• Un dernier mercredi parisien avant le départ en vacances

    Gare de Rouen, ce mercredi matin, travailleurs et vacanciers se partagent les quais. Une femme à valises, accompagnée de son fil d’environ huit ans, s’inquiète auprès d’un cheminot. Je me souviens d’elle, jeune fille resplendissante vers qui se tournaient la plupart des yeux masculins lorsqu’elle arrivait en vélo à la terrasse des Floralies, il y a une quinzaine d’années. Devenue prof, je ne sais si c’est son métier ou seulement cet assassin de temps qui lui ont ainsi creusé les traits.

    Celle qui me rejoint trois heures plus tard au Book-Off de la Bastille n’a heureusement pour elle pas encore connu cet outrage. Nous prenons un verre à la terrasse du Café du Faubourg où nous évoquons ses grandes difficultés à trouver un appartement et les miennes à trouver quelque intérêt à ma vie maintenant qu’elle n’en est plus le centre et que je ne vois pas qui, raisonnablement, pourrait venir la réenchanter. Peut-être que partir en vacances me fera du bien. Au moins, je serai triste ailleurs. Elle m’offre les friandises de voyage qu’elle emportait toujours quand elle partait avec moi : Gerblé barre Amande et Werther’s Original.

    Nous poursuivons la conversation en déjeunant dehors place d’Aligre à La Grille dont la bonne cuisine nous convient parfaitement (nems de bœuf, salade pennes et saumon pour elle, tranches de porc et pommes de terre pour moi, tarte au citron pour elle et moelleux au chocolat pour moi), cela pour moins de treize euros par personne (le vin est un peu cher et pourrait même l’être davantage sans ma vigilance, le saumur s’étant  transformé en sancerre sur la note).

    Le travail la happe ensuite, qui se poursuivra jusqu’à une heure avancée de la nuit. Je passe le reste de mon mercredi parisien à aller de libraire en libraire à l’aide de bus surchauffés. Le chauffeur du Vingt-Sept, énervé par un conducteur de scouteur, lui donne rendez-vous à vingt heures trente, porte d’Ivry, pour s’expliquer entre hommes. A cette heure, je suis dans le train qui me ramène à Rouen. J’y termine la relecture, commencée à l’aller, d’Une vie ordinaire, le roman poème autobiographique de Georges Perros (Poésie/Gallimard).

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    Cité par Lorand Gaspar dans sa préface à Une vie ordinaire, cet extrait des Papiers collés du même Perros : L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne.

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