• Un dernier passage par l’Armada de Rouen

    Avant que les militaires ne repartent, je fais ce matin vers neuf heures le tour de l’Armada. N’ayant pas encore mis le pied rive gauche, c’est par là que je commence. J’y arrive en même temps qu’un groupe d’hommes à cravate et costume noir. Si je marche, eux vont être emmenés par un petit train vert. Je les regarde s’asseoir sur les banquettes. « Pourvu que personne de ma connaissance ne me voie » semblent-ils se dire. D’autres arrivants, du genre retraité réjoui, visiteront avec les bateaux bretons : Corsaire de Saint-Malo ou Azénor Brest « La rade de Brest est un trésor, partageons-le », quinze euros la croisière. Le Ville de Melun est également prêt au départ. Les premiers voiliers sont les immenses bateaux écoles russes dont les marins attendent leur tour devant la tirette provisoire de la Caisse d’Epargne. Une jouvencelle me hèle :

    -Le programme officiel, avec tous les bateaux à l’intérieur ! »

    -Ils sont là les bateaux, lui dis-je, montrant la Seine.

    -Comment ?

    -Les bateaux, ils ne sont pas à l’intérieur, ils sont là, regardez.

    Elle ne trouve pas ça drôle. Les premiers restaurants apparaissent : « Promo Moules Frites 10 euros ». On peut aussi acheter son manger : jambon corse, canelés bordelais (avec un n en moins). Le pain Paul est sous tente. Des peintres du vendredi s’essaient à la marine. Au milieu du fleuve, amarrés à un ponton flottant, sont les cinq Pen Duick d’Eric Tabarly. Une institutrice les montre à ses élèves à chasubles jaunes encadrés à la corde par des hommes à chasubles marquées au nom d’une compagnie d’assurance :

    -Est-ce que vous savez à quel navigateur ils appartenaient ? leur demande-t-elle.

    Comment le pourraient-ils, ils ont neuf ou dix ans.

    -Je vais vous aider, leur dit-elle. Tabar… Tabar…

    -Tabernacle, risque un téméraire.

    Elle leur donne la réponse, précisant qu’il est mort en mer alors qu’il naviguait sur le plus petit.

    -Pourquoi ? demande l’un des moutards.

    -Parce que la mer c’est dangereux, répond cette navrante. Allez, deux par deux, on avance.

    Voici maintenant les vedettes de l’île de Batz. Elles proposent le passage d’une rive à l’autre pour quatre euros cinquante. Je préfère utiliser le pont Flaubert sous lequel la Ville a fait planter moult arbrisseaux. Il faut franchir un tourniquet et suivre un chemin obligé à sens unique. Je redescends sur la rive droite, passe un nouveau tourniquet. J’avance plus vite sur cette rive déjà parcourue en allant aux concerts. Il est dix heures, les visiteurs sont déjà en nombre de ce côté-ci du fleuve, surtout des vieux et des vieilles dont deux qui se disputent :

    -A midi et demie, tu vas encore me demander qu’est-ce qu’on mange.

    D’autres, un peu plus loin, membres d’une association caritative, pensent aussi à la nourriture : « Participez au jeu Action Contre La Faim ». Voilà donc à quoi sert l’argent des donateurs, me dis-je. « Pourquoi un bidonville ? Jouez et gagnez. »

    *

    Point de concert hier soir pour moi. Pony Pony Run Run, non merci. Encore moins envie d’aller voir Mika ce soir. Quant à Nolwenn Leroy demain, jamais de la vie.

    On doit cette ébouriffante programmation au mythique Jacques Hupin de la mythique salle rouennaise défunte L’Exo Sept. Nolwenn Leroy à L’Exo Sept ? Il a dû changer de goût avec la retraite.

    *

    Une jeune femme entrant dans la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier ce vendredi après-midi :

    -Bonjour, est-ce que vous auriez un livre qui remonte le moral ?

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