• Un jeudi à Créteil et Paris

    Ce jeudi, avant de rejoindre Paris par le train de sept heures vingt-six, j’apprends la mort’un étudiant de Sciences Po, membre du syndicat Sud, victime de fachos près de la gare Saint-Lazare. Arrivé là-bas, je n’en sais pas plus. Je prends la ligne Trois du métro, l’une de celles qui ne peut désormais fonctionner qu’avec des employés en gilet orange qui maintiennent la foule sous les ordres d’un des leurs au micro (on encourage l’usage des transports en commun et le transport en commun ne peut plus fonctionner parce qu’il est trop utilisé), puis la Huit plus tranquille afin de me rapprocher de Book-Off mais comme il fait beau et que le terminus est Bout du Lac à Créteil, je décide d’aller voir la queue de ce lac.

    A la sortie, une vieille dame m’en indique la direction, vaste étendue d’eau à petits voiliers, canards, cannes à pêche, dont je longe le bord jusqu’à l’autre extrémité. Un café au bord de l’eau est indiqué mais pas trace. Je me demande comment faire pour retrouver une station de métro, m’engage au jugé au milieu des immeubles, avise un jeune homme et l’interroge. Il me répond en me tutoyant (ce qui fait toujours du bien), m’emmène jusqu’à une ligne de bus que je n’ai qu’à suivre jusqu’à la deuxième station. Ce que je fais, m’arrêtant en chemin pour faire une photo d’immeubles à balcons alvéolés. A la station Créteil Université, je retrouve la Huit que j’attends près de deux filles :

    -Il t’a rappelé Isaïe ?

    -Non, et comme j’étais vénère j’ai appelé Mike.

    Revenu à Paris, je visite Book-Off puis déjeune au Péhemmu chinois, confit de canard pommes sautées salade côtes-du-rhône (« Jouer comporte des risques : endettement, dépendance… »), mangeant dans les manœuvres d’un subtil dragueur dont la proie est une Jodie venue de Tarbes pour vendre chez Hema.

    Comme il fait chaud, plutôt que d’aller m’enfermer chez Pompidou pour voir l’expo Simon Hantaï comme j’en avais l’intention, je préfère aller m’asseoir à l’ombre sur un banc du jardin de l’Arsenal où je lis Quand j’étais photographe de Nadar (Babel Actes Sud), désespérant d’y trouver quoi que ce soit d’intéressant et bientôt gêné par un envahissement de classes de cépé à casquettes jaunes (comment ai-je pu faire ce métier ?).

    -Pourquoi y a pas la mer ? demande l’un des moutards.

    Pourquoi y pas le silence aussi. Je me trisse. La ligne Huit m’emmène à Richelieu Drouot d’où à pied je rejoins la rue du Quatre-Septembre. Je bois un café verre d’eau aux Ducs cependant que l’orage monte. Les premières gouttes tombent lorsque j’entre dans l’autre Book-Off mais ça ne dure pas.

    A pied, je rejoins ensuite Saint-Lazare et arrive au moment où se tient un rassemblement en mémoire de l’étudiant mort. Je côtoie les Céhéresses et vais m’asseoir À la Ville d’Argentan. Devant un autre café verre d’eau, je lis Les Jours de l’aventure, un recueil de reportages de Joseph Kessel publié chez Taillandier. On y trouve notamment celui qu’il fit en Allemagne au temps de la prise de pouvoir par Hitler. Il raconte comment, à Königsberg, le même jour, les nazis tuent (ou laissent pour morts) l’ancien préfet, le rédacteur en chef du journal socialiste, le gérant d’une coopérative, le syndic de la communauté juive, etc.

    Je rentre par le train de dix-neuf heures trente. Mon voisin se goinfre de chips au fromage puis il lit Direct Matin en se curant le nez avec le doigt. Le ciel est orageux, les nuages atomiques ou noirs. Après Vernon, un arc-en-ciel se déploie, mais pas une goutte en arrivant à Rouen où un marin en tenue semble chercher son bateau du côté de la gare.

    *

    Mieux vaut quand même une Tarbaise qu’une Antibaise, (aurait pu dire Boby)

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