• Un dimanche, premier de mars

    Neuf heures du matin ce dimanche, je mets le pied dans ma ruelle et prends le chemin du marché. Au Clos Saint-Marc, certain(e)s marchand(e)s n’ont pas encore terminé leur installation. Celle que je vise en priorité est déjà prête. Son lot de livres est en vrac, ce qui indique un prix à la baisse pour un déstockage espéré.

    Dans ce désordre, je repère un petit livre rouge. Il s’agit de Refus d’obtempérer de Roland Bacri, publié aux Editions Jean-Jacques Pauvert en mil neuf cent cinquante-neuf, illustré de « choses de lampe » de Siné.

    L’après-midi, je le lis au Bar des Fleurs, l’un des rares cafés ouverts ce jour. J’y côtoie une population diverse terminant de déjeuner : deux familles à bébé, des musiciens rock et leurs groupies, un couple composé d’un prétentieux et d’une quelconque. L’essentiel de la jeunesse est dans la terrasse couverte, où elle fume. A chaque fois qu’une fille passe pour aller aux toilettes, le prétentieux lorgne son cul et quand c’est le tour d’une des groupies vêtue d’un mini-chorte et de bas résille déclare à sa conquête :

    -Moi, si ma fille s’habillait comme ça, c’est direct une claque dans la gueule.

    A dix-sept heures trente frappe à ma porte celle venue à Rouen pour y voir l’un avec qui elle était au lycée. Après que nous avons bu un verre, je lui lis les poèmes à calembours et jeux de mots à tiroirs de Roland Bacri qui la réjouissent autant que moi.

    Quand il s’agit pour elle de monter chez ses parents, elle doit faire appel à sa mère, le bus Vingt ne circulant plus après dix-neuf heures six, le dimanche.

    *

    Je parlerai plus tard en détail des textes de Refus d’obtempérer et, comme à chaque fois que j’évoque mes lectures, je perdrai ce jour-là un quart de mes lecteurs et lectrices.

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