• Gare de Rouen, ce mercredi matin, travailleurs et vacanciers se partagent les quais. Une femme à valises, accompagnée de son fil d’environ huit ans, s’inquiète auprès d’un cheminot. Je me souviens d’elle, jeune fille resplendissante vers qui se tournaient la plupart des yeux masculins lorsqu’elle arrivait en vélo à la terrasse des Floralies, il y a une quinzaine d’années. Devenue prof, je ne sais si c’est son métier ou seulement cet assassin de temps qui lui ont ainsi creusé les traits.

    Celle qui me rejoint trois heures plus tard au Book-Off de la Bastille n’a heureusement pour elle pas encore connu cet outrage. Nous prenons un verre à la terrasse du Café du Faubourg où nous évoquons ses grandes difficultés à trouver un appartement et les miennes à trouver quelque intérêt à ma vie maintenant qu’elle n’en est plus le centre et que je ne vois pas qui, raisonnablement, pourrait venir la réenchanter. Peut-être que partir en vacances me fera du bien. Au moins, je serai triste ailleurs. Elle m’offre les friandises de voyage qu’elle emportait toujours quand elle partait avec moi : Gerblé barre Amande et Werther’s Original.

    Nous poursuivons la conversation en déjeunant dehors place d’Aligre à La Grille dont la bonne cuisine nous convient parfaitement (nems de bœuf, salade pennes et saumon pour elle, tranches de porc et pommes de terre pour moi, tarte au citron pour elle et moelleux au chocolat pour moi), cela pour moins de treize euros par personne (le vin est un peu cher et pourrait même l’être davantage sans ma vigilance, le saumur s’étant  transformé en sancerre sur la note).

    Le travail la happe ensuite, qui se poursuivra jusqu’à une heure avancée de la nuit. Je passe le reste de mon mercredi parisien à aller de libraire en libraire à l’aide de bus surchauffés. Le chauffeur du Vingt-Sept, énervé par un conducteur de scouteur, lui donne rendez-vous à vingt heures trente, porte d’Ivry, pour s’expliquer entre hommes. A cette heure, je suis dans le train qui me ramène à Rouen. J’y termine la relecture, commencée à l’aller, d’Une vie ordinaire, le roman poème autobiographique de Georges Perros (Poésie/Gallimard).

    *

    Cité par Lorand Gaspar dans sa préface à Une vie ordinaire, cet extrait des Papiers collés du même Perros : L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Je ne sais pas grand-chose de Rafael Sánchez Ferlosio dont je relisais l’autre mercredi dans le train qui me menait à Paris Nous aurons encore de mauvais moments. Ecrivain espagnol, né à Rome le quatre décembre mil neuf cent vingt-sept, il fait partie de la famille de ceux qui ne sont pas dupes, dont je suis. Dans ce recueil d’aphorismes, de courts poèmes et de notes, publié chez Rivages Poche, je fais mon choix :

    Nous sommes babyloniens – pourvu que la tentation de construire une tour ensemble ne nous reprenne pas ! Décidons plutôt, une fois pour toutes, en bons frères, que nous ne nous supportons pas les uns les autres !

    Que le détenteur de l’autorité garde cet ultime respect envers celui qui doit obéir : qu’il s’abstienne de lui fournir des explications.

    L’enfant qui osa dire : « L’empereur est nu », hélas ! était peut-être lui aussi payé par l’empereur.

    Quelle meilleure preuve que le futur est déjà écrit que le journal du matin ? Comment comprendre, sinon, que tous les jours s’accomplissent exactement 32 pages d’évènements ?

    Quelle aimable initiative ce serait, de la part d’un de ces grands organismes internationaux, que de proclamer un jour sans date !

    C’est une erreur de penser qu’il faut de très mauvais sentiments pour accepter ou perpétrer les méfaits les plus enragés ; il suffit d’être convaincu d’avoir raison.

    Entre l’injustice qui consiste à insulter son prochain et l’indignité de lui sourire, il y a un sage moyen terme : regarder ailleurs.

    La très puissante séduction cathartique de la guerre se manifeste dans la popularité de tous ceux qui promettent des sacrifices.

    Toutes les cérémonies sont proportionnelles : les voyageurs qui viennent de plus loin sont les premiers à réunir leurs affaires et à se préparer à descendre du train.

