• Soirée Brahms à l’Opéra de Rouen

    Ce mardi après-midi, quand je me présente à l’Opéra de Rouen pour y retirer mon billet du concert du soir, un abonné vient y rendre deux billets bien placés. La charmante guichetière échange donc mon fauteuil moyennement situé contre l’une de ces deux places et m’offre une chaise en bordure de scène.

    J’y suis donc assis le soir venu, à l’extrémité de la rangée côté jardin, « votre place préférée » me fait remarquer une spectatrice, qui en a une autre. Je discute un peu avec l’un de mes lecteurs qui me parle de mon « Journal américain », puis me plonge dans le livret programme, Brahms et Brahms.

    Peu de monde dans la salle à la première sonnerie, « Y a pas foule, hein, y sont tous en train de préparer les cotillons » entends-je derrière moi, mais finalement pour un concert de musique de chambre le public est à la jauge habituelle lorsque arrivent les musicien(ne)s.

    Laura Fromentin pianiste, Agathe Blondel altiste, Marc Lemaire violoniste et Jacques Perez violoncelliste donnent le Quatuor pour piano et cordes numéro trois en ut mineur, une œuvre qui justifie l’intitulé de la soirée : « Cordes tourmentées ». « Imagine un homme qui va se brûler la cervelle parce qu’il n’y a pour lui aucune autre solution » disait Johannes Brahms à son biographe Hermann Deiters, à propos du premier thème de son quatuor.

    Je préfère son Sextuor à cordes numéro un en si bémol majeur joué après l’entracte par les trois mêmes cordes et Stéphanie Lalizet altiste (qui ose le blanc), Anaël Rousseau violoncelliste, Hervé Walczak violoniste, particulièrement le deuxième mouvement, mélancolique à souhait.

    Les applaudissements sont chaleureux à l’issue. Il n’est que vingt et une heures quarante-cinq quand je rentre par des rues quasiment désertes.

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    Surprise à la boulangerie de la rue Alsace-Lorraine ce mardi matin : la boulangère que j’appelais « Maman » tant elle ressemblait à la mienne défunte, même aspect négligé, même tempérament neurasthénique, n’est plus là, ayant vendu boutique sans qu’elle juge bon de m’en informer. Un boulanger trentenaire la remplace. Il vend son pain dans une annexe pendant que sont lancés des travaux pour rénover la boutique qui perdra ce qui en faisait son charme de boulangerie vieillotte où règne le laissez aller. J’y trouve néanmoins mon habituel campagrain, pour l’instant au même prix.

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    Le bon sens populaire à l’œuvre au Socrate ce mardi matin dans la bouche d’une quinquagénaire : « Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ils ne veulent pas de la nouvelle prison, ils sont enfermés les prisonniers ! »

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    La même un peu plus tard à propos de sa femme de ménage : « Mais d’un autre côté, elle est musulmane, elle ne s’en cache pas. »

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