• Ce samedi après-midi, le Cent Six, salle de musiques zactuelles, repris par ses délires mythomaniaques, lâche ses chars et ses fanfares dans la ville de Rouen. A seize heures, je suis donc devant le cinéma Omnia, rue de la République. Là s’expriment les membres ensanglantés de Born To Brass, des échappés d’un film d’horreur qu’apprécie particulièrement un échappé de l’asile, mais ils ne font même pas peur aux enfants.

    Au bout du pont Corneille, le gyrophare de la Police annonce l’approche de chars. Ils sont au nombre de quatre, suffisamment impressionnants, et suivis du Bouzouc, le dragon mythique venu du Grand Nord, dont je n’arrive pas à comprendre le système de locomotion. Lui fait vraiment peur aux enfants, ce qui est assez jouissif.

    Quand les quelques policiers ont réussi à bloquer la circulation, le cortège, dans lequel s’est glissé Born To Brass, remonte la rue de la Rép et fait une pause devant l’église Saint-Maclou où se fait entendre le Jaipur Maharaja Brass Band, tout droit venu de Bollywood.

    Je prends de l’avance par la rue Damiette et arrive devant l’Hôtel de Ville où se prépare La Fanfare électrique, orchestre ambulant plutôt que fanfare, composé de garçons vêtus de costumes roses (un ingénieux système leur permet de déplacer leur sono en marchant). Jean-Christophe Aplincourt, Directeur du Cent Six, est avec eux qui me salue. Ce garçon semble étranger à tout stress alors qu’il est quand même en train de mettre un joli foutoir dans le centre ville le jour où il est le plus fréquenté.

    A l’approche des chars, la Fanfare électrique donne une idée de son répertoire, composé de standards du rock’n’roll, des reprises accompagnées d’audacieuses chorographies, hélas perturbées par des photographes peu discrets, dont un chargé de propagande de la Mairie de Rouen qui finit par terre comme les panthères roses, oh la jolie photo.

    Chars et fanfares remontent ensuite la rue du Canuet, mais je ne suis pas.

    *

    Couple de trentenaires se tenant par la main dans les rues de Rouen : Elle en pantalon. Lui en chorte. Elle promène son petit garçon.

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  • Dans le ciel bleu, la lune est ronde. Météo France avait annoncé des « averses éparses » mais il fait beau ce samedi matin. Par le boulevard Industriel je me rapproche de Oissel. Au rond-point des Vaches, mondialement connu, une banderole interroge : « Contournement Est : mort aux vaches ? ». J’en déduis que la future déviation de Rouen (attendue depuis des décennies) doit passer par là et que localement on n’est pas d’accord (pas dans le jardin des vaches).

    Parvenu à Oissel, je m’y gare après la gare. Il est fort tôt et se trouvent sur place vingt acheteurs pour un exposant. Ces derniers finissent néanmoins par arriver, l’un d’eux roulant sur la marchandise d’un plus matinal (écrasé, c’est vendu).

    Après plusieurs allers et retours dans les rues de ce bourg de banlieue rouennaise où l’on a voté aux municipales pour l’Union de la Gauche et aux européennes pour la fille Le Pen, j’ai dans mon sac quelques livres dont deux volumes autoédités par Stéphane Bourgoin « spécialiste mondialement reconnu des tueurs en série, conférencier de l’École de Gendarmerie Nationale » : Almanach du Crime & des Faits Divers et Le Nouvel Almanach du Crime & des Faits Divers ainsi que Journal Intime d’Alfred de Montel, ouvrage richement illustré de photographies pornographiques de la Belle Epoque et parsemé de textes de diverses origines calligraphiés avec application, édité par Défi en quatre-vingt-huit : « L’Editeur remercie vivement : Messieurs Bourgeron et Gontier pour leur collection photographique, Monsieur Antoine Perruchot pour le choix des textes, Monsieur Guy Alliot pour la calligraphie ». Je dis également merci à messieurs Bourgeron et Gontier.

    *

    A la date du quatorze juin, Stéphane Bourgoin signale la naissance, en mil neuf cent quarante-six, du docteur Shipman, le serial killer le plus prolifique de tous les temps (deux cent trente-six victimes en vingt-quatre ans). L’un de mes amis du réseau social Effe Bé, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire (né le même jour mais pas la même année), veut en savoir plus sur cet intéressant docteur. Il interroge Internet et constate que le champion des tueurs est en fait né le quatorze janvier.

