• Sur le terrain de foute de Saint-Pierre-du-Vauvray que longe la voie ferrée Paris Rouen pensant à celles qui m’aimaient et prenaient le train

    Ce samedi, après avoir tourné à gauche à Pont-de-l’Arche, le rond rouge du soleil tentant de percer la brume matinale en ligne de mire, je passe près de la prison de Val-de-Reuil au bord de laquelle s’égaient des lapins en liberté, tourne une nouvelle fois à gauche et me gare à l’entrée de Saint-Pierre-du-Vauvray où c’est jour de vide grenier.

    La plupart des exposant(e)s pestent dans les nombreuses voitures qui stagnent sur la petite route entre le terrain de foute et la voie ferrée. Quelques-un(e)s sont déjà en place et d’emblée je déniche une caisse pleine de cédés neufs de musique classique à cinquante centimes pièce, même les coffrets, où je fais mon choix.

    Ce sera mon seul achat malgré de nombreuses allées et venues le temps que tout le monde déballe, de quoi me laisser le temps de penser à ce qui n’est plus et à la douleur que cela engendre, une douleur ravivée par chaque train qui passe, venant de Paris, allant à Rouen, s’arrêtant parfois à Val-de-Reuil, semblable à ceux dans lesquels se trouvait naguère celle qui de Paris m’a envoyé un mail hier après-midi pour me dire que je n’aurai pas de message d’elle ce matin, semblable aussi à ceux dans lesquels se trouvait antérieurement celle qui venait aussi de Paris (et même au début de Clermont-Ferrand) et dont en rentrant je trouve une lettre.

    L’une et l’autre voyageaient pour me rejoindre, mes deux jeunes amoureuses.

    Avec la première, pendant des années, nous nous sommes écrit tous les jours par lettres, jusqu’à ce que le temps nous sépare, et nous continuons à échanger des missives de façon irrégulière.

    Avec la deuxième, pendant des années, nous nous sommes écrit deux fois chaque jour par mail, et quand le temps nous a condamnés à constater la fin de notre histoire, avons continué, ce qui nous pose problème maintenant que, pour reprendre son expression, elle voit quelqu’un, et que je ne peux ignorer quand, et que cela ne me fait pas du bien.

    Dans la lettre reçue ce matin de la première, celle-ci me dit que j’ai tort de croire que c’est fini pour moi, qu’il peut y en avoir une autre, une troisième, malgré mon âge avancé, si j’« aide un peu le hasard » (ce grâce à quoi j’ai eu l’immense chance de les rencontrer l’une et l’autre).

    *

    Comme certains jours à la gare Saint-Lazare où le train pour Rouen est affiché tardivement, son message du jour sera affiché tardivement sur mon écran.

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