• Survivant à la Fête de la Musique

    Ce n’est pas l’envie qui me pousse en fin d’après-midi dans les rues de Rouen ce samedi de Fête de la Musique, c’est simplement une tentative d’occuper le temps vidé de sens qui est désormais celui de mes ouiquennedes.

    J’erre au hasard, remontant jusqu’à la rue Cauchoise où, devant un magasin de vinyles, se produit un groupe de musiciens aux oreilles à bouchons. Le chanteur s’exprime en français mais je n’y comprends goutte.

    Par un chemin détourné, je reviens sur mes pas, constatant ici où là que chaque année les sonos deviennent plus imposantes et croisant moult jolies filles en tenue légère dont aucune ne saurait avoir souci de moi.

    Arrivé dans les parages du Super U de la rue de l’Hôpital, je suis en état de comprendre ce qui pousse certains à devenir alcooliques, mais c’est un paquet de bonbons que j’achète avant de rentrer.

    *

    Vers vingt-trois heures, cela glousse encore dans le jardin. Côté rue Saint-Romain se déverse une musique électrique. Dans la venelle passent des hordes hurlantes. Impossible de trouver un endroit pour dormir.

    *

    Aux aurores, dimanche, les bruyantes balayeuses s’activent dans les rues voisines. Ma ruelle échappe au nettoyage, trop étroite : canettes, gobelets, bouteilles de bière, verre cassé, emballages de kebab, forte odeur de pisse. Cela n’empêche pas un touriste matinal d’en faire une aquarelle.

    *

    Dimanche midi, au Son du Cor, des filles et des garçons parlent de leur Fête de la Musique. Une fille :

    -Ma sœur, elle est rentrée avec un mec à quatre heures du matin.

    -Et alors ?

    -Oh, y z’ont rien fait, heureusement, parce qu’on entend tout. Leur conversation, c’était « vas-y, récite-moi l’alphabet pour me montrer que t’es pas bourré ».

    -Elle a quel âge ?

    -Dix-sept ans.

    *

    Déjà qu’il faut se fader les crétins de supporteurs du foute français hurlant du claque-son et de la voix dans les rues, voici qu’en plus dans la nuit de dimanche à lundi, bien qu’en retrait des axes de circulation, je suis réveillé par les crétins de supporteurs d’une ancienne colonie.

    Et encore des semaines à subir cette gangrène mondiale.

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