    Heureusement, je n’ai payé qu’un euro chaque les livres de ce spécialiste mondialement reconnu des tueurs en série.

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  • J’aurais aimé en savoir plus que ce que j’ai lu ailleurs sur les passages au Moulin d’Andé de François Truffaut (qui y tourna Les Mistons et une partie de Jules et Jim) et de Georges Perec (qui y travailla à La Disparition), ce Moulin d’Andé dont Maurice Pons est l’occupant quasi permanent depuis des décennies par le bon vouloir de celle qu’il appelle la meunière, Suzanne Lipinska, avec qui je l’ai longtemps pensé en couple (alors que ce n’est pas le cas) mais je n’apprends rien qui m’importe de la lecture faite au bord de la Seine à Paris de ses Souvenirs littéraires et quelques autres publiés aux Editions du Rocher. Le cinéaste et l’oulipien sont expédiés, l’auteur préférant s’épancher sur ses rencontres avec Simone Signoret à qui il fit écrire La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

    En épigraphe de ce livre de souvenirs, Maurice Pons n’hésite pas à citer le propos d’un des personnages de son roman Les Saisons : Je suis venu ici pour partager avec vous le pain des mots et le vin de la phrase. Rien n’est plus éloigné de moi que cette écriture lyrico-poétique, aussi quand j’ai eu, il y a fort longtemps, Les Saisons en main, l’ai-je abandonné au bout de quelques pages. De ses autres romans, je ne me suis pas approché.

    Rien ne me paraît plus flatteur que d’entendre louer mes ouvrages de jeunesse, rien ne me donne plus de satisfaction que de les voir un à un, année après année, réédités. écrit Maurice Pons qui ne doute pas de son talent et ne cesse de se faire des compliments, autre raison de mon déplaisir.

    *

    Du temps que j’habitais à Val-de-Reuil, faisant du stop à la sortie d’Andé, je vis arriver la petite voiture de Maurice Pons. Il ralentit, me jaugea, puis remit la gomme.

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  • Ce mercredi, nonobstant la grève des cheminots, malgré le mail de la Senecefe me conseillant de reporter mon voyage, je suis à la gare de Rouen. J’en profite même pour prendre un train plus matineux que celui pour lequel j’ai un billet. Bien qu’ayant quarante minutes de retard à l’arrivée à Paris, il y est trente minutes avant celui que j’aurais dû prendre.

    J’ai donc le temps de boire un café verre d’eau au Café du Faubourg en terrasse et au soleil avant qu’ouvre Book Off. J’y entre au lever de rideau et me livre à mon occupation habituelle.

    Au sortir, un pompier tente de me vendre un billet de tombola.

    Après un déjeuner à l’Hostellerie de l’Oie qui Fume, je vais voir s’il y a quelque chose pour moi chez Gibert Jeune. Un homme s’étonne de la rapidité avec laquelle je passe en revue les livres proposés dans les bacs de trottoir. Il n’a jamais vu quelqu’un procéder aussi vite. « C’est parce qu’il n’y a rien d’intéressant aujourd’hui » lui dis-je. Il a cette réponse de spécialiste : « On n’est jamais sûr de ne pas trouver quelque chose ».

    Pour fuir la chaleur, je me replie sous un arbre et sur un banc au bord de la Seine et regarde passer les péniches et les promène-touristes tout en lisant Souvenirs littéraires et quelques autres de Maurice Pons, une opération qui ne demande pas grand effort.

    En fin d’après-midi, je passe au second Book-Off puis vite fait Chez Léon car il me faut aussi anticiper le retour, le train pour lequel j’ai un billet ne circulant pas. Celui qui me ramène à Rouen est une étuve et s’arrête même à Rosny-sur-Seine et à Bonnières. J’ai donc le temps de feuilleter mes livres du jour parmi lesquels Lettres à Edward Weston (1922-1931) de Tina Modotti (Anatolia) et Tasman Orient de F.J. Ossang (Diabase). Ce dernier est orné d’un envoi de l’auteur à un certain Pierre-André dont je n’arrive pas à déchiffrer le patronyme « en attendant un prochain film, amicalement, toujours aux frontières ». Suit le numéro de téléphone de F.J. Ossang dont je n’userai pas.

    *

    Les panneaux lumineux l’annoncent : si l’on veut devenir éclusier à Paris, c’est le moment de s’inscrire au concours.

