• Journal du voyage en Amérique du Nord (53 /1) : dimanche trente septembre deux mille douze, départ de New York City (Lucy’s Cantina Royale, JFK Airport)

    Lever à 7 a.m., après une nuit perturbée par le bruit au-dessus de nos têtes, c’est le jour du retour en France. Après le petit-déjeuner, nous quittons le trou à rats du 14 St Marks Place dont nous jetons la clé dans la boîte à lettres sans avoir jamais croisé nos vils logeurs.

    En arrivant à la gare maritime, un chien se précipite sur nous, suivi d’un homme pas vraiment en uniforme. C’est un renifleur chercheur de drogues. Pas de problème, nos bagages sont « safe ». Sur le ferry, mélancoliques, nous avons l’ultime vision de New York City : Manhattan, la statue verte. Par la 1, nous rejoignons Christopher Street puis la A nous mène à Penn Station où nous devrons nous séparer.

    Il est l’heure de déjeuner. Je repère une terrasse de premier étage particulièrement bien située à cette intersection de la 8ème Avenue et de la 34ème Rue. C’est celle de Lucy’s Cantina Royale, un restaurant mexicain qui ouvre juste à l’instant. Nous laissons nos valises sous l’escalier et montons. Une serveuse nous installe en bordure de terrasse au-dessus des caméras de surveillance de la NYPD et des touristes promenés en bus à étage. La vue est belle sur les bâtiments d’en face. Certains sont surmontés des châteaux d’eau qu’elle aime particulièrement. J’en fais des photos, et aussi des hommes suspendus dans une nacelle, occupés à peindre ce dimanche une immense fresque publicitaire pour Johnnie Walker. Elle choisit une salade de la casa et je prends un burrito au porc, cela avec de l’eau au goût new-yorkais, puis, pour prolonger le moment, nous commandons un flan avec du caramel au fond.

    Quand nous sortons, il est encore tôt mais c’est mieux de se quitter maintenant. Je la regarde qui descend avec l’ascenseur dans les entrailles de Penn Station où un train la mènera à Newark Airport. Je rejoins le bord de l’Hudson où à peine suis-je assis sur un banc qu’une averse m’oblige à ouvrir mon parapluie. Le soleil revenu, je renonce à attendre ici dans la crainte d’une nouvelle. Je retourne donc à Penn Station, longeant les files d’attente des voyageurs de Megabus en partance pour toutes les villes visitées avec celle qui n’est plus avec moi. Je prends la A, direction Far Rockaway, et en descends avec pas mal de traîneurs de valises stressés à Howard Beach. Là, j’achète à la machine un ticket pour l’Airtrain qui mène à JFK Airport et descends au Terminal 4. Il est 4.00 p.m., j’ai bien du temps à attendre avant mon envol de 11.55.

    A 6 p.m. je songe à elle qui doit décoller de Newark, direction Lisbonne puis Paris où elle n’arrivera qu’à dix heures demain matin.

    Vers 7 p.m. je dîne, avec l’aide d’Au Bon Pain, d’une pâtisserie danoise aux fruits indéfinissables accompagnée de jus d’orange puis prends un café, cela près de la porte des arrivées, où il y a une cinquantaine de jours, je faisais l’arrivant. Une grande famille d’Arabes, dont des femmes en tenue de fête, attend quelqu’un(e) avec des fleurs et des ballons. Cette personne n’arrive pas. Toutes et tous repartent tristement avec fleurs et ballons. Derrière la vitre, la file des taxis jaunes est toujours là, ma première et dernière vision de la vie new-yorkaise.

    Deux heures plus tard, je monte au niveau 4 où se fait l’embarquement. Je retire mon billet chez XL Airways, confie ma valise aux bagagistes puis subis la fouille américaine après avoir fait sonner le portique bien que débarrassé de sac, montre, clés, porte-monnaie, veste et chaussures.

    J’achète plus de trois dollars une petite bouteille d’eau mauvaise fabriquée par Coca Cola et m’assois dans la salle A 5 pour attendre l’embarquement du vol SE 071, observant la foule qui se laisse séduire par les produits en duty free (la consommation redonne de la dignité aux êtres sans chaussures et sans ceintures d’il y a peu).

    Ce ne sont pratiquement que des Français à cette porte A5, dont les plus ridicules portent un sweet NYPD ou un tee-shirt Abercrombie & Fitch. Avec un peu de retard, nous sommes autorisés à embarquer. Dans un angle de la descente vers l’avion, les stewards d’XL Airways vendent des cartouches de Marlboro détaxées. Une blonde sur le retour s’inquiète de la place qu’elle aura dans l’avion. Elle craint un mauvais voisinage. « En ce moment, je suis en introspection avec moi-même » dit-elle à l’un qu’elle drague et qu’elle aimerait pour voisin. Je croise les doigts pour ne pas me trouver à côté d’elle.

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