• Modernités plurielles de 1905 à 1970 au Centre Pompidou

    Rouen sous la pluie à six heures vingt du matin, nul autre bruit que le chant d’un merle aussi seul que moi.

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    Au Café du Faubourg, lisant Libération avant l’ouverture du Book-Off de la Bastille j’apprends que la future Maire de Nantes a trente-quatre ans et que le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est le caillou dans sa chaussure.

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    Je savais que l’étage consacré à l’Art Moderne au Centre Pompidou bénéficie d’un nouvel accrochage aussi vais-je y voir ce mercredi en début d’après-midi après une matinée un peu dans le cirage, oubliant de composter mon billet et mon parapluie dans le train (ce qui me trouble car il me venait de celle qui lutte contre le froid et la neige à New York).

    Cela s’appelle Modernités plurielles de 1905 à 1970. Les premières salles sont consacrées aux artistes, surtout peintres, d’Amérique Latine, dont les noms me sont pour la plupart inconnus. Beaucoup de tableaux me laissent indifférents. J’en range d’autres dans la catégorie des croûtes. Il en est de même pour les œuvres des artistes de tous les coins du monde par où je passe. La dernière salle est celle de l’Afrique, un hasard sans doute. J’y arrive fatigué.

    M’étonnant que les couloirs séparant les salles soient bloqués en leur extrémité, je demande pourquoi à l’un des gardiens.

    -C’est la Conservatrice qui a voulu ça pour faire une sorte de parcours obligé.

    -Obligatoire même, lui dis-je.

    -C’est vrai qu’avant on pouvait circuler comme on voulait.

    -Oui, avant, quand on était libre.

    Outre ce chemin balisé d’où on ne peut s’échapper, les œuvres, souvent présentées les unes au-dessus des autres, à l’ancienne, ce qui fait pléthore, des murs et des murs de fac-similés de revues d’art du monde entier et les bancs du vaste couloir latéral remplacés par des tables encombrées de catalogues et d’écrans contribuent à l’impression d’étouffement. Vagabonder, baguenauder, respirer, c’est ailleurs dans le vrai monde pluriel que je vais le faire.

    Je sais maintenant que l’étage consacré à l’Art Moderne au Centre Pompidou est victime d’un nouvel accrochage.

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    Quand même un mur de Tamara de Lempicka dont La Communiante et Jeune fille en vert et ceci : « Klaxon n’est pas futuriste, Klaxon est klaxoniste. » (revue de Sao Paulo, mil neuf cent vingt-deux)

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    Une enseignante initiant ses malheureux élèves à l’art :

    -La ligne qui sépare le ciel de la terre, comment ça s’appelle ? La ligne doooo…

    Je ne sais pas moi, doryphore peut-être.

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    Un couple dans le même état que moi :

    Lui : Oui, il y a de belles choses mais elles sont noyées parmi les horreurs.

    Elle : C’est comme la vie.

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