    *

    Un jeune homme au café, parlant de lui-même :

    -Vingt-neuf ans. Tu cherches plus une copine. Tu cherches la mère de tes enfants.

    *

    Non seulement il me faut entendre des émissions consacrées à la coupe du monde de foute sur France Culture, mais aussi, en guise d’illustration sonore, cette musique brésilienne mollassonne qui m’insupporte.

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  • Ce dimanche après-midi, je suis en fond d’orchestre à l’Opéra de Rouen, rang surélevé, pour La Finta Giardiniera, opéra peu connu de Wolfgang Amadeus Mozart, son septième, composé à l’âge de dix-neuf ans. A la place restée libre à ma gauche s’assoit, cinq minutes avant seize heures, une étudiante à cinq euros.

    Le décor se compose d’un grand mur où s’ouvre une porte, de deux chaises et trois roses à bascule, d’un rideau végétal descendant des cintres. A l’avant-scène est installé un piano-forte aux mains d’une musicienne dont le nom ne figure pas dans le livret programme. En sont également absents ceux des musicien(ne)s de l’Orchestre qui sont dans la fosse, comme il se doit, dirigé(e)s par le chef allemand Andreas Spering.

     La Finta Giardiniera, dont le livret est dû à Giuseppe Petrosellini, raconte une histoire d’amour contrarié pleine de quiproquos et de rebondissements qu’il est peu utile d’essayer de comprendre. L’important est la musique et elle est à mon goût, bien jouée et bien chantée. Quant à la mise en scène de Vincent Boussard, qui repose surtout sur des entrées et des sorties, elle me va tout à fait.

    -C’est fini ? me demande ma voisine quand c’est le moment de l’entracte.

    Pendant celui-ci, certains avouent trouver ça long mais un autre se désole que l’on ait sucré un passage très drôle dans lequel le Comte fait en détail sa généalogie.

    -C’est la première fois que vous voyez un opéra ? demandé-je à ma voisine quand nous rejoignons nos places.

    -Oui, c’est la toute première fois, me répond-elle avec l’accent d’Afrique.

    -Et ça vous plaît ?

    -Oui, cela me plaît énormément.

    Un garçon de son âge descendu du second balcon s’installe à sa gauche en place d’une spectatrice disparue et l’entreprend sur l’argument : « À quel acte en est-on vraiment ? ». Derrière nous, deux vieilles aigries se plaignent de la chaleur et du décor minimaliste : « Deux chaises et trois fleurs, c’est se foutre du monde ». Elles devraient être satisfaites par la suite car chaises et roses à bascule se sont multipliées. Je le suis moins quand l’action vire côté cauchemar et hallucination avec effets spéciaux confiés à une rangée de draps étendus sur un fil ainsi qu’à la vidéo. Reste la musique du précoce et talentueux Mozart. Après l’heureuse fin qui permet à la fausse jardinière d’épouser le Comte, j’applaudis fort, comme beaucoup. Ce n’est néanmoins pas un triomphe.

    Il est dix-neuf heures quinze. Je souhaite une bonne soirée à ma voisine et rentre à la maison avant l’orage.

    *

    Après l’Opéra de Rouen et sa prochaine saison présentée en mai, voici Automne en Normandie qui invite à découvrir son programme en juin, puis Le Rive Gauche se lance lui aussi dans la course au spectateur, puis c’est le tour du Centre Dramatique National de Haute-Normandie qui donne dès maintenant rendez-vous en septembre pour sa présentation de saison.

    J’appelle ce dernier pour réserver une place. C’est un robot musical polyglotte qui me répond et me fait patienter au-delà de ma patience. Je raccroche, rappelle une demi-heure plus tard. Une voix vivante m’apprend qu’il faudra rappeler le premier septembre. Cela suffit à me faire passer l’envie.

    *

    Que présentation rime avec précipitation en dit long.

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  • Dimanche matin, ce n’est pas le réveil qui me tire du sommeil à cinq heures mais, trois quarts d’heure plus tôt, un gémissement féminin caractéristique. Je pousse le rideau et regarde ce qu’il en est, découvrant une fille nue et un garçon tout autant la besognant debout contre le mur de la voisine absente, juste au-dessous de la fenêtre de ma chambre, dans le jour naissant.

