• Retrouvailles avec Paris

    Ce mercredi matin dernier jour d’octobre je suis dans le train qui mène à Paris. La voiture est calme, occupée à quatre-vingt-dix-neuf pour cent par des hommes qui se préparent à sauter sur des parts de marché et à un pour cent par une femme qui part en vacances son mini chien sur les genoux. Le ciel est bleu, le soleil se lève, la lune est là toute ronde.

    A l’arrivée, après le désagréable passage obligé dans le centre commercial de la gare Saint-Lazare, je prends la ligne douze du métro et descends à Marcadet Poissonniers. A pied, je rejoins la colocation des Amiraux (depuis l’été dernier, une calme étudiante espagnole remplace l’ouvrier turc caractériel) où m’attend celle qui travaille à nouveau dans la capitale.

    Juste le temps de boire un thé et café ensemble et nous sommes dans le métro, ligne quatre. Elle descend à Barbès, je vais jusqu’à Saint-Michel et retrouve le Paris que je connais bien.

    Les librairies ont toujours de quoi me tenter mais désormais je suis strict. J’achète un seul livre chez Gibert Jeune : L’année de la pensée magique de Joan Didion, publié chez Grasset, dans lequel l’écrivaine new-yorkaise raconte la mort par crise cardiaque foudroyante de son mari John Gregory Dunne tandis que leur fille est en coma artificiel suite à une grave pneumonie, livre dont j’ai entendu dire le plus grand bien sur France Culture.

    Mon kébabier rue Saint-Séverin, se souvient de mes goûts, sauce blanche et pas d’oignon. Pour le café, je vais jusqu’au Malongo de la rue Saint-André-des-Arts et fais face à une déconvenue. C’en est fini du chaleureux café, des travaux l’ont transformé en glacial espace de dégustation. Je renonce et entre à la galerie Kamel Mennour dans laquelle Gina Pane recycle en installations ses anciennes performances sanglantes, ce qui ne m’intéresse pas.

    Passant rive droite, j’arrive dans le Marais et prends un café verre d’eau au Bar du Carrefour, rue des Archives, en terrasse sous un radiateur à gaz. Entouré d’homos qui parlent de leurs affaires de cœur, je commence la lecture de L’année de la pensée magique tout en observant le va-et-vient. Du Bé Achevé sortent un radiateur électrique à bain d’huile (tiré par une vieille dame) et un diable pliant en aluminium (scotché à l’arrière d’une moto). Aux balcons de l’immeuble d’en face s’agitent des sacs en plastique blanc censés faire peur aux pigeons.

    Je passe ensuite un certain temps à fouiller dans les livres du Mona Lisait de la rue Pavée, en ressors avec Paul Delvaux peintre des gares de Régine Rémon (Editions Luc Pire). Il est dix-sept heures, moment précis où débute la gratuité à la Maison Européenne de la Photographie.

    J’y suis dans la foule pour voir les photos de Claude Nori (que je connais par ses livres) et découvrir celles d’Alice Springs (épouse Newton), me disant qu’il faut que je revienne là ce ouiquennede avec celle qui sera en congé et que je rejoins aux Amiraux en début de soirée, un peu difficultueusement, j’ai égaré les codes d’entrée.

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    Surprise de découvrir que Gina Pane soit passée par Ecos, bourg perdu du département de l’Eure, où je ne suis allé qu’une fois ou deux. Le vingt juillet mil neuf cent soixante-neuf, elle y a commis un acte : « Sur terrain cultivable j’ai enfoui un rayon de soleil dans la terre à l’aide d’un miroir ». Il doit toujours y être.

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    Il paraît que ce n’est pas bien de se soucier du sort de New York balayé par l’ouragan Sandy. C’est du moins ce que m’écrit quelqu’un qui pense comme il faut (il parle des Américains en les appelant les Ricains et il les met tous dans le même sac, celui de l’axe du Mal).

    Je ne mets pas tout le monde dans le même sac et je parle de ce que je connais. Si j’étais allé en Jamaïque ou à Haïti, je parlerais de la Jamaïque et d’Haïti.

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