    En incipit, cet aphorisme, déjà noté dans ce Journal, mais qui peut être répété :

    Ce qu’il y a de louche, dans les solutions, c’est qu’on en trouve dès qu’on en cherche.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Pas le moindre bruit lors de la finale de la Coupe de Monde de foute ; depuis l’élimination de la France nul ne semblait plus s’y intéresser, notamment ceux qui se cherchent un ennemi et qui ne pouvaient plus défiler dans les rues derrière un drapeau en beuglant des chants patriotiques. Quelques explosions quand même dans la nuit, ce sont les feux d’artifice de banlieue, qui ont lieu le treize plutôt que le quatorze. A cinq heures trente, je suis debout, remerciant intérieurement les communes de La Bouille et de Criquebeuf-sur-Seine d’organiser leur vide grenier en ce jour férié synonyme de vacuité.

    La première de ces deux communes de bord de Seine me rappelle de bien bons moments. Y être est donc autant un mal qu’un bien. Je sillonne plusieurs fois les ruelles bordées de maisons bourgeoises sans trouver livre qui me convienne et ne m’y attarde pas.

    La seconde de ces deux communes de bord de Seine ne m’évoque que des souvenirs professionnels. Quand je faisais l’instituteur remplaçant en zone d’intervention localisée, j’y ai quelquefois remplacé l’instituteur qui, dans sa classe unique, pratiquait la pédagogie Freinet. Je ne sais si c’est l’une de ses anciennes élèves que j’entends dire « On peut compter sur l’espèce humaine pour voir des problèmes là où il n’y en pas ». Parcourant dans les deux sens la longue rue parallèle au fleuve, je croise mon ancien voisin du dessus de quand j’habitais à Val-de-Reuil, responsable de mon courrier en mon absence, toujours là-bas, avec désormais une barbe musulmane, et constate qu’il n’y a pas ici davantage de livres pour moi, n’ayant heureusement pas besoin d’Enfant difficile, enfant prometteur, ni de Bien négocier son divorce.

    *

    A Criquebeuf, comme à La Bouille, des nymphettes occupées à tresser des bracelets d’élastiques colorés, activité obligatoire de l’été deux mille quatorze.

    *

    « Marasme », mot employé par Gabriel Matzneff dans son Journal des années Soixante pour qualifier les jours où ça ne va pas.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Samedi après-midi, après un café à la terrasse quasi déserte du Son du Cor, je me heurte à la porte inexplicablement close de l’Ubi où je comptais tapoter mes notes de lecture. Cette fermeture ne peut gêner que moi, j’y suis toujours le seul vrai client, les autres étant les professionnel(le)s du lieu. Dépité, je change de plan et traverse la Seine pour aller faire quelques achats d’avant vacances chez les pauvres de la rive gauche.

    C’est aujourd’hui qu’ouvre au public sur le quai bas la Prairie Saint-Sever, un vague gazon ayant du mal à pousser sur lequel sont posées des chaises longues en bois. Quelques bancs en pierre et des arbres chétifs complètent l’aménagement de ce lieu de détente où je ne vois pas grand monde. Des mois de travaux ont été nécessaires pour obtenir ce piteux résultat. Dire qu’il y avait ici un excellent terrain vague pouvant accueillir des évènements temporaires et servant de parquigne gratuit le reste du temps.

    De l’autre côté du pont, c’est le début de Rouen-sur-Mer, la copie brouillonne de Paris-Plages. D’en haut, cela ressemble à une fête foraine sur du sable. Un immense bateau gonflable y est échoué. Semblant avoir chuté du quai haut, il est fort opportunément nommé le Titanic.

    *

    Ce dimanche en début d’après-midi, malgré le sale temps, je suis sous l’auvent du Son du Cor où je lis Vénus et Junon (Journal 1965-1969) de Gabriel Matzneff (La Table Ronde) entouré d’intellectuels dont le meilleur de la conversation tient en ceci :

    -Ça va toi ?

    -Ben ouais, mieux que le temps.

    -Bah, y a pas de mal, tu me diras.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Lecture appropriée à un ouiquennede de trois jours qui s’apparente à une traversée du désert : L’amour est un chien de l’enfer de Charles Bukowski, précisément la première partie, publiée au Sagittaire en mil neuf cent soixante-dix-sept, un an après sa parution aux Etats-Unis, mon exemplaire ayant été trouvé au Clos Saint-Marc il y a quelques semaines.