    C’est surtout lui qui est visible, au crâne rasé et au corps athlétique. Elle n’est pas mal faite non plus, brune aux cheveux ondulés, mais malheureusement je la distingue moins, cachée qu’elle est par la pénombre. Elle jouit bruyamment puis se penche pour le sucer. Ce mouvement déclenche la minuterie de l’entrée. Je les vois mieux, pas surpris de le découvrir bien monté. Quand il a joui dans sa bouche, ils se font un long câlin, puis il ramasse sa robe à carreaux et la lui remet tendrement. Il la tourne alors vers le mur. Elle y prend appui. Il la trousse et la lèche par derrière, lui donne une claque sur la fesse qui résonne étonnamment. Elle gémit sous la langue de son amant puis se retourne et lui remet son ticheurte noir tandis qu’il remonte son pantalon. Le spectacle est terminé. Je laisse retomber le rideau. Bientôt, j’entends la porte signalant leur sortie.

    Comment sont-ils arrivés là ? Sans doute en utilisant la méthode un peu brutale qui permet d’ouvrir la porte cochère sans utiliser la clé, que pratique notamment le propriétaire du troisième étage et qu’il a apprise à ses ouvriers quand il faisait faire des travaux chez lui. C’est peut-être l’un d’entre eux, ayant dit à cette fille : « Je connais un bel endroit pour baiser. »

    Je ne peux me rendormir après ça, qui me donne à cogiter dans plusieurs directions. A cinq heures, je sors du lit puis de la douche et là, il pleut. Les vide greniers sont une nouvelle fois compromis.

    Pas d’Andé pour cause d’ondée, c’est trop loin, c’est trop risqué. J’opte pour Tourville-la-Rivière où j’arrive après avoir passé avec succès l’alcooltest de la gendarmerie au rond-point des Authieux (d’autres ayant moins bien réussi ont également droit au chien renifleur). Il n’est pas encore tombé une goutte dans ce village que côtoie la vaste et hideuse zone commerciale aujourd’hui déserte. Je fais le tour du déballage deux fois, sans succès, repasse par Rouen où il pleut toujours, et, par la Sud Trois, j’atteins l’avenue des Provinces au Grand-Quevilly où il ne pleut plus. Je ne trouve pas davantage de quoi me satisfaire dans toute cette marchandise mouillée.

    *

    Aucun(e) voisin(e) pour profiter avec moi du spectacle matutinal. Tou(te)s endormi(e)s, sauf sans doute la vieille Anglaise (il y avait de la lumière derrière le carton qui lui sert de rideau).

    *

    Nue pas tout à fait la fille collée contre le mur, ayant gardé ses bas blancs.

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  • Ce samedi chaud, des voisins, tous propriétaires, passent la soirée autour d’une table dans le jardin, mangeant buvant et parlant fort. Rassemblés par le hasard de la proximité, ils n’ont pas de véritable conversation. Leurs échanges consistent en une suite ininterrompue de plaisanteries, source de rires bruyants vite énervants, qui m’obligent à aller dormir dans la petite chambre. Je dois me lever tôt.

    Et je le fais, surpris de découvrir un ciel plombé et l’orage menaçant les vides greniers du samedi. Néanmoins, je prends la route d’Alizay, bourgade dont le Maire communiste offre chaque année à ses administrés un concert à la guimauve qui donne une idée de l’image qu’il se fait d’eux (cette année ce sera François Valéry). Je me gare au lieu-dit Les Diguets, passe sous la voie de chemin de fer et fais le tour des exposants installés (un sur deux) sans rien acheter.

    Craignant l’arrivée de la pluie, je file à Val-de-Reuil, ville qui m’est devenue moins sympathique depuis que ses habitant(e)s, après avoir voté massivement pour les deux listes de gauche aux municipales, ont mis en tête aux européennes la fille Le Pen. Innovation bienvenue, le vide grenier se tient cette année dans deux larges rues perpendiculaires proches de celle où j’ai habité durant pas mal d’années. Ici, le déballage est totalement installé et j’y trouve les ramettes de papier que je cherchais depuis un moment ainsi qu’un téléphone à fil.

    J’ai bien fait de ne pas traîner, les premières gouttes tombent sur mon pare-brise à l’entrée de Rouen.

    *

    Elle enterre sa vie de jeune fille déguisée en lapine, ce qui promet pour la suite.

    *

    « Goûte la baguette, elle est du meilleur ouvrier de France, oui, tu vas voir, elle est à mourir et encore, c’est la baguette normale. » (une qui a besoin de savoir que c’est bon pour trouver ça bon).

