• Journal du voyage en Amérique du Nord (29) : jeudi six septembre deux mille douze, Pittsburgh, Pennsylvanie (Wilkinsburg, Andy Warhol Museum, State Park, Wilkinsburg)

    Pendant le petit-déjeuner en extérieur, Rebecca Avenue, nous interrogeons Suzanne, notre hôtesse, sur la décrépitude des maisons du quartier. Elle nous dit être étonnée de nous y avoir vu en balade et nous apprend que cette partie de Wilkinsburg a été laissée à l’abandon par le gouvernement de Pennsylvanie dans les années quatre-vingt. Des gangs s’y sont alors installés, vivant du trafic de drogues et de la prostitution. La Police les a ensuite chassés d’où les maisons abandonnées. Cependant les « gun activities » font encore quelques morts dont des innocents, ce pourquoi les pancartes appelant à l’amour du prochain. Celle qui m’a amené ici lui dit qu’elle trouve que ce « Stop Shooting, We Love You » est une bonne façon de réagir. Notre hôtesse ajoute qu’elle a un peu de mal à nous raconter cela car elle se sent ambassadrice des Etats-Unis et elle voudrait bien en donner une meilleure image. Elle nous dit que le quartier est en phase de réhabilitation, que s’y installent de nouveaux habitants, dont elle-même et son mari, homme discret prénommé Glenn, très soucieux d’écologie.

    On prend ensuite un bus P1 bondé qui nous descend Downtown. Parmi les voyageurs et voyageuses, des obèses comme rarement vu(e)s, occupant deux places, ce qui augmente le nombre de personnes debout. Nous le quittons à l’angle de Smithfied Street et de 6th Avenue et avec l’aide de pas mal d’autochtones (dont un policier), après avoir beaucoup marché, on arrive sur l’autre rive de la Monongahela River au Musée Andy Warhol, dix dollars pour elle, vingt dollars pour moi.

     Il n’y a quasiment personne dans ce Musée. Nous le visitons du 7th floor au 1st, nous attardant devant les grandes et belles œuvres d’Andy. Son lion et son danois empaillés sont là ainsi que beaucoup d’objets l’ayant accompagné au cours de sa vie. Dans la salle Silver Clouds, des nuages gonflables et gonflés sont en lévitation grâce à un ventilateur, avec lesquels on joue. Une autre salle est consacrée à la collaboration avec Jean-Michel Basquiat. On y trouve une œuvre de Warhol à l’urine sur portrait de Basquiat. Ces deux-là ne faisaient pas que s’aimer. Un éléphant en volume de Keith Haring est également présent. Il semble que les plus jolies filles de Pittsburgh aient fait le choix d’être les gardiennes de l’Andy Warhol Museum.

    Revenus sur l’autre rive, dans la chaleur mais à l’ombre quand on peut, on déjeune près d’un marché, copié collé raté de ceux d’Europe, dans une gargote nommée Cherrie’s Restaurant, d’un cheeseburger pour moi et d’une salade chicken pour elle où il manque les tomates promises qu’elle obtient après réclamation et les olives qu’elle n’aura pas. C’est vraiment une mauvaise maison, où les cuisiniers s’avachissent sur une chaise quand ils n’ont rien à faire.

    Comme il fait de plus en plus chaud, on va prendre l’air et l’ombre au bout du Golden Triangle dans le jardin de la pointe (Point State Park) là où se rejoignent la Monongahela et l’Alleghany pour former l’Ohio. Elle dessine des bêtises pendant que j’écris. Des bateaux passent dont un amphibie rouge qui fait des allers et retours entre la berge et l’eau à hauteur du Three Rivers Stadium.

    Le soir, après le retour à Rebecca Avenue, sur les indications de Suzanne, nous partons à pied à travers des rues résidentielles dont les maisons sont habitées jusqu’à Braddock Street, une rue de restaurants et de cafés illuminée par de petites loupiotes accrochées dans les arbres. A la terrasse du Dunning’s, on prend un pichet de chardonnay accompagné de chips de la maison, excellentes. A une table voisine, des habitant(e)s du quartier festoient et buvoient. On rentre dans la nuit.

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    Pourquoi le gouvernement de Pennsylvanie a-t-il abandonné une partie de Wilkinsburg dans les années quatre-vingt ? Cela reste un mystère.

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    Andy Warhol est né Andrew Warhola (comme son père d’origine ruthène mineur de charbon) le six août mil neuf cent vingt-huit à Pittsburgh où il passa son enfance et son adolescence.

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    « La première fois que j’ai compris ce qu’était la sexualité, c’était à Northside, Pittsburgh, sous des escaliers. Il y avait un gamin assez étrange qui suçait tous ses copains. Je n’ai jamais bien compris pourquoi. Je les regardais dès l’âge de 5 ans, sans savoir pourquoi il acceptait ce long défilé de queues. » Andy Warhol lors d’un dîner avec William Burroughs, 65, Irving Place, New York, 1er février 1980, in William S. Burroughs Andy Warhol, Conversations de Victor Bockris, Editions Inculte, 2012.

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