    Quelques extraits qui montrent l’homme :

    les femmes du Texas sont toujours/ en bonne santé, et en plus la mienne/ nettoie mon frigo, mon évier,/ la salle de bains, et elle cuisine et me/ prépare d’excellents petits plats/ et elle lave aussi/ la vaisselle. texane

    l’amour aussi sèche, pensai-je/ en revenant dans la/ salle de bains, et même plus vite/ que le sperme. la fin d’une courte histoire

    et au lieu d’être raisonnable/ je me demande qui la baise en ce moment ?/ j’imagine qu’elle doit être en train de filer le grand frisson/ à un quelconque fils de pute. défaite

    ils me dégoûtent/ avec cette façon d’attendre la mort/ où ils mettent autant de passion/ qu’à voir un feu passer au vert. feu vert

    c’est la même situation que précédemment/ ou que la fois d’avant/ ou que la fois de la fois d’avant./ il y a une bite/ et il y a un con/ et plein de problèmes. ça alors

    quand je souffre sur/ cette machine à écrire/ je pense à ce que je subirais/ si j’étais à Salinas/ à ramasser des salades. l’héritage des humbles

    « vos poèmes sur les filles se liront/ encore dans 50 ans d’ici/ quand les filles auront disparu »,/ me dit au téléphone mon éditeur./ cher éditeur/ les filles ont déjà disparu. ce soir

    *

    Et ce zeugme dans M.T. :

    et nous prîmes de la mescaline/ et le ferry pour l’île

    (M.T , pour méditation transcendantale)

    *

    Autre lecture mais à petites doses, celle de « Mon grand petit homme… », mille et une lettres d’amour à Victor Hugo écrites en cinquante ans par l’exaltée Juliette Drouet (L’Imaginaire/Gallimard) :

    Si je n’avais été ton amante j’aurais voulu être ton amie. Si tu m’avais refusé ton amitié, je t’aurais demandé à genoux d’être ton chien, ton esclave. (à Monsieur Victor Hugo en ville, mil huit cent trente-trois)

    Quand viens-tu coucher avec moi ? La question est un peu féroce, n’est-ce pas ? Mais moi, je n’y vais pas par quatre chemins, si j’ose m’exprimer ainsi, et ce n’est qu’au lit que je me sens de force à lutter avec toi pour l’abondance et le richesse d’expression qui me manquent absolument, chaussée et corsetée.  (sept mars mil huit cent trente-sept)

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Comme la pluie reviennent régulièrement en juillet les Terrasses du Jeudi rouennaises, concerts gratuits devant des bars. Je suis à dix-huit heures trente face au terrain de boules jouxtant Le Son Du Cor pour Les Agamemnonz, groupe local instrumental bientôt en tournée européenne, vu et apprécié autrefois au P’tit Bar avec celle qui travaille trop à Paris. A cette époque, les quatre garçons (trois guitaristes et un batteur) s’habillaient comme tout le monde. Désormais, ils portent la toge et montrent leurs gambettes épilées et leurs pieds nus. Cela n’enlève rien à leur musique qui me rappelle celle des Shadows ou des Spotnicks (eux aussi portaient des tenues ridicules). Autant dire que ce soir je fais un saut dans mon enfance, versant insouciance.

    Tout en écoutant, je trouve dans le public un sosie de l’acteur Daroussin et beaucoup de gens connus de vue, dont des hocheurs de tête et des buveurs de godet. La télé régionale a posé sa grosse caméra sur le terrain de boules et, tandis que s’égaient les notes électriques, interroge le Kalif chargé de la programmation. La dame du rez-de-chaussée, devant l’appartement de laquelle est installée la scène et qui doit en prendre plein les oreilles, ouvre sa fenêtre et fait une photo dont l’usage futur est incertain : envoi à la Mairie pour se plaindre de ces garçons en jupe rouge orangée faisant de la musique bruyante sur le pétanquoir ou envoi à sa copine Jeannine avec en commentaire « T’as vu y a la télé devant chez moi ».

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Dans le train Rouen Paris de sept heures cinquante-cinq, ce mercredi, je lis ou plutôt relis Nous aurons encore de mauvais moments de Rafael Sánchez Ferlosio (Rivages Poche). Devant moi, un membre de l’Eduction Nationale oublie que ce sont les vacances en travaillant via son ordinateur à la plaquette de rentrée deux mille quatorze de son collège de La Courneuve. Il s’agit d’impressionner les parents : « Tout le collège est câblé », « Projet littérature : L’écriture à partir du sensible, avec Serge Bianco », etc.