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  • Je suis de retour à l’Ubi ce vendredi soir, où se tient désormais la Mam Galerie, pour le vernissage de l’exposition d’Emmanuel Lagarrigue quelque chose suit son cours. Y arrive l’homme au chapeau, qui porte celui d’été, preuve qu’il fait beau. Il m’offre un verre de vin blanc et nous devisons tandis qu’à côté on s’affaire aux derniers préparatifs.

    L’installation d’Emmanuel Lagarrigue relevant de l’art conceptuel, on a intérêt à lire les explications avant de visiter, ce que je fais, sachant bientôt que les poutres assemblées faisant sculptures ont des tailles correspondant aux lettres de l’alphabet (de A dix centimètres à Z deux cent soixante centimètres), que les haut-parleurs diffusent le texte intégral chuchoté de Mal vu, mal dit de Samuel Beckett et que le jeu de lumière réagit au code qu’utilisait Benjamin Constant dans son Journal (de Un pour jouissance physique à Dix-Sept pour réconciliation).

    Je me promène un peu dans « cet espace ouvert, acteur d’une pièce mentale que je joue physiquement ». Imperméable comme je le suis à toute rêverie organisée par autrui, je n’en retire pas grand-chose.

    L’homme au chapeau semble déconcerté. Je lui conseille d’imaginer qu’il se promène dans un jardin japonais et cela va un peu mieux.

    Il part plein d’allant vers une longue nuit musicale au Cent Six et je rentre à la maison sans boire davantage, pas question de quitter l’Ubi cuité.

    *

    Au marché du Clos Saint-Marc, vendredi matin, un livre à la couverture rose fluo m’appelle. Je l’obtiens contre un euro. C’est, publié par Le Sagittaire en mil neuf cent soixante-dix-huit, L’amour est un chien de l’enfer de Charles Bukowski. Je l’ouvre au hasard :

    je ne peux écrire

    que ce que j’ai vécu.

    quand le téléphone sonne

    j’aimerais beaucoup

    entendre des mots

    qui me soulageraient.

    c’est pour cela que mon numéro

    est dans l’annuaire.

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  • Le sous-sol de l’Ubi, lieu artistique rouennais mutualisé, rue Alsace-Lorraine, est l’endroit où s’épanouissent des apprentis artistes de toute nature et ce jeudi, en fin d’après-midi, quatre y donnent rendez-vous pour une exposition/performances sur le thème des métamorphoses.

    J’y suis à l’heure dite, buvant un café en attendant que la chose commence avec retard, quand s’assoit à ma table un quinquagénaire qui engage la conversation.

    Il est né en Tunisie, a passé sa jeunesse dans le Var où il s’est bien amusé « au temps des fleurs » et vit maintenant à Notre-Dame-de-Bondeville où il s’ennuie « au temps de pleurs ».

    -C’est à dix kilomètres de Rouen mais il faut quarante minutes pour venir en bus ou en voiture.

    Il est artiste amateur, joueur de guitare et de luth tunisien, et espère rencontrer ici de ses semblables. Il est fort marri quand je lui apprends qu’il n’y a là que des professionnel(le)s.

    Il me demande quel est mon travail. Je suis donc obligé de lui poser la même question. Electricien, me dit-il. Comme j’ai ouï dire que le bâtiment de l’Ubi a des problèmes dans ce domaine, je lui suggère d’aller faire connaître cette compétence auprès de Camille qui sert au bar, ce qu’il fait, mais quand il revient il m’avoue qu’il n’a pas travaillé dans ce domaine depuis vingt ans.

    Durant cette conversation est arrivée une vingtaine de jeunes gens, ami(e)s de celles et ceux qui doivent s’exprimer ce soir. Quand cela finit par commencer, tout le monde descend. L’une des artistes en formation annonce le programme. Il y en aura pour une heure et demie.

    Le premier à s’exprimer est un jeune homme qui fait dans l’electro devant un écran où se métamorphosent des calligraphies. Je fais le tour de l’exposition de dessins accrochés aux murs, qui ne me disent rien, puis écoute la musique un moment. Certain(e)s sont déjà remonté(e)s, une majorité, dont le guitariste amateur. D’autres peu nombreux restent et s’assoient sur le sol. Le garçon musicien semble lancé pour longtemps. Je remonte à mon tour et quitte les lieux constatant qu’une fois encore dans ce genre de manifestation la plupart des présent(e)s préfèrent boire, fumer et discuter sur le trottoir.

