• Premier mercredi de juillet à Paris

    Deux semaines sans aller à Paris c’est trop. Je n’en puis plus de Rouen. Aussi est-ce d’un bon pas que je gagne la gare ce mercredi matin sous le soleil. Le Playboy Communiste y fait le spectacle. Lancé dans une danse extatique qu’il rythme par une incantation rock’n’roll, il a pour public ceux qui attendent le sept heures vingt-cinq pour Paris. Quand ils descendent quai deux, il cesse et disparaît. La grève étant terminée, je ne peux tricher et descends attendre, quai trois, le lent huit heures sept.

    Dans la voiture, loin de moi heureusement, deux moutards s’expriment (mères débordées, pères absents) « Rémi, ne crache pas sur les gens. ».

    Je ne suis chez Book-Off que dix minutes après l’ouverture, où l’on n’a guère réassorti depuis mon dernier passage. Je trouve néanmoins parmi les livres à un euro le Henry Miller de Frédéric Jacques Temple (Buchet Chastel), mon exemplaire bénéficiant d’un envoi de l’auteur : « à Patrick Kéchichian, cette esquisse d’Henry Miller que j’espère vivante, cordialement ».

    A midi, je déjeune encore une fois du même menu à l’Hostellerie de l’Oie qui Fume, rue de la Harpe. Dans ma proximité sont assis un jeune homme et ses vieux parents venus le voir de province, tous trois de louque rock’n’plouc. « Y a les égouts à visiter » suggère le jeune homme qui rassure son paternel : « T’en fais pas, des Crédit Agricole, y en a plein dans Paris ».

    Avec un si beau temps, pas question de s’enfermer dans une exposition, je préfère glandouiller à l’extérieur en me demandant, à la lecture du titre d’une, Réenchanter le monde (à la Cité de l’Architecture), où est l’oiselle rare volontaire pour réenchanter le mien.

    Dans l’après-midi, je passe à l’autre Book-Off. Au rayon Connaissances, les yeux vers les rayonnages du haut, je découvre que l’endroit a un autre intérêt. Situé à proximité de l’escalier qui monte à l’étage, il offre une vue absolue sous les jupes des filles. J’y trouve l’ouvrage de Jean-Charles de Fontbrune Henry Miller & Nostradamus (Editions du Rocher).

    C’est avec Miller que je finis ma journée parisienne, lisant à l’une des tables de trottoir de Chez Léon, avec un diabolo menthe, près d’une jolie brune qui, à la question de savoir ce qu’elle a fait hier soir avec son mari, que lui pose sa collègue fausse blonde, répond sans la moindre ironie: « On a regardé le foute ».

    Bien que n’étant pas critique littéraire comme Kéchichian (au Monde puis à La Croix), je peux dire à Frédéric Jacques Temple (bientôt quatre-vingt-treize ans) que son esquisse est vivante.

    *

    Paris, rue des Petits Champs, le cabaret La Belle Epoque n’est plus, remplacé depuis hier par un restaurant chicos dont les premiers clients, des couples sans parole semblant s’ennuyer, contemplent l’animation de la brasserie d’en face d’où je les observe.

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    Discussion du jour dans les cafés : la mise en examen de Sarkozy après une sévère garde à vue. Tous ne font que répéter ce qu’ils ont entendu à la télé ou à la radio.

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    Rouen : rien d’autre qu’un centre commercial à ciel ouvert doublé d’un parcours de déambulation touristique, les deux fonctionnant de dix heures à dix-neuf heures. Avant et après : rues désertes.

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