     D’un coup de métro, j’arrive un peu avant dix heures à Ledru-Rollin, juste le temps de boire un café au comptoir du Café du Faubourg avant l’ouverture de Book-Off où les rayonnages sont un peu dépourvus. Tandis que je farfouille, un homme venu pour vendre des livres se fait agresser verbalement par l’une des employées. Elle ne veut plus le voir ici avec ses livres abîmés, sûrement récupérés dans des poubelles. Au prétexte qu’il vient souvent, elle le traite de professionnel, ce qui met cet homme hors de lui. Il lui conseille de ne pas traîner vers chez lui et repart avec ses lourds sacs. Quoi de plus jouissif pour cette fille qui doit gagner le salaire minimum que de s’en prendre à plus pauvre qu’elle. Je ne lui dis pas son fait, lâchement, je vends des livres aussi parfois.

    Après une cuisse de canard confite pommes sarladaises au Péhemmu chinois d’à côté, je rejoins à pied le Centre Pompidou pour y voir le nouvel accrochage de l’étage dédié à l’art contemporain. Il y est question surtout d’Histoire, celle avec sa grande hache comme disait Perec, une sorte de préparation à la Troisième Guerre Mondiale. Je n’accroche pas et passe plus de temps à regarder les visiteuses et visiteurs que les œuvres.

    Tandis que je prends un café à La Mezzanine, la pluie se met à tomber et le reste de ma journée parisienne se passe sous le parapluie.

    *

    À La Mezzanine, une mère à son cinq ans : « Alexandre, si t’es sage, on ira manger une glace après l’exposition, une bonne glace, chez un des meilleurs glaciers de Paris. »

    Alexandre : « Nan, nan, nan. »

    *

    Avions de guerre survolant le bus rue de Rivoli, ce n’est point le début de la Troisième, mais le Quatorze Juillet qui se prépare.

    *

    Contre la pluie, le touriste se vêt d’une bâche (verte, rose, incolore), une tenue qu’il n’accepterait pas dans son village mais qu’à Paris il trouve seyante.

    *

    Parmi les livres rapportés à Rouen : le curieux « roman ? » Le mode interrogatif de Padgett Powell, deux cent trente-deux pages de questions n’ayant souvent rien à voir les unes avec les autres, publié en France par rue fromentin, éditeur inconnu de moi.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Le jour se rapproche qui sera celui de mon départ en vacances, dimanche vingt juillet, sans que je sache où aller. Ce pourrait être l’occasion de concrétiser le projet fantasmé que je faisais avec celle qui ne sera pas à mes côtés : s’en remettre au hasard en suivant les pancartes « Toutes Directions » (en cas d’absence d’une, aller tout droit, si pas possible d’aller tout droit tourner à droite).

    De « Toutes Directions » en « Toutes Directions », on arriverait quelque part, en un endroit mystérieux.

    Cependant, je crains que cet endroit ne soit une bourgade où pour rien au monde je n’aurais envie de passer même une seule nuit.

    Je m’en remettrai donc à la carte routière, comptant sur moi pour me perdre et finissant par trouver le lieu qui me conviendra, où il fera beau et pas trop chaud, qui ne me rappellera pas de bons souvenirs à deux, ni trop fréquenté ni désert, où l’on vit encore comme après-guerre mais avec une connexion ouifi.

    *

    Tentative d'acheter des vêtements d’été en solde. Rien qui me plaise ou ne soit à ma taille. Une vendeuse : « Vous cherchez du noir, estimez-vous heureux si vous trouvez du moins vingt pour cent, c’est une couleur indémodable, qu’on est sûr de vendre. »

    Partager via Gmail Yahoo!

  • S’il est une chose que je ne supporte pas c’est d’attendre, surtout si le temps d’attente est indéterminé. Combien de fois ai-je maudit qui j’attendais et n’était pas à l’heure, l’accusant de me voler une parcelle du peu de temps qui me reste à vivre. Combien de fois, même, ai-je fait demi-tour dans une pharmacie, impatienté par le client précédent qui n’en finissait pas de s’épancher sur sa maladie avec le commerçant de médicaments.

