• Journal du voyage en Amérique du Nord (47) : lundi vingt-quatre septembre deux mille douze, Toronto, Ontario (Distillerie, Paddington’s, Wigeon, Imperial Pub Library)

    Chez Linda, Shuter Street, nous dormons à l’étage. Face à la nôtre, une autre chambre où semble être un jeune homme. Entre les deux, la salle de bains que j’occupe le premier ce lundi matin. Quand j’en sors, c’est pour trouver par terre devant la porte la serviette du voisin qui revendique ainsi, comme dans un internat, le droit de prendre ma suite. Celle qui s’apprêtait à l’occuper doit attendre. Au petit-déjeuner, nous côtoyons à nouveau la femme seule et solitaire. Elle nous dit qu’elle est allée sur la tombe de sa grand-mère. Celle que j’accompagne sort fumer sur le trottoir devant la maison double, moitié pour l’invisible Linda et son frère, moitié pour les hôtes. Je lui tiens compagnie. Nous regardons passer employé(e)s et étudiant(e)s se pressant vers le travail, à pied, en vélo, en voiture, en bus ou en taxi. De l’autre côté de la rue se trouve un parc avec des terrains de sport.

    Après un brossage de dents, nous partons à la recherche de la gare Greyhound et y achetons deux billets pour Niagara Falls le lendemain mardi. Puis on se dirige vers la vieille ville, quartier de rues semi piétonnières (églises, marché couvert mais fermé le lundi). Je repère un restaurant mais comme il n’est que onze heures, on continue jusqu’à la Distillerie, un bâtiment industriel reconverti dans l’art contemporain, d’où la présence de bobos et de cafés restaurants branchouilles. Rien ne nous y retient. Pour déjeuner, nous sommes contraints de revenir sur nos pas jusqu’au restaurant repéré près du marché couvert. Il se nomme le Paddington’s et ce sera encore une fois pour elle une salade Caesar au Chicken et pour moi un Swiss Burger cuit « medium » et non pas « rare » (c’est interdit par le gouvernement nous dit la serveuse), avec des French Fries, un thé, un café. Je paie avec des dollars américains, ce qui ne réjouit pas cette même serveuse :

    -American dollar is a very bad money, me dit-elle.

    Elle les encaisse néanmoins. Dehors, il fait soleil mais le vent est devenu glacial. On descend quand même au port où un cargo vert, le Wigeon, se fait vider de sa canne à sucre. Le long du bassin, une fausse plage avec fauteuils confortables nous accueille quelque temps, mais le froid finit par nous en chasser. De retour à la maison, nous prenons un jus d’orange avec muffin dans la cuisine communautaire. Quand nous pénétrons dans la chambre, nous remarquons des affaires déplacées. Celle que j’accompagne téléphone à Linda avec l’appareil de la cuisine. Cette dernière explique qu’elle y a fait entrer un photographe. Elle se fait dire notre désapprobation.

    Le soir venu, on retourne à l’Imperial Pub Library. Un escalier latéral nous incite à monter à l’étage où l’on découvre une deuxième salle : confortables fauteuils, juke-box, baby-foot, livres vieux et en foutoir, musique jazz à la radio. Nous commandons un pichet d’un demi-litre de chardonnay local et des sweet potatoes fries. Une clientèle mélangée nous tient compagnie. Certain(e)s sortent fumer sur une grande terrasse où il fait trop froid pour se tenir longtemps.

    Au bout d’un moment, un serveur vient nous voir pour nous annoncer qu’il n’y a plus qu’un peu de ces douces pommes de terre frites et qu’en conséquence elles nous seront offertes.

    *

    Je n’aime toujours pas Toronto, la plus grande ville du Canada avec ses deux millions six cent mille habitant(e)s, qui n’a pas voulu de moi. A sa décharge néanmoins, c’est la première fois depuis New York qu’on croise moult jolies filles dans la rue, spécialement des Asiatiques.

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