    *

    Au Son du Cor où je bois un café à midi, une lycéenne parlant à sa mère au téléphone : « Allo maman, je sèche les cours. (…) Bah, tu fais comme tu veux, soit tu les appelles, soit t’attends qu’ils t’appellent. (…) Bah, tu leur diras que j’ai mal au ventre. (…) Bon, je te laisse parce que j’ai envie de faire pipi. »

    *

    Même endroit, autre table :

    -Ça va bien ?

    -Bah oui, tu vois, une famille épanouie.

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  • Dans la gare de Rouen ce mercredi un peu avant huit heures passe et repasse Alain Rault aka le Playboy Communiste dont les calligraphies murales sont parfois dérobées par des spéculateurs collectionneurs d’art. Hirsute, caché dans sa couverture, il effraie les deux jeunes Japonaises à qui il demande un euro. Une femme d’origine africaine (comme on dit) se déplace pour venir lui donner une pièce. Perdu dans son monde intérieur, il n’en est pas moins capable de se débrouiller du monde moderne comme le montre sa maîtrise du distributeur automatique où il prend un café.

    Je descends voie Trois et grimpe dans le train de huit heures sept pour Paris. Près de moi voyagent une femme, son fils homo et le copain de celui-ci. Ils partent à New York et étudient fébrilement le plan du métro. Up, c’est pour monter. Down, c’est pour descendre.

    Un peu après dix heures, je sors de terre à la station Ledru-Rollin et aperçoit de l’autre côté de la rue celle avec qui j’ai rendez-vous, grâce à qui je suis allé à New York il y a bientôt deux ans. Elle me fait signe de la main mais avant que j’aie eu le temps de lui répondre le garçon à ma gauche l’a déjà fait.

    C’est un ancien de l’Ecole Boulle qu’elle n’avait pas revu depuis la fin de leurs études communes. Elle échange quelques mots avec lui puis nous prenons une boisson chaude au Café du Faubourg. Ce tête-à-tête m’est bénéfique.

    Après un passage chez Book-Off où nous amuse le livre à un euro que personne ne voudra acheter : Changer de destin par François Hollande, mais où je trouve en revanche quelques livre du même prix à mon goût, nous allons déjeuner place d’Aligre en terrasse de La Grille, un restaurant où le menu du jour semble ne jamais changer mais est bien bon et dont le patron est fier des drapeaux qu’il a cousus sur la façade en prévision de la coupe du monde de foute. La fin du marché s’offre en spectacle et l’auvent nous protège de la pluie qui s’intensifie. Salade d’avocat et de saumon fumé, tagine de poulet, le problème vient du dessert unique, le fondant au chocolat que lui interdit l’allergie, pas moyen de le remplacer par autre chose qu’un thé à la menthe.

    Il nous faut nous quitter à la fin du repas. Le travail l’appelle du côté de la Bastille. Depuis le bus Quatre-Vingt-Six, j’ai une dernière image d’elle qui me fait un signe de la main. Elle a fière allure sous son parapluie.

    Je descends à Cluny. La pluie ne cessant, je vais de Gibert en Boulinier puis reprends le bus Vingt-Sept qui me dépose pas loin du Book-Off de l’Opéra où je furète longtemps avant de terminer la journée comme souvent Chez Léon.

    Sur la table près de mon café verre d’eau sont empilés mes livres à un euro du jour parmi lesquels deux sont consacrés à des artistes marginaux cousins du Playboy Communiste : Le Prince de Palagonia de Giovanni Macchia (Quai Voltaire) qui évoque le constructeur de la villa baroque sise à Bagheria « muré dans son rêve de pierres » et Storr (Architecte de l’ailleurs) de Françoise Cloarec (Phébus) consacré au cantonnier de la ville de Paris créateur de soixante-douze dessins « représentant cathédrales lumineuses, bâtiments exotiques et cités utopiques ». Ce dernier ouvrage fut dédicacé à Daniel Greiner le treize novembre deux mille dix à Trouville par l’auteure (entre les pages : une petite carte avec l’adresse, le numéro de téléphone et l’adresse mail de cette dernière).

    *

    Autres livres rapportés de Paris : Le sec et l’humide de Jonathan Littell (L’Arbalète/Gallimard) sur le nazi belge Léon Degrelle, Marie de Régnier de Robert Fleury (Plon), Petits Contes licencieux des Bretons (Terre de Brume Editions), Saul Steinberg (Delpire).

    *

    La dame triste chez Book-Off qui demande un livre sur la dépression au travail.

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