• La Tragédie du More par la classe d’art dramatique du Conservatoire de Rouen à l’abbatiale Saint-Ouen

    Malgré le froid c’est le Printemps de Rouen, opération culturelle municipale qui propose un vrac de spectacles, d’expositions et de conférences dont beaucoup gratuits et je suis, ce vendredi soir, parmi les premiers à attendre devant le portail fermé des Marmousets à l’abbatiale Saint-Ouen où la classe d’art dramatique du Conservatoire de Rouen donne La Tragédie du More, une pièce anonyme publiée à Rouen au début du dix-septième siècle chez Abraham Cousturier, libraire en bas de la rue Ecuyère, dont le titre complet est Tragédie française d’un More cruel envers son seigneur nommé Riviery, gentilhomme espagnol, sa damoiselle et ses enfants.

    Trois femmes à badge printanier autour du cou apparaissent. Les deux plus jeunes portent une table sur laquelle elles installent programmes et tickets. On peut avancer un peu. Maurice Attias, professeur de la classe d’art dramatique et metteur en scène de la pièce s’adresse à la petite foule : « On fera entrer les gens à huit heures et quart », Encore un quart d’heure à faire le gens qui attend impatiemment et mes voisines n’ont pas même pas une conversation intéressante. Un branlotin tente une entrée en force mais se fait rabrouer par la plus vieille des badgées.

    Enfin, c’est ouvert. Je découvre avec satisfaction que les chaises sont en gradins. L’une des jeunes badgées entend faire s’asseoir là où elle veut. Je m’installe au milieu du quatrième rang et l’envoie bouler quand elle veut me faire bouger, lui faisant remarquer que nous ne sommes pas encore en dictature. C’est vite plein, il faut ajouter quelques chaises sur le devant.

    Le More est un esclave récemment bastonné par son maître Riviery. Il va le lui faire payer cruellement. Cette sanglante vengeance est symbolisée par un vaste carré de tissu rouge faisant plateau que déploient au début de la pièce les comédien(ne)s en apprentissage, lesquel(le)s sont vêtu(e)s de noir et de rouge. L’orgue, tenu par François Ménissier, se charge des effets spéciaux. Il se transforme parfois en château, notamment quand il s’agit pour le More de jeter dans le vide la damoiselle violée. Il faut parfois tendre l’oreille pour bien comprendre les alexandrins dans ce lieu où tout haussement de voix a pour conséquence la réverbération. Nous sommes donc attentifs. Quelques petits rires, quand apparaissent les chasseurs mimant le cheval qu’ils n’ont pas, frisant le ridicule, sont réprimés. Le More à la fin se suicide, laissant Riviery, le nez coupé, conclure : « Cruelle journée » (autres petits rires).

    Actrices, acteurs, organiste sont copieusement applaudis. Chacun(e) se dirige vers la sortie dans la pénombre. N’y voyant pas grand-chose dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que je bouscule quelque peu le directeur d'une troupe de théâtre, ce qui nous donne l’occasion de nous saluer.

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    Ce vendredi matin, réouverture de la boulangerie de la rue Martainville, dont l’ancien boulanger, il y a quelques mois, dans le pétrin s’est suicidé.

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