• Lolo Ferrari de Michel Fourgon à l’Opéra de Rouen

    Dimanche après-midi, à l’Opéra de Rouen, c’est la deuxième représentation de Lolo Ferrari, une création mondiale due à un trio belge : le compositeur Michel Fourgon, le librettiste Frédéric Roels (par ailleurs maître des lieux) et le metteur en scène Michael Delaunoy. J’arrive suffisamment en avance pour entendre sans écouter la présentation qu’en fait un intervenant pédagogique. L’histoire, on la connaît. Sa représentation sous forme d’opéra est susceptible de faire fantasmer ceux qui aiment les gros lolos. Pas moi donc, qui n’aime que ceux chantés autrefois par Daniel Balavoine.

    Je suis en corbeille, bien placé, pour suivre cette narration chantée que je trouve acceptable mais qui ne m’excite pas l’esprit (comme aurait dit Léautaud), ni l’oreille. Je ne sais ce qu’il en est du reste du public. Les applaudissements sont mesurés.

    Dans sa note d’intention, Frédéric Roels déplore que beaucoup d’opéras créés ces dernières décennies n’aient pas trouvé leur public. La faute, dit-il, à « un livret soit à trop grande prétention formelle, soit trop conventionnel par rapport à la forme musicale investie. » Il évite ces deux écueils, mais je ne suis pas certain pour autant que Lolo Ferrari soit donné ailleurs qu’ici.

    Je rentre par un vent frisquet. De la neige est annoncée dans ses bagages.

    Le soir venu, je poursuis la lecture du Dictionnaire Flaubert de Jean-Benoît Guinot (CNRS Editions) et arrive à l’entrée « Téton ». Elle est illustrée par un extrait d’une lettre envoyée à son ami Louis Bouilhet par Gustave, âgé de vingt-neuf ans, le dix février mil huit cent cinquante et un. Je ne suis pas surpris d’y lire que Flaubert, lui les aurait aimés les airbags de Lolo Ferrari, ces seins énormes qu’il compare à des citrouilles et qui lui donnent une drôle d’idée :

    Et c’est qu’il y en a, monsieur, tant d’espèces de tétons différents. Il y a le téton pomme, le téton poire, -le téton lubrique, le téton pudique, que sais-je encore ? Il y a celui qui est créé pour les conducteurs de diligences, le gros et le franc, téton rond que l’on retire de dedans un tricot gris, où il se tient là bien chaudement gaillard et dur. Il y a le téton du boulevard, lassé, mollasse et tiède, ballotant dans la crinoline, téton que l’on montre aux bougies, qui apparaît entre le noir du satin, sur lequel on frotte sa pine, et qui disparaît bientôt. Il y a les deux tiers de tétons vus à la clarté des lustres au bord des loges de théâtre, tétons blancs et dont l’arc semble démesuré comme le désir qu’ils vous envoient. Ils sentent bons, ceux-là, ils chauffent la joue et font battre le cœur. Sur la splendeur de leur peau reluit l’orgueil, ils sont riches et semblent vous dire avec dédain : « Branle-toi, pauvre bougre, branle-toi, branle-toi. » Il y a le téton canaille, fait comme une gourde de jardinier à mettre des graines, mince de base, allongé, gros du bout. C’est celui de la femme que l’on baise en levrette, toute nue, devant une vieille psyché en acajou plaqué. Il y a le téton desséché de la négresse qui pend comme un sac. Il est sec comme le désert et vide comme lui. Il y a le téton de la jeune fille qui arrive de son pays, ni pomme, ni poire, mais gentil, convenable, fait pour inspirer des désirs et comme un téton doit être. (…) Il y a enfin le téton citrouille, le téton formidable et salopier, qui donne envie de chier dessus. C’est celui que désire l’homme, lorsqu’il dit à la maquerelle : « Donnez-moi une femme qui a de gros tétons. » C’est celui-là qui plaît à un cochon comme moi, et j’ose dire, comme nous.

    *

    Rouen sous la neige, les travaux de repavage des bordures du jardin sont stoppés. Point d’ouvriers ce mardi avec qui échanger quelques mots quand je vais chercher mon courrier, deux jeunes gens courageux et un patron nature. Celui-ci l’autre jour me montrant les bâtiments à pans de bois qui entourent le jardin : « C’est vieux tout ça, c’est des vieilles baraques. »

    *

    Un passant glissant la tête par la porte entrouverte :

    -C’est les pavés de Soixante-Huit, vous les remettez ?

    *

    Je ne suis pas mécontent de mon jeu de mot sur la visite de Hollande en Côte d’Or : « Le mou tarde à Dijon ». J’espère que Le Canard Enchaîné ne va pas me le piquer.

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