• Un jeudi un peu morose à Paris

    Point de mail d’elle avant qu’elle ne parte pour quelques jours à Marrakech avec une collègue de travail, c’est suffisant pour faire de ma virée parisienne de ce jeudi une journée morose. Je la commence dans le quartier de la Bastille chez Book-Off où j’ai emporté une partie des romans américains publiés chez Rivages que je n’ai jamais lus, achetés à l’époque où j’en lisais encore, et qu’aucun bouquiniste de Rouen ne veut m’acheter. Il paraît que ça ne se vend pas, à Rouen peut-être mais à Paris si. Néanmoins on m’en refuse quatre, parce qu’ils sont un peu abîmés. J’investis une partie de la somme reçue dans l’achat d’autres livres dont le Tout est musique d’Hélios Azoulay, édité en juin deux mille douze par Vuibert et vendu ici un euro (ça lui fera plaisir).

    Après un menu vapeur chez Délice Traiteur, je me dirige à pied vers Châtelet faisant un crochet par l’Hôtel de Sully dans le jardin duquel j’abandonne, sur un banc, au bénéfice de qui en voudra, les livres refusés chez Book-Off.

    Mon après-midi est un peu erratique et me mène dans le quartier où vivait autrefois celle qui me tenait la main avant celle qui me la tient encore un peu. On y trouve désormais des dames chinoises d’un certain âge faisant, sans en avoir l’air, le plus vieux métier du monde (comme on dit). Je passe par la Bouquinerie du Centre, avenue de Clichy, souvent fréquentée autrefois pour ses livres et ses cédés d’occasion, et constate qu’elle part à vau l’eau, désordre et produits bas de gamme.

    Je redescends vers la gare, dîne tôt au Café Saint-Lazare, rue du même nom, d’un steak frites salade côtes-du-rhône moins bon que lorsque je le partageais avec celle qui doit être maintenant outre Méditerranée. En face de moi, un miroir me rappelle mon âge. Depuis quelque temps, plus aucune fille ne me regarde.

    Sorti de là, je passe au kiosque voisin avec l’intention d’acheter le numéro de février de Books qui, m’a appris France Culture, est consacré au cholestérol. J’y renonce quand je vois son prix, quasiment dix euros. C’est donc le livre d’Hélios que je lis au café A la ville d’Argentan en attendant l’heure de mon train, un essai bien dans le style de son auteur, tout en digressions, J’y trouve des histoires ou des anecdotes que je connaissais (parfois par lui) mais aussi du nouveau, ainsi l’évocation de la vie d’Hugo Wolf dont j’entendais récemment les lieder et de sa fin tragique en hôpital psychiatrique, illustrée par un poème de Charles Bukowski Le jour où Hugo Wolf est devenu fou… qui commence ainsi

    Hugo Wolf est devenu fou en mangeant un oignon

    et en écrivant sa 253e chanson ; avril était

    pluvieux et les vers sortaient de terre

    en fredonnant Tannhäuser, et il a renversé son lait

    dans son encre, et son sang est retombé sur les murs

    A mon retour à Rouen, je trouve un message téléphonique et un mail désolés de celle qui est bien arrivée au Maroc.

    *

    Quoi de neuf sur le cholestérol dans Books ? D’éminents professeurs y expliquent que le lien entre l’hypercholestérolémie et l’artériosclérose n’est pas établi et surtout que les statines prescrites par les médecins ne servent à rien, ce qu’empiriquement j’ai toujours su, raison pour laquelle depuis plus de vingt ans je leur ai toujours résisté.

    Partager via Gmail Yahoo!