• Ouverture des Nocturnes de la Cathédrale de Rouen (Chemin vers l’Amérique)

    Chemin vers l’Amérique, avec un tel thème je ne peux que m’intéresser cette année aux Nocturnes de la Cathédrale de Rouen, série de concerts donnés tous les mercredis de l’été. Je fais donc partie de ceux qui attendent dans le froid devant l’une des portes du bâtiment ce onze juillet.

    Comme au supermarché la caisse, je n’ai pas choisi la bonne. Elle résiste quand il s’agit de l’ouvrir. Après qu’elle a cédé, un violent courant d’air m’aspire à l’intérieur où sont déjà installés les malins de l’autre porte. De plus sont réservées les premières rangées latérales et celle qui fait face à l’écran où doit être projeté L’Eventail de Lady Windermere d’Ernst Lubitsch.

    Je trouve chaise inconfortable au bout de la troisième rangée face à l’écran et au piano. Bientôt s’installent au meilleur endroit des places réservées, le nouvel ancien Maire socialiste Robert et sa femme. Une dame des Nocturnes vient saluer le premier magistrat : « C’est gentil d’être venu. ». Elle est suivie d’une connaissance dudit : « Faut-il vous dire Monsieur le Maire ? ». Arrive l’Archevêque qui prend place auprès du couple municipal. L’homme assis derrière moi se lève pour aller saluer une femme assise en rangée réservée.

    -C’est une conseillère municipale d’opposition, explique-t-il à sa vieille mère. Je ne sais pas si Catherine Morin-Dessailly va venir.

    Il ne manque plus en effet que la Sénatrice sarkoziste pour que la soirée soit parfaite.

    -Si je la vois, j’irai lui dire bonjour.

    -Tu la connais bien ? demande la maman.

    -Oui, je l’embrasse.

    Il s’insurge ensuite parce que des places réservées vont rester libres et qu’elles seront données à ceux qui arrivent les derniers (ce qui est pourtant très chrétien).

    Un homme des Nocturnes présente la soirée au micro. Ce sera musique improvisée par un trio pendant la projection du film muet de Lubitsch. Une quête aura lieu à l’issue, précise-t-il.

    Ma place n’est pas bonne. Le pianiste me gêne pour lire les sous-titres en français qui sont la traduction du texte inclus dans le film. Yvon Robert n’est pas mieux loti. Je vois sa tête qui balance de gauche à droite dans une tentative vaine de lire l’intégralité de ces sous-titres. Le Maire de Rouen ne comprend pas un mot d’anglais, c’est l’information locale du jour.

    L’Eventail de Lady Windermere est tiré de la pièce du même nom d’Oscar Wilde, une histoire embrouillée se moquant de la morale étriquée de la société victorienne. Le seul rapport avec l’Amérique est la nationalité du réalisateur. Frédéric Jouhannet joue d’un violon prolongé d’un pavillon de cuivre. Sébastien Palis de l’accordéon et d’un tas de choses que je ne peux voir. Jean-Pierre Rolland est au piano. Ils improvisent brillamment (on sent qu’ils ont répété avant), mais être mal situé et mal assis, cela m’empêche de bien profiter de la soirée. Je file sans tarder ne voulant pas être bloqué par la foule. La quête n’a guère de succès et dehors il pleut, comme d’habitude.

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