• Retour à Paris, un mercredi (République, Bastille, Saint-Michel, Opéra)

    Un aller en train jusqu’à Paris, ce mercredi matin, sans autre souci qu’un « maintien à quai pour quelques minutes suite à un incident technique » en gare de Mantes-la-Jolie ; lorsque j’arrive à Saint-Lazare, je prends le métro pour République. Celle qui travaille dans la capitale m’a donné envie d’aller voir la nouvelle place, dont elle fait usage pour se détendre. Un article louangeur de Libération ce mardi a renforcé ce désir. Les locaux de Libération et le bâtiment où travaille celle que je ne verrai pas sont côte à côte et proches de la place de la République, ceci expliquant cela (comme on dit).

    C’est vrai qu’elle est bien belle, la nouvelle place de la République due aux architectes Trévelo & Viger-Kohler, vaste espace dégagé propice à de nombreuses activités, agrémenté de lampadaires à l’ancienne, de bancs rustiques en bois épais et d’un pédiluve fréquenté par des moutards (ce qu’on appelait autrefois une pataugeoire). Autour de la statue centrale est le bassin à double margelle où s’assoit parfois celle à qui je pense. Tout au bout se tient le nouveau café, parallélépipède de verre au nom ridicule de Monde et Médias. De nombreux journaux d’ici et d’ailleurs y sont disponibles. J’y prends un café en terrasse (un euro quatre-vingts, prix très raisonnable pour Paris, avec sucre en provenance de l’agriculture biologique) tout en lisant Libération. Parfois, l’un des moutards se vautre dans l’eau,  puis court en braillant « Maman » vers celle qui n’y pourra rien.

    Plutôt que d’aller jusqu’à la Bastille à pied comme un manifestant solitaire, je prends la Huit et en descends à Ledru-Rollin. J’entre chez Book-Off où je fais figure de tête connue et en ressors avec quelques livres. Il est midi quand je m’assois au Rallye, le Péhému chinois. J’y déjeune d’un gros stèque tartare, frites, salade, côtes-du-rhône, café, dans le bruit de la circulation. Devant moi, un homme dans les cinquante ans et une femme plus âgée boivent une bière en jalousant Untel qui est né avec une cuillère en or dans la bouche et Telautre qui a un appartement payé par ses parents. « Y en a du monde dans c’te ville » constatent-ils de concert.

    A pied, je prends la direction du Quartier Latin croisant en chemin une fille en pleurs avec son copain. « Mes sentiments, ils sont devenus vachement amicaux mais ils sont plus vraiment amoureux » lui dit-elle. Arrivé de l’autre côté de la Seine, je farfouille dans les bacs des Gibert. Chez le jaune, un nom attire mon regard, celui de Miguel Egaña que j’ai connu professeur d’art plastique à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres d’Evreux où je faisais un stage de dix semaines il y a bien longtemps. La joie de vivre est un recueil de ses dessins dans l’esprit de Topor mais avec un trait bien à lui, livre publié chez Buchet Chastel dans la collection de Frédéric Pajak. Pour deux euros trente au lieu de quinze, il devient mien.

    Le bus Vingt-Sept m’emmène en fin d’après-midi jusqu’au Book-Off de l’Opéra puis je vais attendre mon train Chez Léon. Ce train n’existe pas plus que celui de samedi dernier, mais son remplaçant part quatre minutes plus tard que le fantôme pour lequel j’ai un billet.

    « Y a personne dans c’te ville », me dis-je à l’arrivée, un peu après vingt et une heures. Ce n’est pas tout à fait vrai : rue Saint-Nicolas, marchant d’un bon pas, porteurs de tonfas et de gilets pare-balles, patrouillent trois Céhéresses, créant un désagréable sentiment d’insécurité.

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    Déjà, dans la semaine, trois Céhéresses du même genre arpentaient la rue Eau-de-Robec. Je ne sais si c’est une initiative de Robert, Maire, ou si ça vient de Valls,

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    Ce Valls est bien vu de soixante-neuf pour cent des Français(e)s, lisais-je le matin dans Libération. Autrement dit : il pourrait être aussi bien Ministre de l’Intérieur de Sarkozy ou de la fille Le Pen.

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