• Paris encore, rattrapé par la pluie

    Sorti de l’Orangerie, je longe la Seine du haut du jardin des Tuileries jusqu’au pont des Arts par lequel je traverse la Seine, direction Saint-Germain-des-Près. Je salue Carolina en son petit jardin, puis par les rues Mazarine et Saint-André-des-Arts, arrive au Quartier Latin, remontant le boulevard Saint-Michel jusqu’à chez Gibert Joseph. Alors que je suis à fouiller dans les bacs, deux moutards me demande Gibert Jeune, peut-être croient-ils qu’avec un nom pareil cette librairie est pour la jeunesse. Je ne le leur demande pas et les renseigne aimablement.

    Midi sonne quand je pousse la porte d’un de ces vrais faux restaurants à la française de la rue de la Harpe. Il porte un nom pompeux : L’Hostellerie de l’Oie qui Fume. L’accueil y est aimable. J’y déjeune en compagnie de duos (couples d’un certain âge, amies dont deux jeunes Japonaises) et d’un isolé qu’occupe son téléphone. Salade de saumon fumé, tartiflette, dame blanche, le tout pour seulement dix euros, avec un quart de vin bon à quatre euros vingt. Il ne pleut pas encore lorsque j’en sors et rejoins toujours à pied la rive droite.

    Quelle n’est pas ma surprise de constater que le Mona Lisait de la rue Saint-Martin est toujours ouvert. Je demande ce qui se passe à l’un des vendeurs qui m’explique qu’un vice de procédure en est la cause mais qu’une nouvelle décision identique à la précédente va être prise incessamment. Je n’y entre pas, me dirige vers le Centre Pompidou où je fais renouveler ma carte d’adhérent pour deux ans (soyons optimiste).

    -On refait la photo ou pas ? me demande la jeune femme du bureau.

    -Non, ce n’est pas la peine, lui dis-je.

    -Vous n’avez pas beaucoup changé.

    -Vous êtes gentille. J’y suis surtout hideux.

    Elle me dit que c’est la faute de la ouaibe-cam.

    Je ressors aussitôt, ne voulant pas ajouter d’autres images à celles de Frida Kahlo, et constate que ça y est, il pleut. Me voici contraint de prendre le métro pour rejoindre la Bastille. J’étais pourtant d’humeur marcheuse.

    La fin de l’après-midi se passe chez Book-Off où certains viennent s’abriter, regardant les livres comme si c’était la première fois qu’ils en voyaient. Je trouve là pour un euro La fille manquée d’Han Ryner. L’anarchiste individualiste y raconte ses amitiés particulières (comme on dit) quand il était la fille manquée du collège Saint-Louis-de-Gonzague de Forcalquier de mil huit cent soixante-dix-sept à mil huit cent soixante-dix-neuf. Cette histoire publiée en mil neuf cent trois a été rééditée cette année par GayKitschCamp, maison spécialisée dans le genre, sise à Montpellier, dont j’ignorais l’existence.

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    Paris, Gibert Joseph, un sexagénaire à un autre : « Ça fait la quatrième chute qu’elle fait, je passe mon temps à l’hôpital, je commence à en avoir marre. » Il parle de sa vieille mère.

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    Rouen, place du Vieux-Marché, discussion de clochards, l’un d’eux : « Moi, depuis que j’ai des enfants, c’est pour eux que je vis. »

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    Au courrier des nouvelles du Musée des Beaux-Arts rouennais. Sylvain Amic, maître des lieux, y annonce fièrement pour le printemps prochain ce qu’il qualifie en son jargon de « grande exposition évènementielle » Cathédrales, 1789-1914, un mythe moderne. On n’est sortira donc jamais de cette Cathédrale monétisée.

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