• Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux par la Compagnie Catherine Delattres dans l’aître Saint-Maclou

                Choisir le mercredi soir pour aller voir Le Jeu de l’amour et du hasard de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, donné en plein air dans l’aître Saint-Maclou par la Compagnie Catherine Delattres dans une mise en scène d’icelle, c’est selon Météo France être assuré du beau temps. J’en doute un peu quand je sors de chez moi, à voir le ciel orageux. Quelques gouttes tombent avant que la pièce ne commence, rien de grave. Je suis davantage gêné par ma voisine de gauche, vieille babacoule que je côtoie habituellement de loin à l’Opéra de Rouen et qui ne cesse de fouiller dans son sac. Il faut aimer son prochain quand on est assis sur des gradins dont les sièges sont si rapprochés. Ce n’est pas mon cas. Je suis satisfait de la voir quitter sa place pour l’une des chaises rajoutées en dernière minute pour cause de trop de public.

                J’oublie ces légers désagréments quand commence le jeu, absorbé par le subtil dialogue entre Silvia ( Lauren Toulin) et sa suivante Lisette (Lisa Peyron), en seyants maillots de bain, sur le sujet de l’amour et du mariage prochain, ce qui les amène bientôt à échanger leurs rôles, tandis qu’à leur insu Dorante, le promis, (Pierre Delmotte) et son valet Arlequin (Florent Houdu) font de même, une double supercherie dont se jouent le père et le frère de Silvia : Orgon (Bernard Cherbœuf) et Mario (Nicolas Dégremont). On connaît l’histoire. Elle est bien jouée, avec juste ce qui faut d’ironie et de clins d’œil. Quelques rengaines italiennes chantées par les comédien(ne)s sont comme un rappel de la première de cette pièce de Marivaux jouée en mil sept cent trente à l’Hôtel de Bourgogne par des comédien(ne)s de la péninsule italique.

                Une courte averse arrose l’amour, le hasard et le public. Des chauves-souris volettent en arrière-plan. De temps en temps chantent des merles, des mouettes et des ambulances. Tout finit bien, c'est-à-dire rentre dans l’ordre, sous des applaudissements nourris accompagnant la musique endiablée et les feux d’artifice, cependant que Dorante pose sur Silvia un regard qui en dit long. « Il faudra bien devenir adulte » « renoncer au jeu » commente Catherine Delattres dans sa déclaration d’intention.

                J’y vois aussi la déception de ce garçon. Sa Sylvia n’était-elle pas plus attirante quand il la croyait soubrette ? Oui.

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