européenne. Nous nous baladons au hasard sans y prendre grand plaisir.

    Quand vient l’heure de déjeuner, nous cherchons longtemps sans trouver de quoi nous plaire et entrons finalement au Winner’s Circle, un établissement de jeux où l’on parie sur les courses de chevaux. Dans une salle seconde, des dizaines de joueurs et joueuses font face à des ordinateurs cependant que des écrans diffusent les courses. On nous installe dans la première. Elle opte pour une salade Home Smoked Chicken et moi pour un burger Patty Melt, (ma viande étant cuite « rare », c'est-à-dire saignante, ce qui n’est pas facile à obtenir dans ce pays) et des French Fries. Nous sommes servis par une blonde sortie des séries télé dont les « You’re welcome » m’énervent. Je prends un café qui n’est pas inscrit sur la « check ».

    Nous trouvons ensuite l’Indiana Central Canal, trop rectiligne et agrémenté de faux ponts de Venise. On se pose au bord en se demandant ce qu’on va bien pouvoir faire les autres jours dans cette ville connue pour sa course automobile.

    Avant de rentrer, elle achète très cher une salade de fruits que nous mangeons dans la cuisine en terminant la bouteille de vermouth.

    *

    Chez Chad, la salle de bain est réputée réservée aux hôtes mais il y a laissé toutes ses affaires, parmi lesquelles le produit pour lustrer son crâne.

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  • C’est l’heure du dernier breakfast copieux chez Tabitha et Danny, nos jeunes hôtes bien comme il faut. Après quoi, je tiens compagnie à celle qui fume sur le trottoir devant la coquette demeure. Notre hôtesse nous dit rapidement au revoir et s’en va avec sa voiture. Au moment de rentrer faire nos bagages, nous constatons qu’elle a fermé la porte à clé. Fichtre, nous avons laissé la nôtre dans la chambre. Danny est-il à l’intérieur ? Nous sonnons en vain. Aucun moyen de passer par une fenêtre à cause des moustiquaires. Nous sommes enfermés dehors, comme on dit, et voyons déjà partir sans nous le car pour Indianapolis, capitale de l’Indiana.

    Apercevant l’un des voisins d’en face, nous lui demandons de l’aide. C’est un jeune homme sale et serviable. A l’aide de son Smartphone, nous retrouvons sur Internet le téléphone de notre logeuse mais il n’arrive pas à lui envoyer le texto l’avertissant de notre mésaventure. Il ouvre la porte et demande le téléphone d’un de ses colocataires. Nous avons le temps d’apercevoir l’intérieur de la maison, incroyablement bordélique et dégoûtant. Un troisième colocataire gît sur un canapé-lit défoncé. Le texto part, nous n’avons plus qu’à espérer que Tabitha réagisse vite.

    Nous nous installons à la table du perron et soudain entendons du bruit à l’intérieur. C’est notre hôte. Nous sommes sauvés. Elle lui fait signe pour qu’il nous ouvre, lui montrant que l’on est coincé dehors mais Danny ne comprend rien, il nous fait coucou avec la main « Hi, how are you ? You’re nice ? ». Quand enfin il réalise qu’on ne peut entrer, il nous ouvre et on lui explique l’histoire. Il envoie un message à sa copine, sans doute moyennement content que l’on ait communiqué son numéro à la colocation crasseuse d’en face.

    C’est donc bon pour le car Greyhound. Auparavant, nous déjeunons dans un restaurant chinois (hot tea, coca, sweet and sour chicken, chicken and végétables). Le car est encore une fois empli de gros qui prennent deux sièges et de décatis qui font vite connaissance aux places du fond. Il fait soleil. Nous faisons escale dans deux villes sinistres de l’Ohio, Springfield et Dayton. Depuis le bus, le paysage est souvent déprimant : galeries marchandes lugubres et champs de maïs desséchés, parfois mignon : jolies fermes isolées et affiches pour des T bones à 10.99.

    Il fait très chaud à l’arrivée à Indianapolis où l’on va loger loin de Downtown, Washington Street, à plus de vingt minutes en bus. Nous marchons quelques blocks pour atteindre l’arrêt de celui-ci. Comme convenu, c’est le jeune ami de Chad, notre nouveau logeur, que l’on trouve dans le jardin. Il nous ouvre la maison par la porte de derrière et débranche l’alarme. Ça a l’air de l’emmerder de rendre ce service. Il s’éclipse vite fait après nous avoir fait une démonstration de lavage de la porte en verre de la douche et dit que Chad rentrerait dans la soirée. On en est à défaire nos bagages dans la belle chambre blanche de l’étage, dont le lit est recouvert de moitié par d’immenses coussins, quand on entend du bruit. Je pense que c’est Chad qui rentre plus tôt que prévu mais celle que j’accompagne a compris ce qui se passe, ayant capté le « Police Department » crié d’en bas.

    On se présente en haut des marches. Une jeune policière blonde est au bout du revolver pointé dans le living room, derrière elle une policière noire et un policier blanc plus âgé. « You have the key ? You have the key ? » nous crie la jeune femme noire quand elle nous aperçoit. La blonde range son arme. Nous leur montrons qu’on a la clé qui ouvre la porte donnant sur le jardin. Tous trois disparaissent comme par enchantement. Nous apercevons alors un groupe de voisins, eux aussi alertés par l’alarme mal désactivée, massés au bout du jardin. Ils attendaient prudemment de voir comment les choses allaient tourner avec la Police. L’une de ces voisines connaît le code pour mettre l’alarme hors service.

    Cette journée est décidément riche en émotions, comme on dit dans les mauvais romans. Pour nous en remettre, nous décidons d’aller dîner quelque part mais pas la queue d’un restaurant à l’horizon. On demande à une voisine dont le mari prépare un barbecue. Elle nous indique le plus proche, qui est assez loin. Quand elle apprend qu’on n’a pas de voiture, elle propose de nous y emmener avec la sienne. C’est plus prudent, nous dit-elle en se présentant : « Nancy ». Dans la voiture, Nancy nous explique que des prostituées traînent le soir sur Washington Street. Ce serait dangereux pour celle qui me tient la main de marcher par là la nuit. Elle nous dépose devant Jockamo Pizza et propose avec insistance de venir nous rechercher. On n’aura qu’à lui téléphoner. Elle aussi est bien étonnée quand on lui dit qu’on n’a pas de cell phone.

    Il y a beaucoup de monde dans cette pizzeria chaleureuse. Nous commandons une Slaughterhouse Five (Abattoir 5), aux cinq viandes, « In honor of Indy’s own Kurt Vonnegut », que nous accompagnons d’une salade et d’un pichet de chardonnay. C’est excellent. Je voudrais en savoir plus sur le lien entre Kurt Vonnegut et Indianapolis mais la serveuse ne sait qu’une chose : il y est né.

    Au moment où l’on s’apprête à rentrer à pied, faisant fi du danger, un grand chauve vient vers nous et s’adresse à celle que j’accompagne en l’appelant par son prénom. C’est Chad, notre logeur. Averti par Nancy que nous étions ici, il est venu nous chercher. Il nous ramène dans son gros 4×4 en nous racontant qu’il est l’arbitre de l’équipe de basket du fils de cette voisine, un travail secondaire.

    Chez lui, il nous montre comment prendre le petit-déjeuner, nous donne le code Internet et nous explique encore une fois qu’il faut passer un coup de raclette sur la porte de la douche, puis il s’en va à toute vitesse.

    *

    « C’est gentil qu’il soit venu nous chercher », me dit-elle un peu plus tard. « Je crois plutôt qu’il avait à faire, que ça l’ennuyait qu’on ne soit pas là à son retour et qu’il n’a pas voulu nous attendre », lui réponds-je.

    *

    Il est temps de se mettre au lit après cette journée mouvementée, ce mardi onzième anniversaire du Onze Septembre.

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  • Après une nuit moyenne, le lit n’est à l’usage pas très bon, nous prenons un copieux petit-déjeuner composé de bagels, cream cheese, confiture et fruits frais. A considérer la quantité de produits alimentaires rangés dans le réfrigérateur et sur les étagères, une question s’impose : comment font-ils pour manger tout ça ? Nos hôtes ne se réveillent pas tôt. Ils doivent travailler mais on ne sait pas à quoi. Ils ne s’intéressent pas à nous, ne nous demandent rien sur ce que nous faisons ici, ni qui nous sommes. Nous ne nous parlons que pour les questions pratiques.

    Ce lundi, dernier jour de notre court séjour à Columbus, nous partons à la découverte du German Village, au sud de Dowtown. Nous nous en rapprochons avec le bus 2, dont nous descendons à l’arrache quand il tourne vers ailleurs, et finissons le chemin à pied.

    Effectivement, on se croirait en Europe dans ce paisible quartier d’élégantes maisons de briques, de jardins, d’arbres ombrageux, de mignonnette église, de fils électriques enchevêtrés. Les trottoirs et les rues sont pavés en briques avec parfois le nom de l’entrepreneur dessus. Une librairie me fait de l’œil, The Book Loft aux trente-deux salles. « Willkommen », me dit-elle, sans que j’aie envie d’y entrer. Nous continuons sur la Third Avenue, demandant à un homme élégant assis à la terrasse d’un café où se trouve le restaurant Schmidt’s Sausage Haus.

    -Would you known where is the restaurant Schmidt?

    -Yes, I do, but I would ask you ten dollars in exchange.

    C’est un monsieur fort sympathique qui nous demande pourquoi on est venus à Columbus. Il a l’air de trouver ça une drôle d’idée et nous dit qu’on préfèrera Indianapolis notre prochaine étape, ce qui ne s’avérera pas exact.

    Nous retournons de deux rues sur nos pas, tournons à droite et oh le beau restaurant à la décoration german too much. Il est un peu tôt pour déjeuner. Nous attendons sur un banc devant le magasin de cadeaux voisin qui appartient aussi à Monsieur Schmidt, lequel accroche des drapeaux américains et allemands devant sa boutique.

    A midi pile, on entre. C’est bombance : saucisses allemandes de toutes sortes, choux de toutes les cuissons, pommes de terre et salades, un immense buffet à volonté pour 9.50 dollars que nous agrémentons de vin blanc de la Moselle mis en bouteille à Zell. Les salles sont vite emplies de convives, la musique à flonflons, les serveurs et serveuses en costume typique. Madame Schmidt mère, au moins quatre-vingt-dix ans, en costume aussi, s’active à dresser une nouvelle table dès que les clients précédents sortent. Nous sommes tentés de prendre un dessert mais finalement renonçons au gâteau crémeux. Un café, un thé, nous ressortons fort à l’aise.

    Nous nous rendons dans le proche Schiller Park, tranquille et beau, où nous nous allongeons au soleil. We have a little nap (as we would say here).

    Sur le chemin du retour, on s’arrête dans un salon de thé chic. Nous y prenons des tartes au citron avec des limonades, côtoyant le bourgeois dont une énervante qui ne cesse de dire « Exactly » et que j’imite suffisamment bien pour faire éclater de rire celle qui m’a amené ici.

    Le soir, c’est diète chez Tabitha et Danny.

    *

    Sur un trottoir du German Village, un panier avec des croquettes « To our neighbor-dogs ! From the cats at 603 ».

    *

    Columbus et ses camions poubelles à pince articulée. Elle attrape la poubelle, la vide dans la benne puis la repose sur le trottoir. Un conducteur et c’est tout.

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  • Après une assez bonne nuit dans l’une des chambres à l’étage de la belle maison de Maynard Avenue, près d’un grand bureau pourvu de plusieurs ordinateurs, face à la salle de bain partagée, c’est l’heure du premier petit-déjeuner chez Tabitha et Danny. Tout est sur la table de la cuisine en bas et le reste dans l’immense réfrigérateur. On installe notre nécessaire sur la table de la salle à manger et on s’assoit côte à côte face à la baie vitrée pourvue d’une moustiquaire : céréales pour elle, bagels et confitures pour moi, café, thé, orange et banane. Des écureuils s’ébrouent sur le gazon et la barrière. Les plus intrépides jouent les funambules sur les fils électriques.

    Pour aller au centre de Columbus nous devons rejoindre la High Street à pied puis prendre le bus 2. La ville est plus attrayante que ce qu’on en attendait. Nous la photographions : buildings récents, monument à la Justice (immense marteau métallique), poteau muni de quatre caméras de surveillance. Un Flag Memorial est installé sur une pelouse, autant de petits drapeaux américains plantés dans l’herbe que de victimes du onze septembre deux mille un, dont c’est bientôt le onzième anniversaire, « Honoring Our Heroes ». Sur le trottoir à côté, une tente « Occupy Columbus », personne n’est à l’intérieur

    Nous descendons au bord de la rivière Scioto, élégamment aménagée pour la promenade. On décide d’y pique-niquer. Pendant qu’elle part au ravitaillement, je m’installe sur une balancelle face à l’eau coulante. Un homme sorti d’une voiture fait quelques photos et m’adresse la parole. Il connaît la France, est allé à Marseille, Monte-Carlo, Nice, Toulon.

    Il repasse quand elle revient chargée de sandwiches, chips, cookies, eau minérale citronnée. On apprend que c’est un ancien Marine et que c’est son état de militaire qui l’a conduit dans les ports de Méditerranée.

    Nous déjeunons en regardant qui passe (cyclistes, coureurs, familles) puis nous allons sur l’autre rive par la doublure d’un pont à voitures réservée aux piétons et aux cyclistes. D’en face, nous avons une belle vue sur la skyline de Columbus, sous un ciel changeant. Quelques gouttes tombent, mais le soleil est le plus souvent là. On fait de nouvelles photos, notamment d’un vieux pont de chemin de fer à l’angle de Rich Street et Belle Street. On côtoie des sortes d’oies et des canards qu’un employé municipal s’efforce de remettre à l’eau sans grand succès. Deux jeunes pêcheurs blacks attirent notre attention sur la présence d’une tortue aquatique. Elle se jette à l’eau quand elle nous voit.

    Le retour à Maynard Avenue se fait par le bus 2 et pour faire la lessive. Nous allons à la laundry voisine, petite et gardée par elle-même. Seul local commercial au milieu de cette zone d’habitations assez chics, elle est fréquentée ce dimanche par un étudiant ronchonneur et un jeune couple non encore équipé. Pendant que ça tourne, nous allons nous asseoir dans le petit parc voisin. Elle y fume puis lit des comics trouvés dans la laverie.

    On sèche, on plie, on rentre, on range en humant l’odeur de bonne nourriture mijotant dans la cuisine de nos hôtes. Quand on descend l’escalier, on les trouve riant bêtement (elle surtout) devant une série télé qu’ils regardent serrés l’un contre l’autre sur un ordinateur Apple. Je suis hungry. Nous rejoignons la High Street où nous dénichons le restaurant qu’il nous faut: le Cazuela’s Grill, un mexicain à terrasse. J’y prends un Pick Two (deux plats pour 8.60 dollars) un burrito et une patate chaude à la viande spicy, et elle une salade au chicken dans un saladier en pâte feuilletée, pas de vin, on boit de l’eau. C’est très bon, servi par une étudiante gentille.

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  • Il est temps de quitter Pittsburgh et la Pennsylvanie. Notre dernier petit-déjeuner à Wilkinsburg se déroule mi-dehors mi-dedans, bons bagels et melon vert. Celle que j’accompagne parle avec Suzanne, notre logeuse, de nos balades dans sa ville. On apprend qu’elle n’a jamais visité la Cathédrale du Savoir alors que son mari y a étudié.

    Les bagages faits, après une descente d’escalier pénible et périlleuse, nous croisons Glenn, le mari en question, occupé à mélanger des graines nourricières. Il est eco friendly et ce n’est pas facile de l’être aux Etats-Unis, nous explique-t-il. « It is not so popular ». Il votera pour Obama, trouve Romney « crazy » Ce gentil mari, masseur de son état, parle à deux à l’heure, en choisissant bien ses mots. Elle penche pour la timidité, moi pour l’accident. On chope le P1 to Downtown afin de prendre un bus pour Columbus, capitale de l’Ohio, où vient de mourir Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune.

    Arrivés à Penn Station, une intense drache nous tombe dessus. Nous nous réfugions sous un immense dôme qui sert d’auvent de luxe à un restaurant hôtel de la meilleure catégorie. La dragonne patronne refuse que j’y aille aux toilettes. Je la maudis. L’averse vire à la tempête et renverse les tables installées sous le dôme dans un grand bruit de verre cassé et à mon grand contentement. Les serveurs se précipitent et rentrent en vitesse ce qui peut être sauvé.

    Quand ça se calme un peu, on traverse la rue jusqu’à la gare Greyhound où nous côtoyons des solitaires qui ont l’air à l’ouest (ou dans un état proche de l’Ohio), deux couples d’Amish à grands chapeaux de paille et plein d’obèses. Nous achetons à manger sur place et nous repaissons de sandwiches et crackers. Nous prenons enfin place dans un bus où certains étaient déjà, Pittsburgh n’étant qu’une ville étape de leur voyage.

    Le paysage est joli, vallonné et paisible, parsemé de petites fermes. De temps en temps surgissent d’effrayantes publicités pour Mc Do « your fries gauge is slow, next exit, right now ». On arrive à Wheeling, une cité avec de jolies maisons de l’autre côté de la rivière, où deux road guys attendent devant la pancarte Greyhound.

    Le chauffeur étant fumeur, une pause tabac est octroyée à tout le monde au contentement de celle qui en allume une. C’est pour nous l’occasion d’observer de plus près les autres voyageurs et voyageuses, dont pas mal de dingues avec de sacrées têtes : un gros roux barbu, des tatoués qui ont l’air de sortir de prison, une quinquagénaire baba cool qui distribue des clopes à tout le monde, une vieille folle en robe de soirée encombrée de sacs miteux.

    Monte là aussi une emmerdeuse qui passe son temps au téléphone. Je remarque que la Japonaise qui était là n’y est plus. Je ne suis pas sûr que le car ne soit pas parti sans elle, elle ne semblait pas avoir terminé son voyage.

    Le nôtre se poursuit. Un deuxième arrêt a lieu à Zanesville, petite ville à église et monuments divers, où attend un couple qui se sépare avec des larmes d’elle. Il va devoir grimper dans le car dès que tout le monde aura fini de fumer. La baba distributrice de cigarettes demande à la ronde si quelqu’un va à Chicago. C’est qu’elle a pris sous son aile un vieux Japonais parkinsonien ne parlant pas anglais et qui y va. Que va-t-il devenir ?

    Une bonne famille de Zanesville se promène à pied dans les rues, papa maman et les deux enfants, fille et garçon, tous portant le même tee-shirt jaune sponsorisé. Quand on repart le car grimpe brutalement sur le trottoir et en provenance des dingues du fond devenus amis on entend un « Oh shit. It was probably a dog… ».

    On arrive assez vite à Columbus. Personne ne nous attend devant la gare routière où traîne la faune habituelle à ce genre d’endroit. On attend cependant que les chauffeurs de taxi tentent de nous faire grimper dans leur véhicule et qu’un employé de Greyhound se dépatouille du vieux Japonais parkinsonien. Au bout d’une heure, on se rend au Holiday Inn voisin où la dame de l’accueil nous donne le code permettant d’accéder à Internet, pas de message de nos hôtes qui devaient venir nous chercher. La gentille réceptionniste nous prête le téléphone de l’hôtel mais nul ne répond.

    En désespoir et excédés, ne sachant par quel bus rejoindre notre hébergement, on demande à un taxi de nous y conduire. En chemin nous croisons de nombreux étudiants excités en maillot de foot rouge. Ils envahissent tous les bars de la longue avenue où se tiennent les bâtiments universitaires. Le taxi tourne à droite, s’engage dans un quartier résidentiel à maisons coquettes. Arrivés devant celle qui doit être la nôtre pour quelques nuits, nous découvrons le jeune couple censé venir nous chercher assis en terrasse, buvant un verre. Ils se lèvent, s’embrassent amoureusement comme dans une série télévisée, et viennent à notre rencontre.

    Pas un mot d’excuse, quand on leur demande ce qui s’est passé Tabitha et Danny nous disent qu’ils croyaient qu’on arrivait à un arrêt Greyhound où descendent les étudiants, qu’ils ne savaient pas qu’il y avait une gare routière à Columbus. Ne pas parler anglais m’empêche de leur dire le fond de ma pensée.

    On a au moins un toit sur la tête, une chambre correcte et une salle de bain à partager avec nos hôtes, mais pour l’instant c’est un bon repas qu’il nous faut. Nous marchons sur Blake Avenue jusqu’à Hight Street, l’artère étudiante, et optons pour le Taj Mahal, maison particulière transformée en très beau restaurant indien avec une grande terrasse à loupiotes où nous nous installons.

    Notre timide serveur allume la chandelle posée sur notre table. Je lui commande une bouteille de gewurztraminer de Californie. Il accompagne un excellent repas : samoussas en entrée, Lamb Keema et Chicken Vintaboo, tout cela bien spicy. C’est parfait pour se remettre de cette journée éprouvante. Sur le trottoir d’en face passent de temps en temps des filles ou des garçons en maillot rouge « on a big binge ».

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  • Notre dernière journée à Pittsburgh commence par une mauvaise nouvelle. Au réveil, celle qui s’est occupée de tout apprend que la chambre réservée à Columbus est inaccessible par bus. Après le petit-déjeuner, elle passe donc un certain temps à en chercher une autre, mettant des options sur plusieurs. En conséquence, quand nous quittons la maison de Wilkinsburg elle doit se charger de son ordinateur pour connaître les réponses. C’est notre seul moyen de communication avec l’extérieur lointain, ce qui surprend toujours nos interlocuteurs américains :

    -We have no car and no cell phone.

    -Really?

    Un bus va à Oakland University, lieu remarquable. On le prend et on se retrouve bientôt au pied de la Cathédrale du Savoir (Cathedral of Learning), building de quarante-deux étages de style néogothique datant de mil neuf cent trente-cinq. Nous y pénétrons et grimpons d’un coup d’ascenseur rapide au 36th floor d’où l’on a une vue superbe sur la ville de Pitt et les lointains.

    Redescendus, nous visitons les salles de cours non occupées des étages inférieurs. Chacune est meublée et décorée à l’image d’un pays du monde. Nous terminons la visite par l’immense salle de lecture du 1st floor aux hautes voûtes gothiques où travaillent sous les lustres à de petites tables rondes de studieux étudiants et d’appliquées étudiantes.

    Nous nous installons à l’une de ces tables. Tandis que je parcours le journal quotidien de l’Université, elle tente de se connecter à Internet mais pas moyen de le faire sans code d’accès personnel. Je passe par les restrooms pour hommes où l’on pourrait faire pipi à cinquante mais j’y suis seul.

    Face au gratte-ciel de la Cathédrale du Savoir se trouve la Heinz Chapel, réplique de la Sainte Chapelle parisienne. Après l’avoir parcourue, nous retournons vers le bâtiment universitaire et avisant un professeur sur un banc occupé à manger des sushis, celle qui me tient la main lui demande où il les a eus. Tous simplement au sous-sol du bâtiment géant. S’y cache la cafétéria des étudiants chanceux où tout un chacun est autorisé à se restaurer. Diverses cuisines du monde y sont proposées. Nous achetons makis et sushis que l’on mange dans le parc, assis sur un banc à l’ombre. L’étudiant du banc voisin nous demande d’où l’on vient. Il étudie le français et le parle à peu près bien.

    Puis, comme notre Guide Bleu de l’an quatre-vingt-quatorze nous dit qu’on est à deux kilomètres de Downtown, on entreprend sous un soleil ardent la descente de Forbes Avenue qui y mène tout droit. Notre but nous apparaît assez vite plus loin qu’indiqué. Un Mc Do nous permet de faire une pause thé et café. Nous sommes un peu tendus, fatigués par la marche et la chaleur. Tandis qu’elle consulte Internet, je vais attendre dehors, photographiant le Pamela's Diner dont les vitres à l’étage sont ornées d’une inscription de soutien à Obama 2012. Elle me rejoint avec une bonne nouvelle : on aura une chambre à Columbus chez un jeune couple sympa. Ils viendront même nous chercher en voiture à la gare Greyhound.

    Nous reprenons la descente de Forbes Avenue, interminable et épuisante, côtoyant des voies rapides, traversant une bretelle à la course. Nous arrivons enfin dans une vague zone commerciale, rincés par la chaleur et la trop longue marche, et entrons dans un bar quelconque pour y prendre café et thé. Le comptoir circulaire où sont accrochés des solitaires me fait penser à Hopper.

    -Hopper, c’est bien, me dit-elle, sauf si on est dedans.

    Nous repartons courageusement et on finit par arriver Downtown. Nous trouvons Smithfield Street, tournons à droite, traversons la Monongahela River par le Smithfield Bridge et prenons le funiculaire (Monongahela Incline, 1870) qui nous conduit au sommet du mont Washington qui fait face au centre ville. Là-haut,  nous allons de belvédère en belvédère d’où nous prenons en photo de haut les buildings de Pitt, ses rivières et ses ponts élégants. On aperçoit très loin la Cathédrale du Savoir d’Oakland. C’est fou ce qu’on a marché.

    Redescendus et repassés sur l’autre rive, nous faisons quelques courses, salade de tomates, salade de fruits et vermouth.

    Dans le bus P71 qui nous ramène à Wilkinsburg, on retrouve l’une des dames inquiètes de l’autre jour et rentrés à la chambre, on en boit un peu trop de vermouth.

    *

    A Pittsburgh : les casques à petit rétroviseur de certains cyclistes.

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  • Pendant le petit-déjeuner en extérieur, Rebecca Avenue, nous interrogeons Suzanne, notre hôtesse, sur la décrépitude des maisons du quartier. Elle nous dit être étonnée de nous y avoir vu en balade et nous apprend que cette partie de Wilkinsburg a été laissée à l’abandon par le gouvernement de Pennsylvanie dans les années quatre-vingt. Des gangs s’y sont alors installés, vivant du trafic de drogues et de la prostitution. La Police les a ensuite chassés d’où les maisons abandonnées. Cependant les « gun activities » font encore quelques morts dont des innocents, ce pourquoi les pancartes appelant à l’amour du prochain. Celle qui m’a amené ici lui dit qu’elle trouve que ce « Stop Shooting, We Love You » est une bonne façon de réagir. Notre hôtesse ajoute qu’elle a un peu de mal à nous raconter cela car elle se sent ambassadrice des Etats-Unis et elle voudrait bien en donner une meilleure image. Elle nous dit que le quartier est en phase de réhabilitation, que s’y installent de nouveaux habitants, dont elle-même et son mari, homme discret prénommé Glenn, très soucieux d’écologie.

    On prend ensuite un bus P1 bondé qui nous descend Downtown. Parmi les voyageurs et voyageuses, des obèses comme rarement vu(e)s, occupant deux places, ce qui augmente le nombre de personnes debout. Nous le quittons à l’angle de Smithfied Street et de 6th Avenue et avec l’aide de pas mal d’autochtones (dont un policier), après avoir beaucoup marché, on arrive sur l’autre rive de la Monongahela River au Musée Andy Warhol, dix dollars pour elle, vingt dollars pour moi.

     Il n’y a quasiment personne dans ce Musée. Nous le visitons du 7th floor au 1st, nous attardant devant les grandes et belles œuvres d’Andy. Son lion et son danois empaillés sont là ainsi que beaucoup d’objets l’ayant accompagné au cours de sa vie. Dans la salle Silver Clouds, des nuages gonflables et gonflés sont en lévitation grâce à un ventilateur, avec lesquels on joue. Une autre salle est consacrée à la collaboration avec Jean-Michel Basquiat. On y trouve une œuvre de Warhol à l’urine sur portrait de Basquiat. Ces deux-là ne faisaient pas que s’aimer. Un éléphant en volume de Keith Haring est également présent. Il semble que les plus jolies filles de Pittsburgh aient fait le choix d’être les gardiennes de l’Andy Warhol Museum.

    Revenus sur l’autre rive, dans la chaleur mais à l’ombre quand on peut, on déjeune près d’un marché, copié collé raté de ceux d’Europe, dans une gargote nommée Cherrie’s Restaurant, d’un cheeseburger pour moi et d’une salade chicken pour elle où il manque les tomates promises qu’elle obtient après réclamation et les olives qu’elle n’aura pas. C’est vraiment une mauvaise maison, où les cuisiniers s’avachissent sur une chaise quand ils n’ont rien à faire.

    Comme il fait de plus en plus chaud, on va prendre l’air et l’ombre au bout du Golden Triangle dans le jardin de la pointe (Point State Park) là où se rejoignent la Monongahela et l’Alleghany pour former l’Ohio. Elle dessine des bêtises pendant que j’écris. Des bateaux passent dont un amphibie rouge qui fait des allers et retours entre la berge et l’eau à hauteur du Three Rivers Stadium.

    Le soir, après le retour à Rebecca Avenue, sur les indications de Suzanne, nous partons à pied à travers des rues résidentielles dont les maisons sont habitées jusqu’à Braddock Street, une rue de restaurants et de cafés illuminée par de petites loupiotes accrochées dans les arbres. A la terrasse du Dunning’s, on prend un pichet de chardonnay accompagné de chips de la maison, excellentes. A une table voisine, des habitant(e)s du quartier festoient et buvoient. On rentre dans la nuit.

    *

    Pourquoi le gouvernement de Pennsylvanie a-t-il abandonné une partie de Wilkinsburg dans les années quatre-vingt ? Cela reste un mystère.

    *

    Andy Warhol est né Andrew Warhola (comme son père d’origine ruthène mineur de charbon) le six août mil neuf cent vingt-huit à Pittsburgh où il passa son enfance et son adolescence.

    *

    « La première fois que j’ai compris ce qu’était la sexualité, c’était à Northside, Pittsburgh, sous des escaliers. Il y avait un gamin assez étrange qui suçait tous ses copains. Je n’ai jamais bien compris pourquoi. Je les regardais dès l’âge de 5 ans, sans savoir pourquoi il acceptait ce long défilé de queues. » Andy Warhol lors d’un dîner avec William Burroughs, 65, Irving Place, New York, 1er février 1980, in William S. Burroughs Andy Warhol, Conversations de Victor Bockris, Editions Inculte, 2012.

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  • Après un lever à 7 a.m. et une bonne douche, nous descendons prendre le petit-déjeuner qui est inclus dans le prix de la chambre. Suzanne, notre hôtesse, a tout préparé sur la table de la cuisine mais on préfère s’installer dehors à une petite table collée contre la maison. Il fait bon et nous mangeons avec appétit les bagels au sésame avec de la confiture de myrtilles dessus en les trempant dans le café ou le thé puis nous décapsulons les coupelles de fruits frais protégés par un petit chapeau en plastique.

    Deux heures plus tard, par le bus P1 circulant en voie propre, on rejoint Downtown Pittsburgh où les vieux bâtiments se mêlent aux modernes. Nous en faisons beaucoup de photos tout en descendant jusqu’à l’Alleghany River aux élégants ponts métalliques jaunes. Elle fait du toboggan sur une rampe d’escalier puis on revient au centre ville chercher un restaurant.

    Nous optons pour le buffet à volonté du Golden Palace Chinese. Il est disponible à l’étage d’où nous avons une belle vue sur les vieux bâtiments de Seventh Avenue photographiés précédemment. C’est fort bon. Des serveuses se promènent dans la salle bientôt pleine avec un pichet de Coca Cola servi lui aussi à volonté. Sagement, nous buvons de l’eau.

    Sortis de là, nous passons par un vieux cimetière jouxtant une église. Un businessman en pause, assis sur un banc avec un journal, nous demande d’où l’on vient. Il nous indique quelques endroits à voir. Tous les Américains qui nous parlent sont déjà allés à Paris ou rêvent d’y aller.

    Un peu plus tard, assise en terrasse au Monte Cello’s où nous prenons un verre, elle peint à l’aquarelle les vieux bâtiments de Seventh Avenue, un dessin qu’elle destine à nos amis de Stockholm.

    De retour à Rebecca Avenue, nous décidons de visiter le quartier de Wilkinsburg où nous logeons, au-delà de ce que nous en avons déjà vu. C’est une grosse surprise : trois maisons bourgeoises sur quatre sont murées, abandonnées, en voie de délabrement. Les autres sont majoritairement habitées par des Noirs pauvres. On fait de nombreuses photos de trous dans les murs, de jeux d’enfant oubliés, de salons de jardin abandonnés, d’auvents pendouillant, de fenêtres obturées, de vitres cassées, de toitures recouvertes de plastique bleu déchiré, de lierre recouvrant les façades, de drapeaux américains toujours là, de panneaux déjà anciens « Homes for Sale », cela dans une atmosphère parfois inquiétante.

    Entrés dans une laundry décatie, on y trouve un groupe de jeunes blacks discutant dans le fond. Ils ne sont manifestement pas là pour faire leur lessive. On en ressort vite fait. Sur des pelouses de maisons habitées, une pancarte nous intrigue et nous inquiète un peu : « Stop Shooting, We Love You ». On se croyait dans un quartier chic et tranquille, on réalise qu’il n’en est rien et on comprend autrement le « We are probably more worried about you than you are » de la vieille dame dans le bus le jour de notre arrivée.

    La nuit est néanmoins tranquille.

    *

    Les touristes sont rares à Pittsburgh, d’où le plaisir de ne plus croiser de Français.

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    A l’heure de la sortie : écoliers blacks en uniformes, cravates, pantalons longs

    *

    Les bus emportent les vélos à l’avant, ils possèdent des sièges au-dessus de la partie en accordéon qui pivote.

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  • Ce mardi, let’s go to Pittsburgh, me dit celle qui a organisé notre périple. Nous allons petit-déjeuner chez Little Pete’s Restaurant, café thé et pancakes à la banane. La serveuse nous apporte une fiole qu’on pourrait prendre pour un pichet de vin rouge, du sirop qui donne un peu de goût à ces pancakes qui n’en ont pas. Petite clientèle du matin, d’avant le travail, un jeune type avale un énorme steak en trois minutes. Elle mange seule le demi pamplemousse qu’elle a commandé par erreur (grape fruit is not grape) car je n’aime pas ce fruit. Le café du matin est resservi à volonté. J’en bois trois, il faut bien ça.

    Après avoir laissé un mot gentil à Marcia, notre logeuse, pas encore levée, nous prenons le bus 33, en payant cette fois, avec nos bagages dont son énorme valise. Le sac à dos n’empêche pas qu’elle soit trop lourde. Le bus nous dépose à la gare routière où des laissés-pour-compte zonent. Pas de panneau d’affichage, pas d’information fiable, on attend. Une aboyeuse black annonce les départs.

    Le car Greyhound direct pour Pittsburgh finit par arriver. L’aboyeuse me prie de laisser passer celle que j’accompagne. Les bagages coffrés, nous prenons place dans des sièges assez confortables, point d’écrans vidéo heureusement dans ce véhicule à lévrier. Pas mal de jeunes blacks parmi les passagers, quant au chauffeur il est d’origine chinoise.

    C’est un long voyage à travers les Appalaches. Nous passons près de Gettysburg où se tint la bataille qui fut le tournant de la Guerre de Sécession et près d’Harrisburg où eut lieu l’accident nucléaire de Three Mile Island.

    Au bout de trois ou quatre heures, le chauffeur annonce une pause sur une aire d’autoroute. Elle fume vite fait puis on déjeune en express d’une énorme part de pizza pour deux et d’une salade pour deux. Le car n’est pas loin de repartir sans nous.

    Le paysage est de champs de maïs et de fermes à silos. Quelques vaches et moutons nous regardent passer. Aucun humain ne signale sa présence dans cette immense verdure.

    Malgré le retard du départ et l’embouteillage à la sortie de Philly, on arrive à peu près à l’heure prévue à Pittsburgh. Après avoir traversé une périphérie d’usines plus ou moins abandonnées, le car nous dépose dans la belle gare routière de Park Authority.

    Sortis de là, la première chose qu’on voie, c’est deux gars menottés dans le dos assis sur le trottoir d’en face surveillés de près par la Police. Sa cigarette fumée, nous cherchons l’arrêt du bus qui doit nous mener à la chambre d’hôtes réservée par ses soins. Une dame aimable nous aide à le trouver.

    On l’attend longtemps le P71 pour Wilkinsburg, ville de banlieue attenante à Pittsburgh, où nous logerons. Lui enfin là, nos bagages tirés à l’intérieur, nous nous asseyons à l’avant. De cordiaux passagers nous demandent où nous allons. « You are definitely in the right bus » nous déclare un homme à boucle d’oreille. « We are probably more worried about you than you are » ajoute une vieille dame. Après un long parcours dans une zone industrielle sur le déclin, le chauffeur nous indique qu’il s’agit de descendre. Nos amis de bus nous font coucou à travers la vitre. Cette banlieue nous apparaît résidentielle avec de jolies maisons de tous les styles. Une assez longue marche dans la chaleur, fatigante pour elle qui traîne sa trop lourde valise tout en portant son nouveau sac à dos, nous mène chez Suzanne, notre logeuse de Rebecca Avenue. À la fenêtre nous fait signe une affichette de soutien à Barack Obama.

    Suzanne nous reçoit aimablement et nous montons les pesantes valises par les escaliers raides jusqu’au troisième floor. Notre chambre est en soupente. On s’y sent bien malgré la fatigue et l’énervement (le mien) du voyage. Elle voudrait cependant ressortir à la recherche d’un lointain café que nous a indiqué notre logeuse. Je n’en ai pas envie. Un orage nous met d’accord, plus question de mettre le nez dehors sous une telle drache. Je redescends pour demander un tire-bouchon à nos hôtes et on ouvre la bouteille de vin de Californie qui a fait le voyage avec nous. Il est trop sucré mais comme on n’a que du pain de hot-dog à la confiture à manger, ça peut aller.

    Tandis que la pluie claque sur le toit, le ventilateur tournant, on se met au lit.

    *

    Simplicité des rapports humains aux Etats-Unis où tout le monde s’appelle par le prénom.

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