• Journal du voyage en Amérique du Nord (38) : samedi quinze septembre deux mille douze, d’Indianapolis à Chicago

    Chic chic Chicago, c’est aujourd’hui le départ d’Indianapolis. Nous trouvons un petit papier sur la table de la cuisine par lequel Chad nous propose d’emporter le reste des croissants mous et nous souhaite un bon voyage. Avec ma lourde valise et sa très lourde valise, nous quittons l’immense maison de briques rouges et prenons le bus 8. Nous en descendons devant un centre commercial et rejoignons à pied la glauque gare Greyhound. Le départ de notre car est prévu pour 11 a.m.

    Des moutards crasseux courent ou couinent. Des paumés avec plein de sacs sont affalés ici et là. Deux très jeunes Amish, garçon à bretelles et fille en coiffe (c’est sa petite Amish, dis-je à celle que j’accompagne) considérent tout ça en souriant aux enfants. Ils ont l’air cent pour cent déroutés. Elle m’explique que dans cette communauté, il est proposé aux adolescents d’aller se frotter au monde extérieur, puis de décider s’ils veulent revenir ou pas.

    Il est maintenant onze heures sans qu’il soit question du départ. Pas même un signe d’impatience dans la file d’attente, beaucoup en profitent pour aller se racheter un Coca. Celle que j’accompagne demande à l’un des deux types chargés de mettre les bagages dans les cars, qui s’emploie présentement à manier le balai, pourquoi on ne part pas. Pas de chauffeur, lui répond-il.

    A onze heures et demie, une conductrice black arrive l’air de fort mauvaise humeur. Sans doute a-t-elle été appelée pour pallier à la défection de celui prévu et est-elle furieuse d’avoir son week-end foutu. Avec une lenteur et une application soviétiques, elle fait le tour du véhicule, vérifie pneus et essuie-glaces, puis remplit d’interminables formulaires. C’est totalement crispant mais un Américain ne se plaint pas. Il est midi et quart quand nous sommes autorisés à monter dans le car.

    Le paysage est plat et monotone. Bientôt, le bébé fait dans sa couche, ce qui rend l’air irrespirable pendant une demi-heure. Vers Gary on aperçoit de belles usines de métallurgie et passé La Fayette un immense parc de plusieurs centaines d’éoliennes. Régulièrement, sur les bas-côtés, de grandes pancartes incitent à porter plainte en cas d’accident de la route ou d’examen scolaire non réussi, en gros le numéro de téléphone des lawyers.

    Enfin nous arrivons à Chicago. La ville semble prometteuse mais nous ne trouvons pas le bus prévu. Nous marchons dix bons blocks jusqu’à Michigan Avenue. Là, nous prenons le bus 4 qui remonte cette avenue, la principale de la ville, jusqu’à la 29th Street. C’est à ce carrefour que se trouve notre nouveau logis.

    Personne n’est là pour nous accueillir. Nous nous heurtons à une barrière fermée à clé. Un garde sympathique vient à notre secours. Il nous fait entrer et sonne à l’interphone au numéro de notre futur appartement mais nul ne répond. Il nous accompagne jusqu’à notre étage, le 21 floor, tout en haut de l’immeuble. La porte est ouverte. Personne n’est à l’intérieur. Kean, notre logeur, a juste déposé les clefs dans un coin en oubliant de nous laisser le code Internet et basta.

    Nous découvrons notre nouveau logement. C’est un grand studio assez confortable avec une vue incroyable depuis le balcon, mais on est loin du centre et pas un restaurant ni un commerce dans les parages.

    Nous repartons donc en ville en emportant l’ordinateur afin d’écrire à Kean, achetons un pass de transport, de quoi manger pour le breakfast puis cherchons un restaurant, mais dans cette partie de Downtown tous sont fermés. Un habitant du lieu nous explique que le Loop est un quartier de bureaux, les restaurants sont ouverts le midi pour le business mais pas le soir.

    Nous en trouvons finalement un : le South Loop Club. Ce sera un Bison Burger pour moi, un Beef Wrap pour elle. La cruchette qui nous sert ignore ce qu’est une cuisson « rare ». La patronne le lui explique. C’est bien bon avec des frites en tire bouchon et un verre de chardonnay. Avant de rentrer, nous allons par un pont au-dessus de l’autoroute jusqu’au bord du lac Michigan. Le spectacle est magique à la tombée de la nuit.

    Rentrés à l’appartement, nous en sommes à boire un thé sur notre plate-forme aérienne quand Kean débarque en pyjama. Il est moins jeune et plus gros que sur les photos qui décorent les murs. Il nous donne des serviettes, le code Internet et repassera demain, nous dit-il, pour la carte de la laundry du sous-sol, l’ampoule de la lampe qui ne fonctionne pas et les draps qui manquent cruellement dans notre lit.

    Notre nuit est belle et profonde devant la grande baie vitrée éclairée par l’activité humaine qui ne s’arrête jamais.

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