• Un p’tit tour à Pessac chez Jean Eustache et au CAPC Musée d’Art Contemporain de Bordeaux

    Impossible d’aller à Saint-Emilion en car comme je l’avais envisagé, je me rabats ce mardi sur Pessac atteignable en tramouais, lequel vers neuf heures du matin est empli d’étudiant(e)s qui descendent presque tou(te)s à Montaigne Montesquieu. Je poursuis avec quelques autres jusqu’au terminus. Sur la place du village c’est le marché, égayé par un accordéoniste. Je photographie l’église mastoc, ce que voyant un homme à la peau noire et à gros sac à dos bleu assis sur un banc se lève. Il me demande de le prendre avec son appareil (bien meilleur que le mien) car il est en vacances et voudrait quelques images de lui. L’église il s’en fiche, juste lui sur l’image. J’obtempère et il va se rasseoir.

    En face de l’église et aussi imposant, c’est le complexe culturel, incluant un cinéma, baptisé comme il se doit du nom de l’enfant du pays : Jean Eustache. Une affichette indique que si depuis son ouverture quiconque pouvait entrer librement dans le hall et les toilettes, c’est terminé suite à des dégradations répétées, seul(e)s le peuvent désormais celles et ceux qui ont un ticket de cinéma. Les films à l’affiche ne donnent pas envie d’en acheter un.

    On fait vite le tour de Pessac. Un tramouais est là qui doit partir dans dix minutes. J’y grimpe mais un message signale un accident sur la ligne et un départ reporté on ne sait quand. La conductrice m’indique le bus Quatre comme solution de remplacement. L’arrêt est au centre du village devant le tabac. Je traverse donc à nouveau le marché. Le touriste à la photo est toujours sur son banc.

    Ce bus arrive assez vite et j’y ai place assise d’où j’observe le paysage : vignes protégées par de hautes grilles pointues, supermarchés, pompes à essence, funérarium ouvert sept jours sur sept vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Arrivé dans Bordeaux, je repère la Cathédrale et descends, la visite rapidement (elle est quelconque) et vais voir qui c’est sur la place la grande statue qui marche vers la Mairie. Il s’agit évidemment de Chaban-Delmas, pas très ressemblant.

    Devant la Mairie de Juppé se tiennent deux policiers municipaux débonnaires. Je leur demande comment rejoindre les quais. C’est tout simple : suivre les rails du tramouais. Je préfère passer par les petites rues parallèles et me retrouve une nouvelle fois à la terrasse Chez Yuri où je bois un café en étudiant mon vieux Guide du Routard qui me suggère d’aller déjeuner Chez Fidel, aussi nommé Au Bon Accueil, quai de la Monnaie .

    Je crains le restaurant disparu, mais non, Fidel est toujours là et bien accueillant. Pour treize euros cinquante, je déjeune de tranches de boudin noir froid, de rognons de bœuf pommes vapeur et d’une crème brûlée, le vin est inclus. Les couteaux sont portugais et terriblement effilés. La clientèle est habituée et populaire. Pour lui plaire, la télé diffuse une niaiserie animée par Nagui.

    Après avoir passé un bon moment de l’après-midi à lire au bord de la Garonne, je me rends au CAPC Musée d’Art Contemporain, sis à deux rues de mon hôtel dans un ancien entrepôt de produits coloniaux, immense bâtiment de pierre revu par les architectes Jean Pistre et Denis Valode et la designeuse Andrée Putman. L’entrée en est libre car une partie seulement est visitable actuellement.

    Au deuxième étage, ce sont les diverses œuvres sans cartel de l’exposition Procession écrite et mise en scène par Julie Maroh, auteure de la bédé Le bleu est une couleur chaude et Maya Mihindou, illustratrice. Il est question d’identité et de genre, notions qui me laissent froid. De plus, il fait sombre et je vois mal dans ces conditions.

    Au premier, c’est une exposition d’architecture consacrée au Japonais Junya Ishigami, auteur de minuscules projets fragiles réalisés ou irréalisables qu’on ne peut approcher qu’après avoir ôté sa veste pour éviter les courants d’air. C’est zen, donc loin de moi mais je m’y intéresse néanmoins, d’autant que c’est très éclairé par des néons.

    *

    Je n’aime pas avoir à préciser que l’un à la peau noire alors que je ne signale pas quand elle est blanche (quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas). Parfois je suis obligé de le faire pour que ce que je raconte ait du sens. Un touriste blanc qui m’aurait demandé de le photographier à Pessac, cela n’aurait eu aucun intérêt.

    *

    Une femme et sa fille sur le bord de la Garonne. La première me demande où est l’embarcadère du bateau de la Cub. La Cub, c’est la Communauté Urbaine de Bordeaux. Le bateau, une sorte de vaporetto. Je lui réponds qu’il ne doit pas fonctionner en ce moment.

    -Vous êtes d’ici ? me dit-elle, dubitative.

    -Non mais ça fait quatre jours que je suis assis là et s’il circulait je l’aurais vu passer.

    *

    Cette masse d’eau terreuse ne sert pas à grand chance. Une promène-touristes le ouiquennede et les autres jours, rarement, un petit bateau privé.

    *

    Il n’en fut pas toujours ainsi. Une plaque sur le quai indique l’endroit où est parti le premier bateau chargé d’esclaves et présente les excuses de la ville de Bordeaux.

    Partager via Gmail Yahoo!