    Ce lundi après-midi, allant promener ma petite voiture, je constate en quittant l’île Lacroix que la circulation, toujours perturbée par la destruction du pont Mathilde, est étonnamment importante sur les ponts et les quais rouennais. Au retour, c’est pire, me voici bloqué à mi-côte avant même d’avoir atteint l’église Saint-Paul. Je fulmine cinq minutes, puis comme rien ne bouge, profitant d’être dans la voie de gauche, j’opte pour un demi-tour audacieux en franchissant la ligne blanche et redescends jusqu’à la Seine. Par une route qui en est à peine une, je longe le fleuve jusqu’à être au plus près du centre de la ville et ne pouvoir aller plus loin. J’abandonne ma voiture près de la déchetterie et, par le quai, gagne mon domicile à pied, ce qui ne me prend que dix minutes.

    Un quart d’heure plus tard, je suis assis en terrasse à l’Interlude au bout de la rue Eau-de-Robec.

    Le soir venu, je vais rechercher ma voiture par ce même quai où sont amarrées définitivement des péniches dont certaines ruinées. Il y pousse de nombreux arbustes à papillons odoriférants, mais de papillons, macache. Cet animal est en voie de disparition sans que nul ne semble s’en soucier, ni même s’en apercevoir.

    *

    Une femme dans la plus grande bouquinerie rurale de Normandie : « Eh bien, il y en a des gens qui écrivent ! »

    *

    L’une, dans un café : « Auto entrepreneur, ma mère l’a fait. Je me suis dit que si ma mère l’a fait, je peux le faire aussi. »

    *

    Deleuze l'a ainsi dit, tout écrivain écrit en langue étrangère.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Dimanche tôt je prends l’autoroute qui s’en va de Rouen en direction d’Yvetot, du Havre ou Fécamp mais je ne vais pas jusqu’à la ville chantée par Nilda Fernandez du temps qu’il se prénommait Daniel, je la quitte par la sortie numéro deux, direction La Vaupalière. Je me gare à l’entrée. C’est vide grenier. Les voitures sont embouteillées. Le ciel est plombé.

    Tant que le vent souffle, et il le fait bien, il ne devrait pas trop pleuvoir, me dis-je, cherchant le plus court chemin pour rejoindre à pied le lieu du déballage. C’est un pré boueux, que je découvre, n’étant jamais venu dans ce village. Des hommes du pays en gilet jaune accueillent les véhicules des exposant(e)s que d’autres en vélo, véloces, conduisent jusqu’à leur emplacement.

    Je vais et viens dans les allées sous quelques gouttes. J’y croise plusieurs fois un homme en tenue de berger qui semble chercher ses moutons. Parfois un parasol décolle, suscitant des cris de frayeur. J’entends l’habituelle plaisanterie : « C’est une belle journée pour un mois d’octobre » et les projets de vacances des un(e)s et des autres. L’un partira à la montagne car on y vit encore comme après-guerre. Le temps d’éviter une averse, je prends un café sous la tente, Soixante centimes, c’est son prix, il ne vaut pas plus. Pour utiliser les toilettes, c’est trente centimes. Je préfère uriner contre un mur municipal.

    J’ai quelques livres dans mon sac quand je retraverse la moitié de La Vaupalière pour retourner à ma voiture, dont les Cahiers 1918-1937 du comte Kessler (Cahiers Rouges/ Grasset), journal d’un diplomate allemand amateur d’art entre les deux guerres, n’ayant vu des commerces du village que le salon de coiffure Bereng’hair.

    A peine garé dans l’île Lacroix, je vois venir à moi un mur de pluie. Je me réfugie sous l’abribus, collé contre la vitre du fond, en compagnie d’un gros chien et de son propriétaire. Je repars quand ça se calme un peu et arrive à la maison draché. Ce n’est que le début d’un dimanche d’incessante pluie et j’en imagine les conséquences sur le pré déjà boueux de La Vaupalière.

    *

    Ce dimanche pluvieux tourne au soleil quand arrive à seize heures celle venue goûter de macarons, m’ayant déjà tenu compagnie samedi, venue de Paris pour ce faire, avec déjeuner à volonté chez Sushi Tokyo, rue Verte, et boisson chaude et aubade improvisée au piano à l’Ubi, rue Alsace-Lorraine, bien installés dans le vaste canapé noir.

    Partager via Gmail Yahoo!




    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique