• Journal du voyage en Amérique du Nord (13) : mardi vingt et un août deux mille douze, New York City (Brooklyn, Tom’s Restaurant, Central Park)

    Mardi matin vingt et un août, pas très tôt, d’un coup de métro, je me rends à Brooklyn avec l’intention de déjeuner au Tom’s Restaurant, une auberge située Washington Avenue vantée par Le Guide du Routard. Je sors de terre dans un grand bruit d’ambulance. Un cycliste gît derrière une voiture, J’évite de regarder.

    Un peu perdu, avec l’aide de plusieurs passant(e)s et d’un plan sommaire, marchant plus que voulu, je finis par arriver chez Tom dont l’extérieur ne paie pas de mine mais l’intérieur en jette, tout en décoration kitsch : fleurs en plastique, drapeaux du pays, guirlandes électriques allumées, photos encadrées de clients connus, articles de journaux louangeurs. Les serveurs sont à casquette et la clientèle de toutes les origines (autant de blacks que de whites) et de tous les âges. Du vieux jazz sort des enceintes. On me case à la petite table pour solitaire, près des toilettes, où je mange un burger Deluxe avec d’excellentes french fries, un café en plus, resservi, le tout pour douze dollars auxquels j’ajoute deux dollars de tip.

    Je veux aller ensuite à Prospect Park, passe pour cela devant le Brooklyn Museum puis le Jardin Botanique où c’est gratuit today m’apprend le gardien jovial qui me hèle. Je visite un peu, notamment le jardin japonais avec tortues et big poissons dans le bassin. Je traverse ensuite la rue qui mène à Prospect Park, découvre un jardin fatigant avec peu de bancs. J’en ressors déçu et m’assois à l’entrée et à l’ombre. Il fait plus que chaud. Derrière le muret, la pelouse m’apparaît comme un recours. Je m’y allonge, la tête sur mon sac qui fait parfaitement oreiller, et m’endors pour un bon moment.

    Au réveil, j’entre dans la Brooklyn Public Library, vaste bibliothèque sur plusieurs niveaux. La pente des escaliers freinant mon ardeur, je n’en visite que le bas où sont des livres en différents langages dont en français essentiellement des best-sellers. Des usagers dorment profondément. Un vieil homme fait des recherches sur l’art égyptien. Un jeune homme étudie je ne sais quoi avec son casque de vélo sur la tête. Une jeune femme lit les jambes sur le bureau. Je passe par la case restroom avant de sortir.

    Je longe à nouveau le Museum et trouve l’entrée du métro 2 qui, je le découvre un peu tard, ne s’arrête pas à Columbus Circle où j’ai rendez-vous à 7 p.m. avec celle qui travaille courageusement. Un 1 dans l’autre sens m’y ramène. Comme je suis en avance, je prends un jus d’orange chez Pax Wholesome Food, 1776 Broadway, puis vais me poser sur un banc dans la partie la plus touristique de Central Park, où l’on promène les touristes en tricycle ou en carriole tirée par un cheval.

    A l’heure dite, qu’affiche en blanc sur fond rouge sur son toit CNN (ainsi que la température : 77°F), elle me trouve sous la planisphère de Columbus Circle et m’emmène acheter des sushis et des makis au sous-sol du Time Warner Center chez Whole Foods Market, un supermarché bio pantagruélique où l’on peut trouver, et éventuellement manger sur place, toutes les cuisines du monde.

    Nous pique-niquons gaiement avec des baguettes dans Central Park, observant promeneurs et écureuils tandis que la nuit tombe, puis repassons par le Time Warner Center afin d’en utiliser les restrooms. Chez les hommes, les miroirs sont incrustés d’écrans de télévision qui diffusent les infos de CNN. Pas de télés chez les filles me dit-elle après avoir jeté un œil chez les hommes au mépris des convenances américaines, elles ont sans doute besoin de toute la surface du miroir pour se remaquiller.

    Nous faisons une balade nocturne dans Central Park sans y croiser ni lucioles ni brigands. Elle fait des photos des buildings éclairés.

    A la station de métro par laquelle nous rentrons à Convent Avenue, un couple de blacks jouent de la percussion sur des seaux en plastique renversés, lui surtout est très doué et les dollars pleuvent dans le seau destiné à les recevoir.

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    Demander son chemin à un(e) Américain(e) conduit à deux réponses possibles : « Yes I do » ou bien « I’m not sure ». Dans le second cas, aucune prise de risque, il faudra interroger quelqu’un d’autre. Dans le premier cas, suit une explication détaillée qui sera suffisante ou non.

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    Si ce sont deux autochtones, dont l’un demande son chemin à l’autre, le premier répète la question posée et le second répète la réponse donnée. Quand je le fais remarquer à celle grâce à qui je suis ici, elle me répond qu’en France il n’y a que les vieux qui procèdent ainsi.

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