• Un lundi au soleil, à Paris

    Ce lundi, au soleil, devant la gare de Rouen l’animation est assurée par les gyrophares en bataille d’une ambulance et d’une voiture de la Police et à l’intérieur c’est celle des jours de rentrée scolaire. Le train de huit heures sept pour Paris est toujours en voie trois. J’y suis bientôt, pas loin d’un vieux duo d’abord pris pour un couple :

    -Quand on voyage avec quelqu’un, on a un minimum d’égard, tu l’apprendras si tu ne le sais pas encore, lui dit-il.

    Elle l’ignore, se plonge dans un cahier de compte. Lui met ses lunettes dont il manque une branche et lit le dernier John Gray. A quatre-vingts ans, il a des choses à apprendre sur les relations entre femmes et hommes, mais n’a pas choisi le bon auteur.

    Dans la paix revenue, je regarde la campagne normande, verte et opulente. A Mantes-la-Jolie, le train est pris d’assaut. Un jeune homme à tresses portant sur son dos un impressionnant dispositif s’adresse à la foule :

    -Bonjour, je m’appelle Etienne, je sers des boissons chaudes, thé, café, capuccino, c’est à prix libre.

    Cette audacieuse entreprise reçoit un bon accueil. A Saint-Lazare, le duo fâché se sépare froidement. Par le métro, je rejoins le Book-Off de la Bastille où je fais quelques affaires puis déjeune au Rallye, le Péhemmu chinois, d’un habituel confit de canard. Dans mon voisinage, deux femmes interrompent sans cesse leur repas pour jouer aux jeux de hasard (L’une : « A un numéro près, l’autre jour, je gagnais six mille euros. ») et deux autres font le point sur leur vie de retraitées (L’une : « Parfois, j’oublie que j’ai soixante et onze ans, j’en fais trop et après je suis épuisée. Du coup, je n’ai plus envie de rien, et alors je me dis, ça y est, tu fais une dépression. »)

    Au carrefour, avachi sur le trottoir, un Jamaïcain (ou tout comme) propose sans succès du muguet du cinq mai. Je prends le bus qui mène au Quartier Latin et décide d’aller faire l’oisif au Luxembourg. Difficile de trouver une chaise libre, je m’en fais voler une confortable par une femme sans scrupules plus rapide que moi et me rabats sur une autre à dossier droit où je lis Paola de Vita Sackville-West (Editions Autrement). L’indélicate ouvre Femme actuelle et y trouve un article bien fait pour elle : « La chirurgie esthétique qu’il vous faut ».

    Mon livre lu (qui sera revendu), un autre bus me conduit près du Book-Off de l’Opéra où je fais d’autres affaires puis j’attends le train du retour Chez Léon où l’on s’inquiète téléphoniquement du sort d’un pilier de comptoir non vu depuis plusieurs jours (on ne sait pas, le gardien ira frapper à sa porte ce soir). J’y lis La nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès (Editions de Minuit). Dans le train de retour, c’est Voyage en Italie (suivi de Voyage en Norvège) d’Ernest Renan (Editions Arléa).

    Encore deux ouvrages à mettre dans la pile des livres à revendre.

    *

    Ils ont mis le temps mais sont arrivés en gare de Rouen, les écrans publicitaires en forme de téléphone géant qui aident à faire tourner les vieilles centrales nucléaires.

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